juin 29, 2022

Junk Head – L’OVNI de l’Année?

De : Takahide Hori

Avec les Voix de Takahide Hori, Yuji Sugiyama, Atsuko Miyake

Année : 2022

Pays : Japon

Genre : Animation

Résumé :

L’humanité a réussi à atteindre une quasi-immortalité. Mais à force de manipulations génétiques, elle a perdu la faculté de procréer, et décline inexorablement. En mission pour percer les secrets de la reproduction, Parton est envoyé dans la ville souterraine, où vivent des clones mutants prêts à se rebeller contre leurs créateurs…

Avis :

Aujourd’hui, on s’intéresse à un cas assez étonnant. Takahide Hori, dont « Junk Head » est le premier film, est un réalisateur japonais au parcours terriblement singulier. Après des études en art, il devient peintre et selon ses dires, très vite, il se dit qu’il ne sera jamais un grand peintre. Du coup, il va se reconvertir, s’essayant à la mode, mais en vain. Finalement, ce sera sur la décoration d’intérieur que Takahide Hori s’arrête un petit bout de temps. Oui, je dis bien un petit bout de temps, car l’homme a bien du mal à se fixer, et c’est au carrefour de ses quarante ans, qu’obsédé par le cinéma, il se lance dans un nouveau défi, réaliser un film.

N’ayant aucune formation, n’ayant jamais mis les pieds sur un tournage, il va apprendre à partir de livres et via des tutos sur Internet. S’intéressant à la stop motion, il va d’abord tourner pendant plusieurs années un court qu’il présentera en 2013, et qui sera un petit phénomène sur YouTube. Fort de ce premier succès, Takahide Hori va continuer, et il va mettre alors sept ans pour réaliser « Junk Head » et ça, il va le faire tout seul chez lui.

Chaque année, le cinéma nous offre des films singuliers, des métrages et des histoires qui ne ressemblent à rien de ce qu’on a pu voir, se posant comme de véritables ovnis. Dans cette catégorie-là, le premier film de Takahide Hori est un très bel exemple, car le réalisateur nous livre là un film à l’univers fou, qui nous raconte une histoire certes confuse, et dont on n’a pas vraiment toutes les explications, mais il arrive à nous entraîner avec intérêt dans toutes ses bizarreries, et derrière ça, il nous offre un spectacle plaisant, bourré d’imagination et de trouvailles. Mal distribué (et l’on peut comprendre tant le film est une étrangeté), « Junk Head » est une séance de cinéma pas comme les autres, de laquelle on ressort avec nos codes bousculés.

Terre 3385, l’humanité a trouvé le secret de l’immortalité, mais à cause de cela, les hommes ne peuvent plus se reproduire. Aujourd’hui, le monde est divisé en deux parties, avec le monde des hommes à la surface, et celui de créatures étranges qui vivent sous terre, près du centre de la planète. Un homme est alors envoyé en mission pour découvrir un gène qui permettrait à l’humanité de se reproduire. Commence alors pour cet homme un étrange voyage peuplé de rencontres tantôt bizarres, tantôt menaçantes, tantôt bienveillantes.

Parmi toutes les techniques d’animation, je dois dire qu’il y en a une qui me fascine plus que les autres. Cette technique, c’est la stop motion et je suis toujours friand de découvrir des films faits ainsi, et dans cette catégorie-là, rarement un film ne m’aura fait cet effet-là. Je peux même dire que d’une certaine façon, avec ses défauts, ses qualités et surtout ses bizarreries, « Junk Head » m’a procuré les fascinations que j’ai eu lorsque j’ai découvert la stop motion, enfin lorsque j’avais découvert un dessin animé qui ne ressemblait à aucun autre.

« Junk Head » est de ceux qu’on qualifie d’ovni et il est bien difficile de le qualifier autrement tant Takahide Hori livre là un film qui ne ressemble à rien de ce que l’on a pu voir jusqu’à présent. Que ce soit dans son intrigue, ou dans son univers, le réalisateur livre un film terriblement singulier qui sait se faire aussi plaisant que dérangeant à suivre.

Travaillant à tous les postes, offrant un travail de titan, Takahide Hori prend soin de développer son univers qui est bourré de détails tout en nous racontant une intrigue très étrange. Si le film tient beaucoup d’éléments qui manquent d’explication, si le film fait des raccourcis dans son intrigue et s’il est aussi capable de nous perdre au gré de ses rebondissements et ses rencontres, qui ne sont pas toujours très clairs, il y a pourtant quelque chose de si unique qui se dégage de lui, qu’on se plaît à suivre ce premier chapitre, car oui, « Junk Head » appelle à une suite.

Pour cette histoire, Takahide Hori a mélangé des influences ici et là, qui sont reconnaissables au premier coup d’œil, mais il a aussi inventé tout un monde, tout univers, et même un langage, dont il va faire toutes les voix étranges de tous ces personnages. Son intrigue (pas toujours très claire) nous entraîne sous terre à la rencontre de droïdes, de créatures, de monstres et autres petits robots pour une sorte de melting-pot fou, qui poussera le héros de cette histoire à toujours descendre plus bas à la recherche de ce qui pourrait sauver l’humanité de la stérilité.

Après, tout faire soi-même a parfois des limites, et ici, dans son écriture, « Junk Head » a tendance à parfois tourner en rond, notamment dans sa première partie où le réalisateur s’attarde beaucoup sur des événements et des rencontres qui peuvent avoir tendance à se répéter. Puis il y a aussi le manque d’explication autour de toutes ces créatures qui peuplent les villes et les souterrains qu’on trouve sous terre. D’ailleurs, ces villes immenses, elles aussi ne seront pas expliquées. Takahide Hori déborde d’idées, il déborde d’envie et il ne se pose pas de limite, et que lui importe finalement les explications et le contexte. Le réalisateur a une idée en tête, et il pousse son personnage à toujours plus s’enfoncer au centre de la terre.

Comme je le disais plus haut, le travail fourni par Takahide Hori est colossal et si l’on n’adhère pas à tout ce qu’il nous raconte, et qu’on ressort sûrement avec plus de questions que lorsqu’on y est entré, visuellement parlant, « Junk Head » est un métrage qui impose l’admiration d’emblée. Se dire qu’un mec seul dans son garage, sur sept années, nous livre un film pareil est galvanisant. Certes, ce n’est pas toujours bien rythmé, puis l’animation en elle-même est « artisanale », puis il y a la musique qui est parfois tellement perchée qu’elle en est dérangeante, mais derrière ça, il y a une sacrée vision de la part de son auteur. Puis le film ne fait pas de concession, « Junk Head » est sombre, crasseux, violent, et très étrangement touchant.

Bref, ce film est une expérience, et comme toute expérience, on se laisse attraper ou l’on passe à côté. Pour mon cas, malgré tous les défauts que peut avoir ce film, cette séance de cinéma (qui restera comme l’une des plus perchées de l’année) fut plaisante. Certes, je n’ai pas adhéré à tout, et j’en suis ressorti avec des sentiments partagés, mais j’en suis aussi ressorti avec l’envie de voir la suite, pour savoir où l’esprit dingue de Takahide Hori va bien pouvoir m’emmener. Mal distribué, œuvre singulière, œuvre folle, « Junk Head » mérite bien qu’on se déplace pour découvrir ce spectacle unique en son genre sur grand écran, même si, dans une certaine mesure, il faut aussi savoir où l’on va mettre les yeux.

Note : 13/20

Par Cinéted

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