mai 29, 2024

Le Paradis – L’Amour en Zonzon

De : Zeno Graton

Avec Khalil Gharbia, Julien de Saint-Jean, Amine Hamidou, N’landu Lubansu

Année : 2023

Pays : Belgique, France

Genre : Drame, Romance

Résumé :

Joe, 17 ans, est sur le point de sortir d’un centre fermé pour mineurs délinquants. Si son juge approuve sa libération, il ira vivre en autonomie. Mais l’arrivée d’un nouveau jeune, William, va remettre en question son désir de liberté.

Avis :

Allez, on prend nos valises de cinéphile et l’on s’en va pas très loin de chez nous, en Belgique, pour s’intéresser à Zeno Graton. Né en 1990, Zeno Graton a étudié le cinéma à l’INSAS dont il en sort diplômé en direction de la photographie. Très vite, il se met à réaliser. En 2013, son court-métrage « La mouette » est primé dans pas mal de festivals. Puis son court « Jay parmi les hommes« , sera nommé au Magritte du cinéma. En parallèle de cela, il travaille sur l’excellente série de Mathieu Donck, « La trêve« .

Adolescent, Zeno Graton a vu son cousin passer par des centres pour mineurs délinquants, et même si lui n’y a jamais été, il aurait pu facilement y entrer. Le centre pour mineur délinquant est donc l’un des sujets qu’il a décidé de traiter avec ce premier film. Le sujet est aussi complexe qu’il est riche et passionnant, et à cela, le jeune metteur en scène y ajoute une histoire d’amour libre et délicate entre deux « détenus ». Loin des clichés, filmé avec un bel œil, « Le paradis » se pose alors comme un joli premier film.

«  »Le paradis » se pose donc comme un premier film aussi joli qu’intéressant. »

Joe a dix-sept ans, et cela fait six mois qu’il est en centre de détention pour mineur. Si tout se passe bien, Joe devrait sortir dans quelques semaines, et il ira vivre en autonomie avec une équipe autour de lui pour l’aider à prendre son indépendance. Alors qu’il a un profond désir de sortir, l’arrivée de William, un jeune du même âge que lui, va bousculer Joe et son envie de sortir, d’autant plus que très vite, loin des regards, une histoire entre eux commence à se créer.

Pour son premier film, on ne peut pas dire que Zeno Graton ait choisi la facilité, en plaçant une histoire d’amour pleine de liberté dans un lieu qui, justement, est une privation de liberté, et derrière ça, un lieu qui est plus qu’hostile à ce genre d’histoire. Et c’est avec délicatesse et émotions que le metteur en scène va réussir son entreprise.

Écrit par Zeno Graton (qui est aidé par Clara Bourreau), « Le paradis » se pose donc comme un premier film aussi joli qu’intéressant. Abordant beaucoup de sujets au sein de son intrigue, « Le paradis » va explorer ce système judiciaire qui tente d’aider et réhabiliter des mineurs délinquants. Le travail des « éducateurs », les prises de conscience et la vie au sein de cet établissement fourmillent de détails. Zeno Graton offre vraiment à son drame de quoi se renouveler en permanence. Le film aborde aussi la scolarité, le rapport à l’autorité, puis derrière ça, alors que le sujet est sombre, le réalisateur y filme beaucoup les moments de complicité entre ces jeunes, les vannes, les moments de rire, de joie et de défouloir.

« Zeno Graton n’oubliera jamais de mettre en scène la difficulté de ce milieu. »

Alors qu’on pourrait se dire qu’il idéalise les choses, Zeno Graton n’oubliera jamais de mettre en scène la difficulté de ce milieu, l’enfermement, ou bien les rivalités qu’il peut y avoir entre ces jeunes qui parfois se provoquent pour un oui ou pour un non. S’il y a bien des moments où le film traîne un peu de la patte, et si parfois, le film n’est pas toujours très mesuré, notamment lors d’hystérie générale, rageuse, sur son ensemble, le ton est bon et « Le paradis » se laisse suivre avec intrigue et intérêt. Puis toute une partie est décuplée avec cette étonnante histoire d’amour. On a déjà vu des histoires d’amour qui, sur le papier, ont des particularités qui font écho à celle-ci, mais aucune n’avait encore eu la liberté de ton et d’amour de ces deux jeunes amants.

Ce qui est beau, touchant et juste avec ce « … paradis« , c’est qu’à aucun moment, cette histoire n’est remise en cause par les deux personnages. Non, cette dernière sonne comme une évidence, et le souci de cette love story finalement n’est pas le fait qu’ils s’aiment, le problème vient bien plus du lieu où ils s’aiment. Un lieu qui est intolérant à ces histoires d’amour. Pourtant, malgré ça, ces deux jeunes, loin des regards, trouvent des moments juste pour eux, et au sein de cette prison naît alors beaucoup de liberté, d’espoir et finalement de luminosité, même si malheureusement, le scénario ne se fera pas imprévisible.

Oui, très vite, quelques éléments donnés en début de film font que l’on devine ce qui va arriver, et c’est dommage, car ça enlève de la saveur et de l’intrigue à l’ensemble. Après, ce n’est pas au point de passer un mauvais moment, loin de là, mais c’est suffisamment présent pour que lorsque ce qui était prévu arrive, on ne soit ni étonné, ni touché plus que cela.

« On est pris dans son film et l’on est touché par cette bande de jeunes. »

Autre élément qui est très bon au sein de ce « … paradis« , c’est l’atmosphère et l’alchimie que Zeno Graton a réussi à capturer entre ces codétenus et les éducateurs. Là encore, on pourra toujours dire que le cinéaste utopise ce lieu et les gens qui l’occupent, mais force est de constater qu’on est pris dans son film et l’on est touché par cette bande de jeunes. Ici, il y a beaucoup d’amitié, d’amour et de bienveillance, aussi bien chez les jeunes entre eux, qu’avec les rapports (parfois difficiles) avec l’équipe éducative qui les encadre.

Et bien sûr, devant tous ces personnages et ces bons comédiens, il y a ces deux amants qui sont beaux et très bien campés par deux acteurs pleins de talent. Deux acteurs qui nous avaient déjà marqués et qui confirment encore un peu plus ici. Ainsi, Khalil Gharbia (« Peter Von Kant« ) est touchant en jeune perdu avec ses envies. Puis il y a Julien De Saint-Jean (« Arrête avec tes mensonges« ) qui est bluffant en jeune détenu plus fragile et fougueux qu’il n’en a l’air.

Si ce « … paradis » est imparfait, il demeure néanmoins une jolie réussite et un beau premier film autour d’un sujet difficile et il offre une belle (et prévisible) histoire d’amour. Filmé avec délicatesse, pudeur et luminosité, tenu par deux excellents acteurs, qui eux même tiennent de beaux personnages, emporté par une BO sublime (oui, on n’en a pas parlé, mais les morceaux choisis illustrent magnifiquement les scènes imaginées par le réalisateur) avec « Le paradis« , Zeno Graton fait des promesses pour la suite de sa carrière et l’on reste curieux de voir ce que le metteur en scène fera dans l’avenir. « Le paradis » sera sûrement l’une des sorties discrètes de ce Mercredi 10 Mai, et si vous avez la chance qu’un cinéma près de chez vous ose le jouer, ce serait alors dommage de passer à côté.

Note : 14,5/20

Par Cinéted

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