février 7, 2023

Les Rascals – Nique le Racisme

De : Jimmy Laporal-Tresor

Avec Jonathan Feltre, Missoum Slimani, Jonathan Eap, Marvin Dubart

Année : 2023

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Les Rascals, une bande de jeunes de banlieue, profite de la vie insouciante des années 80. Chez un disquaire, l’un d’eux reconnait un skin qui l’avait agressé et décide de se faire justice lui-même. Témoin de la scène, la jeune sœur du skin se rapproche d’un étudiant extrémiste qui lui promet de se venger des Rascals. Alors que l’extrême droite gagne du terrain dans tout le pays, la bande d’amis est prise dans un engrenage. C’est la fin de l’innocence…

Avis :

Réalisateur, Jimmy Laporal-Tresor a commencé sa carrière au courant des années 2000. Lié à Julien Abraham (« Mon frère« ), dont il a co-écrit le scénario, Jimmy Laporal-Tresor s’est lancé dans la réalisation un peu comme tous, en commençant par des courts-métrages. En 2015, il met donc en scène son premier film, « Le baiser« , une histoire d’amour contrarié. Dès lors, les portes lui sont grandes ouvertes, et un peu plus d’un an après « Soldat Noir« , voici que le premier long de Jimmy Laporal-Tresor débarque dans nos salles de cinéma et on peut dire que c’est un coup-de-poing que le réalisateur assène là.

S’engouffrant en 1984, Jimmy Laporal-Tresor nous propose de suivre une bande de jeunes, « Les Rascals », qui n’ont qu’une envie, c’est de s’amuser, de profiter de la vie et de vivre tout simplement. Or, en 1984, en banlieue parisienne, ces jeunes vont très vite se confronter à d’autres, et ainsi tomber dans la violence. La violence engendrant la violence, la haine engendrant la haine, Jimmy Laporal-Tresor fait la peinture d’une époque, pour en dénoncer sa violence et surtout son engrenage. Bref, c’est lourd, sombre et fort !

« Pour son premier film, on peut dire que Jimmy Laporal-Tresor a frappé fort, avec un film violent et politique… »

Paris, 1984, les Rascals est une bande de potes qui voient en la capitale une fête. Ainsi, drague, dancing, et soirées entre potes sont au programme. À cette époque-là, la capitale est petit à petit rongée par les skinheads. Organisé et très politisé, ses adhérents sont de plus en plus violents, se lançant dans des ratonnades. Bientôt, les Rascals et les Bonhead vont s’affronter et cela sonnera la fin de l’innocence.

Pour son premier film, on peut dire que Jimmy Laporal-Tresor a frappé fort, avec un film violent et politique, mais qui derrière ça, arrivera à faire la part des choses, offrant une sorte de kaléidoscope de ces années 80, qui sont d’un côté plus sombre et difficile que les souvenirs qu’on peut avoir désormais des eighties.

Pour cela, Jimmy Laporal-Tresor va faire un choix très intéressant, monter son film en nous racontant ces deux clans très opposés, puis à l’aide d’une bonne ficelle scénaristique, « Les Rascals » va se faire rencontrer ces personnages, les faire s’affronter, et surtout, ne pas les faire chercher une solution qui pourrait éviter l’engrenage de violence qui va être mené. Dans un sens, il y a quelque chose qui relève de l’ordre de la fatalité, ce qui fait que le film, sur son fil rouge, est assez prévisible, (et même déjà vu), mais Jimmy Laporal-Tresor y injecte une telle intensité, une telle noirceur, et un soupçon de « révoltant », que finalement, on se laisse totalement attraper et lorsque certains événements se produisent, on est comme choqué de part ce qui se passe, et c’est peut-être ça le plus dingue et le plus réussi avec ce film.

« Le film parle aussi des familles, de la famille, ou encore de son absence, ce qui pousse à des dérives. »

Après, du côté du scénario, « Les Rascals » est un film qui aborde la haine, et comment cette dernière se nourrit de la haine de tous, et biaise les jugements. Ainsi, cette histoire, sans haine et sans vengeance, n’aurait pas lieu, et c’est d’autant plus dramatique. Avec ça, « Les Rascals« , c’est aussi un film qui tient tout un tas de sujets, comme l’immigration, les différentes cultures, l’avenir, surtout dans les années 80. D’ailleurs, le film parle énormément de son époque au travers des personnages certes, mais aussi des décors, des costumes (l’influence des États-Unis liée souvent à travers la musique), ou encore de petits détails toujours bien trouvés.

Le film parle aussi des familles, de la famille, ou encore de son absence, ce qui pousse à des dérives. Puis enfin, et bien sûr, le film parle de ces événements à travers les médias, qui sont très présents, d’ailleurs, le film parle des années 80 à travers ce support (politique, élections, événements, faits divers, interviews…). Après, tout dans ce scénario ne sonne pas juste, et parfois, il peut y avoir des traits qui sont grossis, voire caricaturés, mais on se fait tellement prendre dans ce film que finalement, ce sont de petits détails (comme ceux dans sa mise en scène et l’on y reviendra), qui sonnent presque comme anecdotiques.

«  »Les Rascals » est tenu par une bande de comédiens au top. »

« Les Rascals« , visuellement parlant, est un film qui a un bagou et un très beau cachet. La reconstitution est impeccable, les différentes ambiances par lesquelles passent l’intrigue et ses personnages sont quasi parfaites. C’est superbement filmé, avec beaucoup de rythme, de tension et de densité dramatique. Le montage, hormis quelques défauts (notamment sur la fin, qui est coupée en deux parties), demeure de très belle qualité. L’intrigue est fluide, et l’on se laisse totalement attraper. Puis on sent vraiment qu’il y a eu du travail en amont pour faire revivre les « différentes » années 80.

Puis enfin, et c’est là l’un des gros points forts de ce film, « Les Rascals » est tenu par une bande de comédiens au top. Puis c’est une bande de comédiens qui pour la plupart, sont peu connus. Si tous sont excellents, je voudrais mentionner toutefois Missoum Slimani dans le rôle de Rico, Angelina Woreth dans la peau de Frédérique, une étudiante, et Victor Meutelet en skinhead, car tout trois crèvent l’écran à chaque instant.

« Les Rascals » est donc un film coup de poing dont on ressort assez secoué, tant l’engrenage est fort. Pour son premier film, Jimmy Laporal-Tresor ne fait pas les choses à moitié, et sans prendre parti, sans juger aucun de ses personnages, il démontre, au bout du compte, que la haine et la violence naissent et se nourrissent du manque de dialogue, de la crainte et la peur de l’inconnu, ainsi que de l’influence. Bref, je le répète, c’est un coup-de-poing.

Note : 16,5/20

Par Cinéted

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