novembre 30, 2022
BD

L’Ogre Lion

Auteur : Bruno Bessadi

Editeur : Drakoo

Genre : Fantasy

Résumé :

Dans les contrées du Nord, nul n’a jamais vu de lynx aussi grand.

Normal : Kgosi est un lion. Mais que fait-il si loin de ses terres ? Pourquoi partage-t-il son corps avec un sanguinaire démon pourfendeur de carnivores ? Accompagné de Wilt, imprévu compagnon de route, Kgosi va découvrir au fil du périple vers le royaume au-delà des mers la vérité qui lui permettra de se retrouver et de délivrer son peuple…

Avis :

S’il y a bien un médium qui est idéal pour présenter des personnages anthropomorphiques, c’est la bande-dessinée. D’ailleurs, de nombreux chefs-d’œuvre mettent en scène des héros au faciès animal comme Blacksad ou encore De Cape et de Crocs. Bien entendu, on pourrait en citer une pléthore d’autres, mais force est de constater que ces deux séries ont marqué durablement le neuvième art. Bruno Bessadi, dessinateur talentueux, connait un succès monstre avec sa série Zorn et Dirna, où la mort n’existe plus et seuls deux enfants peuvent apaiser l’humanité de la vie éternelle. Après quelques séries aux graphismes stupéfiants comme Amazing Grace ou Badass, le dessinateur entreprend son histoire solo avec L’Ogre Lion. Histoire fantasy dans un monde peuplé de créatures animales, ce premier tome, très prometteur, cite rapidement ses références pour mieux s’en détacher par la suite et offrir un récit plus profond qu’il n’en a l’air.

Dès la première planche, le ton est donné, on va voir le héros, le lion Kgosi, qui se suicide en sautant d’une falaise. Pas très loin de là, une communauté de prêtres se fait attaquer par une horde de loup. Un éclair surgit et le dieu des herbivores vient sauver la communauté. Wilt, une petite chèvre, fuit alors la communauté avec le dieu, qui se désincarne en Kgosi. On comprend alors que le lion est habité par l’esprit du dieu, et qu’à chaque qu’il meurt, le dieu apparait quelques minutes, avant de disparaître pour redonner à Kgosi. Avec cette entrée en matière, Bruno Bessadi pose les prémices de son histoire, avec un lion amnésique, qui va retourner dans ses terres du sud pour retrouver la mémoire. Il est alors accompagné par Wilt, et il va se faire de nouveaux amis en route, comme dans un récit d’accumulation.

Car après, Wilt, il va trouver sur son chemin la communauté des rongeurs, qu’il va alors aider, car elle est réduite en esclavage par quatre malfrats. Manque de bol pour Kgosi et ses compagnons de route, ces quatre bandits de grand chemin étaient sous les ordres du roi Charles, un chien opportuniste, qui va utiliser l’amnésie de Kgosi pour faire jouer ses relations et avoir des esclaves à moindre coût. Entrera alors en jeu Hind, une renarde maline et opportuniste, qui va aider notre lion, mais qui cache bien son jeu. Bref, le scénario se suit sans aucun mal, avec des personnages qui arrivent au fur et à mesure avec des rôles bien précis. Bessadi tente d’approcher des personnalités différentes, tout en jouant avec les contes populaires, pour offrir quelques menus références.

Lorsque le lion se plante une épine dans le pied, et que c’est la souris guerrière qui lui retire, difficile de ne pas penser à La Fontaine. Pour autant, cela s’intègre parfaitement dans l’histoire, remplaçant l’épine par une toute petite épée. D’ailleurs, les références ne s’arrêtent pas là, puisqu’on pourra aussi y voir des connexions avec Conan le Barbare de John Milius, une référence dont ne se cache par l’auteur, donnant en bonus quelques posters du célèbre film retravaillés avec Kgosi à la place de Conan. Cela n’entache en rien le plaisir de lecture, et on pourra même y trouver des thèmes majeurs très intéressants. Car oui, on va au-delà du simple récit qui va d’un point A à un point B avec de l’action au milieu. Bruno Bessadi resserre son récit sur des sujets à la fois contemporains, mais qui prennent parfaitement place dans un univers médiéval fantastique.

Bien entendu, on va rapidement voir qu’il y a une relation de dominé/dominant dans la société dépeinte. Ici, les carnivores prennent l’ascendant sur les herbivores, jouant même du fouet pour arriver à leur fin. Une relation qui trouvera tout de même des ambiguïtés, avec des herbivores qui jouissent d’un statut particulier, ou encore des communautés qui sont protégées, notamment par la religion. Une religion égratignée au passage, qui n’hésite pas à enlever des orphelins pour les endoctriner par la suite. Cette absence de manichéisme est très maline et permet au récit d’avoir plus d’épaisseur. A noter aussi que malgré la bravoure des petits peuples, ils sont malheureusement soumis aux créatures plus grandes, et doivent vivre cachés. Ces rapports de force se retrouvent aussi dans la bourgeoisie, avec des rois tyranniques qui manipulent leurs sujets comme bon leur semble.

Opportunisme, racisme, rapport de force et personnages travaillés sont donc de très bons atouts pour ce premier tome prometteur, mais qui nous laisse sur un happening qui ne demande qu’à lire la suite, et c’est très frustrant. Heureusement, les graphismes de Bruno Bessadi sont tout simplement dingues. Le dessinateur arrive à rendre l’ensemble très beau, alors même que l’histoire est parfois tragique, voire gore. Ici, ça ne lésine pas sur les passages sanglants, avec quelques têtes tranchées et des corps en pièces détachées. Comme pour Zorn et Dirna, l’auteur allie un dessin très « enfantin », plutôt rond, avec des moments gores décomplexés. Cette différence de ton aurait pu créer un certain dimorphisme, mais finalement, le scénario étant plutôt mature, ça passe à la perfection. On se régale même des moments de carnage proférés par le Dieu.

Au final, L’Ogre Lion est une BD fort recommandable, qui promet de très belles choses pour la suite. Si l’on pourrait croire à un récit simpliste de Fantasy avec des personnages anthropomorphiques, on va aussi avoir des thèmes très intéressants qui seront brassés en son sein, comme les notions de racisme, de différence et de manipulation des puissants. Bref, derrière son côté déjà-vu, Bruno Bessadi délivre une histoire addictive et surtout dessinée d’une main de maître.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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