janvier 27, 2023

Détour Mortel

Titre Original : Wrong Turn

De : Rob Schmidt

Avec Desmond Harrington, Eliza Dushku, Emmanuelle Chriqui, Jeremy Sisto

Année : 2003

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Un accident paralyse totalement la circulation. Chris ne veut pas manquer son rendez-vous. Il quitte l’autoroute et s’engage dans un chemin de terre pour contourner l’embouteillage. Alors qu’il s’enfonce dans la forêt, il heurte une voiture bloquée au milieu de la route. Ses occupants partaient camper pour le week-end lorsque les pneus ont étrangement éclaté.
Le groupe va chercher de l’aide et trouve une cabane. En pénétrant à l’intérieur, le soulagement laisse vite place au cauchemar. Tétanisés par l’horreur de ce qu’ils découvrent, ils n’ont pas le temps de fuir que les occupants arrivent…

Avis :

Il fut un temps où le survival avait le vent en poupe dans les salles obscures. Visant à mettre un groupe de personnes face à des sales types ou des dangers naturels, le sous-genre horrifique va revenir en force durant les années 2000 avec des films tels que La Colline a des Yeux ou encore Détour Mortel. Concernant ce dernier, c’est Rob Schmidt qui va le mettre en scène. Cinéaste assez timide, il va se faire remarquer avec un premier court qu’il va transformer en long, puis il s’engage dans la comédie dramatique avec une adaptation de Dostoïevski. Quelques années plus tard, il est alors aux commandes d’un film d’horreur, Détour Mortel, qui va avoir un immense succès, à un tel point qu’aujourd’hui, on a droit à cinq suites et un reboot. Un succès qui ne va pourtant pas permettre au cinéaste de continuer sa carrière.

En effet, après un petit détour par la case série dans l’anthologie des Masters of Horror, le réalisateur va faire The Alphabet Killer, mais ce sera un échec, et le film ne sera disponible chez nous que par DVD. Depuis, aucune nouvelle de Rob Schmidt, qui ne semble pas avoir repris la caméra. Et c’est bien dommage, car ce premier Détour Mortel est une franche réussite du genre, un film qui a conscience de ce qu’il est, et où le réalisateur va tout faire pour nous plonger dans la lutte de ces jeunes gens. D’un point de vue scénaristique, il est évident que le film n’a pas grand-chose à raconter. On fait une rapide connaissance de six personnes, qui vont devoir se battre pour survivre face à un trio de consanguins monstrueux. Rien de bien neuf là-dedans, d’autant plus que dans le fond, ça reste assez vide.

« On peut y voir, en grattant très fort, une critique de notre société du paraître. »

L’introduction du film essaye malgré tout de mettre en avant des ressorts énigmatiques pour présenter cette famille de zinzins. Avec des articles de journaux, on apprend que dans l’Ouest de la Virginie, il y a de la consanguinité, avec des déformations, et que ces gens vivent entre eux, au milieu de la forêt. Une mise au ban qui pourrait justifier leur haine de l’être humain, encore plus quand ces derniers sont jeunes et beaux. On peut y voir, en grattant très fort, une critique de notre société du paraître, où les méchants sont jugés par leur physique, et de ce fait, ils se vengent allègrement sur les pauvres hères qui croisent leur route. Et en règle générale, il s’agit de jeunes sportifs, qui ont tout pour eux. Ce n’est donc pas un hasard si les deux premières victimes sont de jeunes varappeurs au teint éclatant.

Hormis cela, on ne peut pas dire que Détour Mortel réinvente la sauce. On a droit à des personnages clichés, et on peut aisément dire qui va mourir en premier et qui va survivre. On peut même regretter un gore assez timide dans ce premier film, qui ne montre que des morceaux de cadavres et peu de moments vraiment sales. Cependant, ce serait réducteur de limiter le film à quelques effets timides et des protagonistes pénibles. Rob Schmidt l’a bien compris, si on veut faire peur aux spectateurs, il faut de l’empathie envers les survivants, et il faut créer le dégoût avec des méchants presque omnipotents. C’est le cas ici avec des monstres qui prennent plaisir à tuer et qui connaissent la forêt comme leur poche, les rendant dangereux à chaque arbre. Ajoutons à cela des comportements déviants, avec rires et gestuels grotesques, et la boucle est bouclée.

« Malgré des facilités dans les portraits, on reste sur une base solide et un duo empathique. »

Effectivement, avec des méchants comme cela, on reste dans un cliché un peu facile, mais crédible, jouant sur la peur de l’inconnu, dans ces forêts immenses et inhospitalières. Et face à cela, il faut des personnes attachantes. Ce sera le cas avec le duo Desmond Harrington et Eliza Dushku. Les deux acteurs jouent bien et se complètent avec des personnages simples, qui font équipe pour s’en sortir, sans pleurnicher pendant des heures. Ils essayent même de sauver les autres personnages, alors qu’ils sont plus pénibles et rentrent plus facilement dans un cahier des charges quasi obligatoire. Entre le couple de camés et le couple amoureux insouciant, on a de quoi faire de l’eczéma, mais cela permet aussi d’alimenter un bon body count. Bref, malgré des facilités dans les portraits, on reste sur une base solide et un duo empathique.

Enfin, l’autre point fort de ce film reste son ambiance. Si on est bien loin d’égaler La Colline a des Yeux d’Alexandre Aja, on reste dans quelque chose de moins onéreux, mais qui n’en est pas pour autant cheap. Outre la réalisation relativement propre de Rob Schmidt, on retrouve des éléments bien craspec et des moments de flippe bien troussés. On peut penser à cette visite de la maison, et les découvertes qui vont avec. Ou encore lorsque les méchants dépècent les cadavres des amis, sous les yeux des survivants, alors planqués. Le film ne lésine pas aussi pour rendre la forêt hostile, avec une sensation d’immensité et des pièges posés un peu partout. Il y a un vrai effort pour rendre l’ensemble angoissant, où la survie des protagonistes est toujours de mise, ne pouvant s’octroyer de repos. Et le film d’aller droit au but sans nous ennuyer.

Au final, Détour Mortel est un bon film d’horreur, qui manipule les codes du genre avec intelligence, sans pour autant essayer de creuser un thème en particulier. Survival basique mais rondement mené, on ne s’ennuie pas un seul instant grâce à deux personnages empathiques qui matchent bien, et des méchants complètement cons, affreux et sales. Il en résulte donc un survival tout ce qu’il y a de plus honnête, qui va malheureusement être victime de son succès, pour planter des suites de plus en plus honteuses et cheaps…

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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