
Titre Original : Eojjeolsuga Eobsda
De : Park Chan-Wook
Avec Lee Byung-Hun, Ye-Jin Son, Park Hee-Soon, Sung-Min Lee
Année : 2026
Pays : Corée du Sud
Genre : Thriller, Comédie, Drame
Résumé :
Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…
Avis :
Park Chan-wook nourrit depuis de nombreuses années le désir d’adapter le roman noir « The Ax » de Donald E. Westlake (publié sous le pseudonyme Richard Stark). Fasciné par la violence sociale contenue dans ce récit, le cinéaste a immédiatement vu à l’intérieur de cette histoire la matière parfaite pour prolonger ses obsessions : la morale, la vengeance, la culpabilité et surtout la brutalité d’un système qui broie les individus.

Après avoir exploré la vengeance intime avec sa célèbre trilogie, puis des récits plus romantiques ou sensuels comme « Mademoiselle » et « Decision to Leave« , Park Chan-wook voulait revenir à quelque chose de plus sec, plus frontal, plus ancré dans une réalité sociale contemporaine. « Aucun autre choix » est ainsi né de cette envie : confronter un homme banal à une spirale morale vertigineuse, dans un monde où la compétition économique devient littéralement une guerre.
« Park Chan-wook revient avec un thriller social assez dingue »
Il est petit ce mois de février par la taille, mais il nous gâte avec chaque semaine des retours et des films événements. La même semaine que le comeback de Sam Raimi, nous assistons aussi au retour de Park Chan-wook. Et autant le dire tout de suite : il revient avec un thriller social assez dingue.
Oui, le film se fait un peu trop long pour ce qu’il raconte. Deux heures vingt, ça peut paraître étiré. Mais au-delà de ce défaut, « Aucun autre choix » est une satire glaçante de la société coréenne à travers la chute radicale d’un homme ordinaire. Passionnant, maîtrisé, drôle, dérangeant et même touchant par moments, ce nouveau Park Chan-wook coche presque toutes les bonnes cases. Et surtout, il nous offre du grand cinéma. Du vrai.
You Man-su est un homme qui va bien. Marié, père de deux enfants, cadre dans une usine de papier qu’il adore… tout va pour le mieux. Une vie tranquille, confortable, construite avec patience. Puis arrive le licenciement. Puis le chômage qui s’éternise. Les factures tombent. L’angoisse s’installe. Bientôt, il pourrait devoir vendre la maison de son enfance. Cette maison qu’il a mis tant de temps à acheter, à restaurer, à habiter. Impossible pour lui. Vraiment impossible.
C’est à ce moment-là que naît l’idée. Une idée folle. Une idée monstrueuse. Il doit tuer l’homme qui occupe désormais son poste. S’il disparaît, il sera peut-être rappelé. Alors You Man-su décide de faire le “ménage” parmi ses concurrents, un par un, pour s’assurer une place dans ce monde qui ne lui en laisse plus.
« On est pile dans l’ADN de Park Chan-wook. »
Chaque nouveau film de Park Chan-wook est un événement. Le réalisateur coréen, que l’on retrouve derrière « Old Boy« , revient ici en très grande forme, aussi bien sur le fond que sur la forme. Si vous en avez marre des films qui se ressemblent, alors laissez-vous attraper par ce récit incroyable.
Ce film raconte la chute morale vertigineuse d’un homme qui sombre dans la violence pour s’assurer une place. Le titre est d’ailleurs extrêmement évocateur. Il dit tout. L’état d’esprit du personnage, mais aussi celui d’une société où la pression économique devient inhumaine. Évidemment, ici, le curseur est poussé très loin. Mais le reflet qu’il propose de la société coréenne, notamment dans son rapport au chômage et à l’échec, est d’une violence terrifiante.
Savoureusement écrit, oscillant entre le drame pur et une forme d’hystérie burlesque qui flirte parfois avec la comédie noire, « Aucun autre choix » excelle dans ce qu’il raconte. Les personnages sont cohérents. Les confrontations sont glaçantes. Le suspense est tenu d’un bout à l’autre. On est pile dans l’ADN de Park Chan-wook.
On pourrait presque lui reprocher de se répéter, de toujours évoluer dans des récits de vengeance et de chute morale. Mais franchement, quand c’est fait à ce niveau-là, est-ce vraiment un reproche ? Si on réduit l’intrigue à sa plus simple expression, « Aucun autre choix« , c’est l’histoire d’un homme qui se venge du système en éliminant des hommes plus compétents que lui. Dit comme ça, c’est déjà passionnant. Mais mis en scène par Park Chan-wook, ça devient fascinant.
« Lee Byung-hun porte le film avec une intensité remarquable »
La mise en scène est d’ailleurs l’un des grands atouts du film. Une mise en scène de folie. Park Chan-wook déborde d’idées. Il ose des plans audacieux, des transitions surprenantes, un chaos parfaitement maîtrisé qui nous fait littéralement entrer dans la tête de son personnage. On ressent la tension, la perte de repères, sa peur et même temps, l’évidence de ses choix, ce qui est peut-être le plus dur à accepter.
Oui, parfois le film traîne un peu. Oui, certaines séquences auraient pu être resserrées. L’intrigue met du temps à vraiment s’installer. Mais même dans ses longueurs, le film reste au-dessus de ce qui sort habituellement en salle. Il y a une ambition, une personnalité, une vision.
Autre atout majeur, pour ne pas dire l’autre événement du film : la présence de Lee Byung-hun en tête d’affiche. L’acteur retrouve Park Chan-wook vingt-six ans après le génial et trop peu connu « JSA (Joint Security Area)« . Et quelle performance.
Lee Byung-hun porte le film avec une intensité remarquable. Il incarne un homme ordinaire qui glisse progressivement vers l’horreur et la folie froide. Il parvient à être glaçant et parfois, malgré lui, presque hilarant. Il y a quelque chose de tragiquement absurde dans sa trajectoire. La première scène de meurtre est d’ailleurs complètement barjot. On ne sait pas si on doit rire, être choqué ou retenir son souffle. Ouais non, en fait, on rit. Le reste du casting est tout aussi solide. Des rôles touchants, inquiétants, étranges ou terriblement humains. Personne n’est caricatural. Tout sonne juste.

Lorsqu’on fait les comptes, « Aucun autre choix » est un sacré bon retour de Park Chan-wook. Le réalisateur sud-coréen livre une satire glaçante de la société contemporaine à travers le parcours d’un homme qui refuse le chômage au point de décimer la concurrence. En tant que spectateur, ce film, c’est du caviar. Un cinéma audacieux, intelligent, parfois inconfortable, mais toujours captivant. Et franchement, des films comme ça, on en voudrait plus souvent.
Note : 17/20
Par Cinéted
