juin 25, 2024

War Pony – L’Art de la Débrouille

De : Gina Gammell et Riley Keough

Avec Jojo Bapteise Whiting, LaDainian Crazy Thunder, Ashley Shelton, Iona Red Bear

Année : 2023

Pays : Etats-Unis

Genre : Drame

Résumé :

Deux jeunes hommes de la tribu Oglala Lakota vivent dans la réserve de Pine Ridge, dans le Dakota du Sud. Bill, 23 ans, cherche à joindre les deux bouts à tout prix. Matho, 12 ans, est quant à lui impatient de devenir un homme. Liés par leur quête d’appartenance à une société qui leur est hostile, ils tentent de tracer leur propre voie vers l’âge adulte.

Avis :

Duo de réalisatrices, Gina Gammell et Riley Keough se sont rencontrées au cours des années 2010. La première est londonienne et elle a débuté sa carrière en réalisant des films publicitaires et des clips vidéo. La deuxième est américaine et c’est une actrice connue, qu’on a pu voir dans des films tels que « Mad Max Fury Road« , « Under the Silver Lake« , ou encore « Logan Lucky« . Ensemble, en 2018, elles créent la société de production Felix Culpa, et c’est avec celle-ci qu’elles ont réalisé ensemble leur premier film.

Reparti de Cannes avec la Caméra d’Or, voici que « War Pony » débarque sur les planches du Festival de Deauville. Incursion au cœur d’une réserve auprès de la tribu Oglala Lakota, « War Pony » est un film duquel je ressors très partagé. Divisé en deux intrigues qui suivent deux personnages, si le film de Gammell et Keough s’avère intéressant sur certains points, sur l’ensemble, il se fait trop long pour nous tenir jusqu’au bout, d’autant plus que sur ces deux intrigues, l’une s’avère bien plus intéressante que l’autre. Dommage.

«  »War Pony » est un film qui se révèle être aussi intéressant dans ce qu’il raconte, qu’il peut être aussi ennuyant. »

Bill, vingt-trois ans, essaie tant bien que mal de joindre les deux bouts. Père de deux enfants, Bill a des idées en tête pour gagner de l’argent, comme l’élevage de chiens. Sa rencontre avec un riche propriétaire va lui faire espérer un peu plus. Matho a douze ans, et sa vie se partage entre l’école, ses copains et quelques petits trafics pour s’acheter des cochonneries. Un soir, le père de Matho le met à la porte. Le petit garçon va devoir s’en sortir tout seul. Ces deux abîmés par la vie vont alors essayer de se tracer un chemin pour assurer leur avenir. Un avenir bien difficile, au vu de leur origine, face à une société qui peut avoir tendance à les rejeter.

Premier film de Gina Gammell et Riley Keough, « War Pony » est un film qui se révèle être aussi intéressant dans ce qu’il raconte, qu’il peut être aussi ennuyant, avec la sensation presque irritante de ne pas savoir où l’on va aller avec ces deux histoires, qui ne cessent de rebondir, alors même qu’on pensait en avoir déjà fait le tour.

Superbement filmé dans la réserve de Pine Ridge, au plus près de la communauté Oglala Lakota, le scénario de « War Pony » se scinde en deux, pour peindre le portrait de jeunes hommes qui, comme le synopsis nous l’indique, essaient tant bien que mal de s’en sortir avec ce que la vie leur offre et leur laisse. Intéressant, plein de cultures, notamment dans la tradition, les chants, les enterrements, abordant le poids de la culture indienne dans la société américaine, s’intéressant à la pauvreté et la débrouille de ces habitants qui vivotent de petits boulots et trafics, « War Pony » sait se faire très intéressant, et de ce côté-là, les deux réalisatrices savent nous tenir.

«  »War Pony » est magnifiquement filmé. »

Peignant les portraits de personnages, comme je le disais plus haut, elles sauront aussi nous intéresser avec l’un des personnages qu’elle présente, en l’occurrence le personnage de Bill, jeune père de famille, un peu déconnecté, qui s’embrouille avec ses copines, mais qui derrière ça, a une envie de s’en sortir qui le rend assez touchant. Loin des clichés auxquels on pourrait s’attendre, le personnage est beau, et même si parfois, les ficelles que tirent les deux réalisatrices sont un peu floues, on aime le suivre, et mieux que ça, on espère franchement qu’il finisse par « s’en sortir ».

En ce qui concerne le deuxième personnage, Matho, douze ans, les sentiments ne vont pas du tout être les mêmes, et alors que son histoire est plus dramatique, le gamin est on ne peut plus agaçant et l’on a bien du mal à voir où Gammell et Keough veulent aller avec ce personnage. Et plus tristement, j’ai même envie de dire qu’on se fiche un peu de son destin, tant il est irritant. Conjuguant ces deux intrigues, le film oscille entre les deux, et ces sentiments contradictoires envers ces deux personnages finissent par abîmer l’ensemble, et « War Pony » résonnera comme un accordéon, capable de nous ennuyer avec l’un et nous rattraper avec l’autre.

Si « War Pony » est magnifiquement filmé, si l’on profite des superbes paysages, et comme je le disais, de toute la culture que le film met en avant, il faut dire aussi que le film souffre d’un problème de rythme. Presque deux heures pour raconter ces personnages, c’est trop long, et bien souvent, on reste dans l’attente qu’il se passe quelque chose. Ce sentiment de film en accordéon vient aussi de ce montage, qui traîne parfois, et d’autres fois tombent pile dans ce qu’il fallait.

«  »War Pony » est un film qui joue aussi beaucoup avec le mélange des cultures. »

« War Pony » est un film qui derrière ça, dans sa mise en scène, joue aussi beaucoup avec le mélange des cultures, filmant les traditions, filmant les chants, tout en habillant le film avec une BO rap. Ce mélange des cultures donne quelque chose d’intéressant, et peint en quelque sorte un portrait de l’Amérique qu’on ne voit pas souvent, et ne serait-ce que pour cela, je ne regrette pas de m’y être arrêté.

Enfin, si j’ai eu parfois du mal avec certains personnages, ces derniers sont tenus par de bons acteurs, notamment Jojo Bapteise Whiting qui s’impose à l’écran et qui arrive à composer un personnage touchant et sincère. Un personnage qui, comme je l’ai écrit, donne envie de le suivre n’importe où.

Je ressors donc partagé devant ce premier film qui a réussi à autant m’intéresser que m’ennuyer. Jolie plongée dans la culture amérindienne, tenue par des sujets intéressants et un personnage sur les deux qui est touchant, ce premier film de Gina Gammell et Riley Keough laisse, certes, un sentiment mitigé, mais malgré ses défauts, malgré son rythme lent et sa trop longue durée, je ne regrette pas de m’y être arrêté.

Note : 09/20

Par Cinéted

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