juin 29, 2022

Les Crimes du Futur – Body Horror Arty

Titre Original : Crimes of the Future

De : David Cronenberg

Avec Viggo Mortensen, Léa Seydoux, Kristen Stewart, Scott Speedman

Année : 2022

Pays : Canada, Grèce, France, Angleterre

Genre : Science-Fiction, Thriller, Horreur

Résumé :

Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice, Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux se manifeste : ils veulent profiter de la notoriété de Saul pour révéler au monde la prochaine étape de l’évolution humaine…

Avis :

On ne présente plus vraiment David Cronenberg, génial réalisateur canadien qui depuis une cinquantaine d’années propose un cinéma qui nous raconte autre chose. Réalisateur de « La mouche« , « Scanners« , « Crash » ou encore « A history of violence« , « faux semblants » et « Dead Zone« , pour ne citer qu’eux, David Cronenberg est une institution à lui tout seul et chacun de ses films est attendu comme un événement. Après huit ans d’absence, David Cronenberg a décidé de se lancer dans un projet dont il en a écrit le scénario et qui traînait dans ses tiroirs de bureau depuis une bonne vingtaine d’années, puisque le réalisateur avait projeté de le réaliser au début des années 2000, avec un certain Nicolas Cage.

Celui qu’on appelle très volontiers le roi du Body Horror est donc de retour en salle avec une œuvre terriblement singulière, qui va en laisser plus d’un sur le bas-côté. Avec « Les crimes du futur« , David Cronenberg nous entraîne dans un film très riche en sujets et surtout très critique envers la société des hommes. Assez fascinant d’un côté, notamment grâce à ses sujets que le cinéaste explore, posant de très bonnes questions, on sera malheureusement bien plus partagé sur l’ensemble du film, car derrière tous ces sujets, « Les crimes du futur » a bien du mal à nous emmener quelque part, et l’on quitte la salle partagé entre réflexion et déception.

Dans un futur plus ou moins proche, la question de douleur a quasiment disparu et l’humanité s’adapte comme elle peut à un nouveau monde. Un nouveau monde où les corps se voient changer, se créant de nouveaux organes. Saul Tenser est un artiste d’un nouveau genre, qui met en scène, dans des shows révolutionnaires, l’extraction de ses organes. L’artiste va être contacté par un homme qui lui propose un show comme personne n’en a vu jusqu’à maintenant, et à travers ce show, l’homme est persuadé que Saul révélera au monde la nouvelle évolution du corps humain…

Vingt-deuxième film pour David Cronenberg qui après avoir muté dans les années 2000 et 2010 vers un cinéma plus intellectuel, revient vers ses amours de début de carrière, tout en conjuguant ces derniers à l’intellect des derniers films. « Les crimes du futur » est donc un bon mélange de ces deux Cronenberg pour nous entraîner dans un film futuriste assez glaçant. Un film où l’humanité ne ressent plus grand-chose et pour pallier à cela, cherche comment ressentir au sein même de son corps des sensations.

« Les crimes du futur » est une œuvre aussi étrange qu’elle peut être fascinante. Pour ma part, autant le dire d’emblée, je suis assez partagé car le film tient beaucoup d’éléments qui m’ont passionner dans ses sujets, mais a contrario, de manière globale, j’ai la désagréable sensation d’être passé à côté du film, ou du moins de pas avoir réussi à y entrer totalement, ce qui fait que ma séance de cinéma m’est apparue comme longue, restant dans l’attente que le film m’embarque et au-delà de ça, que son intrigue m’apparaisse comme plus claire, car j’ai trouvé ce nouveau Cronenberg bien flou et complexe.

Son intrigue, par exemple, est assez difficile à saisir et l’on se demande entre ces performances et cette nouvelle agence des mœurs où le réalisateur veut aller, et une fois le générique arrivé, on a une tendance à ressortir de la salle avec bien plus de questions que de réponses. Heureusement, derrière ça, le scénario explore des thèmes et des sujets qui sont passionnants. Ainsi, « Les crimes du futur » se pose comme une critique terrible et terrifiante de l’art et ses limites, avec ici un artiste qui performe en se faisant « charcuter » pour livrer aux yeux de son public ses créations intérieures. David Cronenberg pousse le curseur plus loin, évoquant des concours de beauté intérieure, posant sur son sujet un zip pour aller voir ses entrailles. C’est osé, et comme je le disais, cela m’a passionné.

Puis derrière, le cinéaste pose une autre question, avec cette idée d’un corps qui s’adapte et se transforme pour évoluer. « Les crimes du futur » est une œuvre qui pose la question de l’écologie, avec une planète qui se meure (d’où l’un des crimes du futur) et comment notre corps change pour trouver des ressources pour se nourrir par exemple. Là encore, le sujet est passionnant, même si les tenants et aboutissants, et les complots, ne sont pas toujours très clairs. Il est dommage, avec tous ces sujets passionnants, (et il y en a d’autres comme l’évolution de la technologie et les dérives, là encore, qu’on peut en faire), que l’ensemble n’arrive pas à nous emporter pleinement. Il y a quelque chose, comme un sentiment qui me fait dire que c’est voulu de la part du réalisateur, qui entre guillemets, a complexifié son intrigue pour ne pas livrer un film facile d’accès.

« Les crimes du futur« , c’est un film où David Cronenberg revient à quelque chose de plus organique, et visuellement, son film est sublime. Très bien filmé, viscéral à plus d’une reprise avec des scènes aussi fascinantes que dérangeantes. Puis ce n’est pas gratuit, comme j’ai pu le dire, certes, c’est assez « craspouilleux », mais à chaque fois, ça illustre les dérives de ces personnages qui sont à la recherche de sensations. Après, derrière le visuel et l’identité du film, le film a des problèmes de rythme, et alors qu’il est court, une heure et quarante-sept minutes, bien souvent, le temps est long. Là encore, le sentiment de ne pas offrir son film à tout le monde se fait sentir, comme si, pour arriver au bout de ce Cronenberg, il faut le mériter.

Puis enfin, il y a ce casting étonnant. Pour ce nouveau film, David Cronenberg a fait appel à Viggo Mortensen et il lui a offert le rôle d’un artiste visionnaire, et l’américain est bon, même si on l’a connu plus intense. Pour l’accompagner, le cinéaste nous offre une Léa Seydoux magnétique en assistante « artistique ». Le film nous vend une Kirsten Stewart, or cette dernière est vraiment peu présente, se contentant souvent d’un rôle d’observatrice. On a noté les présences de Scott Speedman, Don Mckellar et du duo étrange que forment Tanaya Beatty et Nadia Litz. Mais derrière ces acteurs, celui qui vole la vedette à tout le monde, c’est le réalisateur lui-même. Non pas que David Cronenberg joue dans son film, mais son cinéma se ressent à tous les instants au travers de cette œuvre, qu’il finit par se poser comme un fantôme à l’intérieur de son film, ce qui pousse encore un peu plus le curseur de la fascination.

« Les crimes du futur » est donc un David Cronenberg duquel on ressort partagé. Partagé entre fascination pour ses thèmes et sa mise en scène, mais ennuyé et voire même déçu, car malgré tous les sentiments, sensations et intérêt que le film a pu éveiller et susciter, de manière globale, ce Cronenberg a une tendance à nous faire trouver le temps long, et au-delà de ça, à nous larguer avec son intrigue volontairement complexe. Un deuxième visionnage sera le bienvenu.

Note : 12,5/20

Par Cinéted

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