mars 3, 2024

Daaaaaali! – Dupieux est fou (du Chocolat Lanvin, ça, on sait pas)

De : Quentin Dupieux

Avec Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Edouard Baer, Jonathan Cohen

Année : 2024

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Une journaliste française rencontre Salvador Dali à plusieurs reprises pour un projet de documentaire.

Avis :

L’infatigable Quentin Dupieux. Depuis une bonne dizaine d’années maintenant, Quentin Dupieux s’est imposé comme l’un des cinéastes phares du paysage du cinéma français. Il faut dire que depuis « Réalité« , Quentin Dupieux n’a cessé d’étonner avec des films tous plus dingues les uns que les autres. Infatigable, comme je le disais, Quentin Dupieux a pris une vitesse de croisière qui fait qu’il arrive à mettre en boite un, voire même deux, films par an.

Moins de six mois après son excellent « Yannick« , voici donc Mr Oizo qui est de retour avec un film vraiment particulier. Un film qui ne cesse de jouer avec son spectateur, l’emmenant dans des délires de montage qui peuvent délicieusement nous perdre.

« Quentin Dupieux étonne en livrant un ovni. »

Drôle et amusant, esthétique, débridé et libre, caricaturant et s’amusant de l’image de son personnage, Quentin Dupieux étonne en livrant un ovni, qui même au sein de sa filmographie, ne ressemble à aucun autre, et l’on en ressort autant amusé que déconcerté, comme si Quentin Dupieux arrivait aussi au bout d’un délire.

Une jeune journaliste cherche à rencontrer l’immense Salvatore Dali pour en faire un portrait. Le jour où cette rencontre se concrétise enfin, le Maître, vexé de se rendre à une interview sans caméra pour capturer l’image de Daaaaaali, s’en va. Cette jeune journaliste ne va avoir de cesse de relancer le Maître, jusqu’à ce qu’elle arrive à enfin l’interviewer.

Il est toujours difficile d’écrire sur un film de Quentin Dupieux tant le cinéaste français sait livrer des œuvres perturbantes, qui ne ressemblent à rien de ce que l’on avait pu voir jusqu’à maintenant, et son nouveau film n’échappe pas à cette règle, car « Daaaaaali ! » est un film pour le moins très haut perché.

« Quentin Dupieux s’éclate vraiment avec le montage de son film. »

Œuvre d’art qui ne cesse de réinventer son film, un peu comme un rêve qui se prolongerait trop longtemps, « Daaaaaali ! » est un film qui va certainement diviser, car il va falloir se laisser entraîner dans le délire. Pour raconter son personnage, Quentin Dupieux a fait appel à six comédiens pour l’incarner, et comme dans un rêve, sans explication, il va passer d’un comédien à l’autre, pour délivrer un portrait haut en couleurs qui fera à coup sûr sourire, tant les acteurs prennent du plaisir à se lancer dans cette caricature.

Avec ça, « Daaaaaali ! » est un film qui pousse le curseur de l’expérience plus loin que d’ordinaire (enfin, si toutefois l’ordinaire existe chez Dupieux). Ainsi, Quentin Dupieux s’éclate vraiment avec le montage de son film qui, comme l’image d’un rêve, ne cesse de revenir en arrière pour réinventer la scène précédente, ou la scène suivante. Du côté de la technique, l’ensemble est fascinant à suivre, même s’il faut aussi dire que cette idée a une limite, et « Daaaaaali ! » finit par tourner en rond, se posant plus comme une œuvre expérimentale qui assume son délire et sa rêverie, qu’un film qui nous racontera clairement quelque chose.

C’est vrai qu’on s’amuse des trouvailles de son réalisateur. C’est vrai que voir Edouard Baer remonter un couloir qui n’en finit pas, ou encore voir la fidèle Anaïs Demoustier s’acharner à vouloir interviewer le Maître alors que ce dernier la remarque à peine a de quoi nous faire délicieusement sourire. Mais derrière ça, finalement, si l’on enlève la technique et cette leçon de montage qui pousse très loin le curseur de la répétition, « Daaaaaali ! » ne raconte pas grand-chose. Par contre, dans un autre sens, ce délire totalement libre pousse à la réflexion, et chacun pourra finalement voir ce qu’il veut avec « Daaaaaali !« . Pour ma part, j’aime à me dire que si le Maître avait réalisé un film, peut-être qu’il pourrait ressembler à celui-ci.

« Suivre des comédiens qui s’en donnent à cœur joie dans la caricature, c’est délicieusement réjouissant. »

Sinon, sur d’autres points, « Daaaaaali ! » envoûte avec sa BO signée Thomas Bangalter, ex Daft Punk. Ce dernier livre des notes acoustiques qui donnent un charme assez fou à l’ensemble, et au-delà du film, on se laisserait bien tenté par une écoute seule.

Puis enfin, Quentin Dupieux, prenant de plus en plus de place de film en film, s’offre des castings de plus en plus fous, et si on y retrouve la fidèle Anaïs Demoustier en journaliste, apprentie cinéaste, si on y retrouve Romain Duris en producteur essayant d’être délicat, « Daaaaaali ! » ce sont aussi et surtout six comédiens qui incarnent le Maître. Six comédiens comme autant de « A » dans le titre du film, et autant le dire tout de suite, Édouard Baer, Jonathan Cohen, Gilles Lellouche, Pio Marmaï, Jean-Marie Willing et Didier Flamand s’éclatent dans la peau du peintre. D’ailleurs, si bien souvent on peut se sentir perdu de par ce que le film nous raconte (ou pas), suivre des comédiens qui s’en donnent à cœur joie dans la caricature, c’est délicieusement réjouissant.

Ainsi donc, ce premier Quentin Dupieux de 2024 se pose comme un sympathique film expérimental, doublé d’un trip assez fou dans son genre. Esthétiquement très réussi, doté d’un montage fou et très inspiré, et tenu par d’excellents comédiens, il reste néanmoins qu’il manque une intrigue, quelque chose qui aurait un sens, pour pleinement nous embarquer. Après, ça reste un film de Quentin Dupieux et comme chacun de ses films, on entre ou pas dedans, et celui-ci risque de fort bien diviser. Pour ma part, même s’il se pose une petite déception, je suis toutefois ravi de m’y être aventuré.

Note : 13,5/20

Par Cinéted

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