décembre 7, 2022

Scary Movie

De : Keenen Ivory Wayans

Avec Anna Faris, Jon Abrahams, Shawn Wayans, Marlon Wayans

Année : 2000

Pays : Etats-Unis

Genre : Comédie

Résumé :

Un soir, Drew Becker reçoit un appel anonyme d’un maniaque. Traquée dans sa maison, puis dans son jardin, elle finit par se faire tuer. Sa mort plonge ses camarades de lycée en plein cauchemar, d’autant qu’ils doivent désormais faire face à un tueur en série, caché parmi eux. Flairant le scoop, la journaliste Gail Hailstorn débarque en ville, bien décidée à harceler Cindy Campbell et ses amis à propos de cette histoire…

Avis :

Dans les années 90, Wes Craven a relancé la machine à Slasher avec Scream. Fort d’un succès mérité, le film va engranger une flopée d’autres films plus ou moins réussis, jusqu’à la lie et une descente infernale vers la médiocrité. Tous ces films sont interchangeables dans leur trame, et on se retrouve alors avec des redites dans des contextes différents. Souviens-toi l’Eté Dernier…, Urban Legend, Cherry Falls et consorts sont autant d’exemples. Keenen Ivory Wayans se rend vite compte que ces films d’horreur des années 80 ne sont que des resucées des classiques des années 70/80. De ce fait, il a l’idée de tourner en parodie tous ces « nouveaux » films, pour démontrer finalement le peu d’imagination qui y réside. IL en ressortira Scary Movie, qui à son tour va balancer une flopée de faux rejetons plus ou moins drôles.

Nous sommes en plein dans les années 2000, et le réalisateur ne le sait pas encore, mais il va, en quelque sorte, révolutionner la comédie burlesque et potache en s’inspirant de films déjà existants. Film culte, voire doudou, pour les ados de cette époque, il ressort que plus de vingt ans plus tard, Scary Movie fonctionne encore dans sa grossièreté, sa bêtise et sa volonté de tout de même balancer des thèmes importants à la gueule du spectateur. Keenen Ivory Wayans, aidé de tous ses frères, reprend alors la trame de base de Scream et Souviens-toi l’Eté Dernier… pour décrire une époque zinzin où il ne faut pas se fier aux apparences, et où le cinéma semble en manque d’inspiration pour susciter de l’intérêt, et de la peur. Un débat sans fin, qui alimente encore aujourd’hui les débats « cinéphiles » sur les réseaux sociaux.

L’introduction reprend celle de Scream, où une jeune femme se fait tuer chez elle à coups de couteau. Dès le démarrage, le côté burlesque et débile prend le dessus, avec notamment des échanges ubuesques et des situations d’une rare bêtise (le coup de la banane sur la table à l’entrée de la maison). Le film joue énormément sur le sexe, qui est un ressort très appuyé dans les films d’horreur (soit les vierges, soit les filles faciles sont tuées). Ici, on profitera des charmes de Carmen Electra avant qu’elle ne se fasse percuter par son père, assoupi au volant car on est en train de lui faire une fellation. Le sexe aura donc une importance capitale dans tout le film, avec notamment une final girl vierge, qui va succomber à ses pulsions après une soirée arrosée.

On retrouvera toutes les blagues possibles dessus, avec le coup du mec musclé au petit zizi, ou encore la prof de sport qui possède une belle paire de couilles. Les passages les plus hilarants concernent bien évidemment le personnage du petit copain, qui tout le long du film essaye de niquer l’héroïne, et qui après bien des allusions forcées, va enfin pouvoir se faire plaisir dans une éjaculation qui reste dans les annales du cinéma. On aura aussi droit à toutes les vannes potaches sur l’homosexualité, avec notamment deux gays refoulés qui trouveront dans leur frustration une excuse pour tuer des gens. Mais ce n’est pas anodin, puisqu’en filigrane, le réalisateur critique tous ces films d’horreur qui utilise des cliffhangers tout pétés pour justifier des crimes. Ici, pourquoi le meurtrier serait gay alors qu’il passe tout le film à essayer de coucher avec l’héroïne ?

On trouvera bien évidemment d’autres vannes au sein du film, et il y a un côté méta qui s’assume complètement, et qui était un peu nouveau à l’époque. Le fait que le groupe rigole de cette histoire en estimant que ça n’arrive que dans les films est le premier exemple, mais le plus flagrant est celui de la chambre à coucher. En effet, lorsque l’héroïne déballe son discours à l’eau de rose et que son petit ami lui dit qu’on se croirait dans un film, démontrant le côté irréel de la discussion, est un petit moment malin. Sans compter sur les diverses références que le film fait, de Scream en passant par Souviens-toi l’Eté Dernier…, mais en allant aussi chercher du côté du Stoner Movie ou de Matrix et Dawson. A noter aussi la prestation de Shannon Elisabeth lorsqu’elle se fait tuer, parodiant tous les meurtres de film d’horreur.

Enfin, l’autre point très intéressant du film provient des différentes piques qui visent le racisme et le journalisme. On outrepassera l’aspect complètement débile de la police qui ne fait pas son travail, mais il réside dans Scary Movie un fort message envers la communauté noire, qui est notamment obligée de fuir une scène de crime, puisque ce sont des blancs qui sont tués, et que les journalistes noirs ont peur d’être arrêté. Les différentes vannes sont assez bien amenées et ne révèlent moins lourdes que celles sur le sexe, traitant donc ce sujet avec plus de sérieux. Il en va de même avec le journalisme, cristallisé par Gail Hailstrom, qui utilise son corps et ses charmes pour soutirer des informations. Une critique qui montre comment certains sont prêts à tout pour un scoop, quitte à coucher, ou se mettre en danger inutilement (coucou la parodie du Projet Blair Witch).

Au final, Scary Movie est une parodie qui est très réussie et qui s’avère plus fine qu’il n’y parait. Si on a tendance à toujours s’arrêter sur les blagues potaches et les vannes sexuelles, il y a, en filigrane, des critiques bien plus intéressantes, que ce soit sur le racisme, le journalisme, ou encore le cinéma et son manque d’imagination. Keenen Ivory Wayans règle aussi ses comptes avec les chaînes de télé qui, à l’époque, avait décidé d’arrêter son show. Bref, derrière des atours débiles et volontairement grossiers, Scary Movie se révèle être drôle, acide et efficace, lançant à son tour une pléthore de films du même genre qui n’auront pas forcément la même saveur…

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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