octobre 6, 2022

Du Vent dans mes Mollets

De : Carine Tardieu

Avec Agnès Jaoui, Denis Podalydès, Isabelle Carré, Isabella Rossellini

Année : 2012

Pays : France

Genre : Comédie

Résumé :

Prise en sandwich entre des parents qui la gavent d’amour et de boulettes, Rachel, 9 ans, compte les minutes qui la séparent de la liberté. Jusqu’au jour où son chemin croise celui de l’intrépide Valérie.

Avis :

Carine Tardieu est une réalisatrice française qui a débuté sa carrière en tant que cinéaste en 2000 avant de passer au long-métrage en 2007 avec le très joli « La tête de Maman« . Aimant toucher à l’enfance, ou l’adolescence, Carine Tardieu est alors tombée (enfin, on lui a envoyé) le roman de Raphaële Moussafir, dont elle a eu un coup de foudre. Comme le hasard fait très bien les choses, les deux femmes se sont rencontrées sur un salon du livre et Raphaële Moussafir avait eu un coup d’amour pour le premier film de la Tardieu. Et comme encore une fois le hasard fait très bien les choses, Carine Tardieu qui voulait adapter le roman, a alors appris que ses producteurs pensaient à elle pour en faire une adaptation, car l’univers de Moussafir se conjugue très bien avec celui de Tardieu.

Deuxième film pour Carine Tardieu qui continue alors son exploration liée à l’enfance. Petite comédie dramatique modeste et pleine de charme, comme de bêtises, « Du vent dans mes mollets » est le genre de petit bout de cinéma qui se laisse très gentiment regarder. Si, ce … » vent dans mes mollets » ne sera pas aussi beau et touchant que le premier film de sa cinéaste, ce qui véhiculera une petite déception, cela ne nous empêchera pas de passer un joli petit moment, perché quelque part entre nostalgie, eighties, souvenir d’enfance et sentiments d’adultes.

Rachel a neuf ans et c’est une petite fille à part. Solitaire, elle est écrasée par l’amour de ses parents, surtout par sa mère, dont on pourrait facilement dire qu’elle l’étouffe sous son amour. Un jour de rentrée scolaire, Rachel fait la connaissance de Val, une petite fille intrépide et pleine de vie. Très vite, les deux gamines se lient d’amitié et passent tout leur temps ensemble. Si les deux petites filles se lient d’amitié, cette rencontre est aussi l’occasion pour les parents de se connaître et à leur tour de se lier d’amitié.

« Du vent dans mes mollets » est un film duquel je ressors un chouilla partagé. Partagé entre le joli moment passé, notamment parce que le film nous réserve de beaux passages, que ce soit du côté des deux gamines ou chez les adultes, mais derrière ça, il y a aussi dans ce film un scénario dont on se demande où il veut aller, si ce n’est que de nous raconter une tranche de vie.

« Du vent dans mes mollets » est un film qui est divisé en deux grandes parties, ou plutôt deux grands axes, pour deux points de vue, celui des gamines et celui des parents. Ainsi, dans le premier point de vue, ce deuxième film de Carine Tardieu suit avec un certain plaisir deux petites filles qui se sont très bien trouvées. Faisant les quatre-cents coups, ce qui est vraiment un plaisir ici, c’est surtout toutes les métaphores et toutes les subtilités que la réalisatrice emploie, au travers de l’écriture et la mise en scène pour faire transparaître l’imaginaire de ces deux gamines. Le film est riche en trouvailles, il est riche en bêtises, en anecdotes, et l’on se plaît à suivre ces petits personnages. Si on pourrait lui reprocher de ne pas raconter du point de vue des enfants autre chose qu’un quotidien fait de gamineries mignonnes et pleine d’innocence, et plus largement de tourner en rond, parfois, on se laissera aussi surprendre par certains non-dits qui arrivent brusquement et qui sont aussi racontés avec toute la sensibilité qu’on connaît chez cette réalisatrice. La scène des Barbie en est à coup sûr le meilleur des exemples.

Chez les adultes, ce n’est pas la même histoire. Si l’on aurait pu croire que le film nous entraînerait dans une intrigue convenue, se posant comme un triangle amoureux qu’on a déjà bien trop vu, Carine Tardieu nous prouve qu’elle est plus intelligente et surtout plus sensible et subtile que cela, et en un sens, à travers les dialogues et les certains moments tout en douceur de ce film, la réalisatrice livre là un joli moment de cinéma. Elle peut même se vanter de nous offrir quelques instants de grâce, notamment une discussion entre Jaoui et Carré à propos de Podalydès, ou encore la découverte d’une cuisine, qui laisse transparaître tout l’amour des personnages.

Mais bon, comme je le disais plus haut, « Du vent dans mes mollets » se fait peut-être moins prenant et quelque peu décevant sur une grande partie de son histoire. Le film donne la sensation qu’il cherche à se lancer pleinement, et pour vraiment arriver à cela, il faudra attendre les derniers et magnifiques instants de ce métrage. Un métrage qui nous réserve un dernier rebondissement, aussi brusque et brutal qu’il est finalement assez convenu et sans grande surprise, tant il est évident, et pourtant, grâce au talent de Tardieu et ses comédiens, on se laisse surprendre et c’est peut-être là le plus beau coup de ce « … vent dans mes mollets« .

Ce qui fait aussi le plaisir de ce film, c’est sa distribution. Chez les adultes, Agnès Jaoui, Isabelle Carré et Denis Podalydès sont excellents et sublimes de bout en bout. Ils sont soutenus par quelques secondes rôles assez drôles ou touchants, Hervé Pierre en directeur d’école, Elsa Poivre en maîtresse, Judith Magre dans le rôle de la grand-mère ou encore Isabella Rosselini qui apparaît de temps à autre. Mais les vraies révélations de ce film, ce sont ces deux gamines, Juliette Gobert et Anna Lemarchand. Franchement, elles ont été très bien castées, et si les intrigues qui arrivent aux adultes sont plus intéressantes, il est clair que grâce à leur naturel, leur charme, leur spontanéité, leurs rires, leurs bêtises, et leurs complicités, les deux petites actrices tiennent une grande partie du film, et du petit plaisir qu’on ressent, sur leurs épaules.

Ainsi, « Du vent dans mes mollets » est un petit film somme tout sympathique. Moins marquant, moins poétique, que le premier film de sa réalisatrice, ce qui fait qu’en conséquence le film se pose comme un chouilla décevant, il n’en reste pas moins que le moment passé en compagnie de ces personnages est aussi agréable que touchant et plus largement charmant. Si Carine Tardieu fait moins fort, entre celui-là, « La tête de Maman« , et ses « … jeunes amants« , je suis content d’avoir découvert son cinéma.

Note : 12,5/20

Par Cinéted

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