juin 24, 2024

Le Monde d’Hier – Que Faire Contre l’Extrême?

De : Diastème

Avec Léa Drucker, Denis Podalydès, Alban Lenoir, Benjamin Biolay

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Elisabeth de Raincy, Présidente de la République, a choisi de se retirer de la vie politique. À trois jours du premier tour de l’élection présidentielle, elle apprend par son Secrétaire Général, Franck L’Herbier, qu’un scandale venant de l’étranger va éclabousser son successeur désigné et donner la victoire au candidat d’extrême-droite. Ils ont trois jours pour changer le cours de l’Histoire.

Avis :

Réalisateur, mais aussi metteur en scène de théâtre, écrivain et scénariste, Diastème est un touche-à-tout qui a débuté sa carrière de cinéma au début des années 2000, après s’être fait connaître comme écrivain. C’est en 2008 qu’il réalise son premier long-métrage, « Le bruit des gens autour« , mais ce sera surtout en 2015 qu’il fera un peu plus parler de lui avec « Un français« , film sur un skinhead repenti incarné par Alban Lenoir.

Après un trois films en 2016, Diastème revient cette année et il s’aventure encore une fois sur la montée des extrêmes. Sept ans après « Un français« , le metteur en scène s’intéresse cette fois-ci au pouvoir, à la politique, au jeu de la politique et surtout à la possibilité d’avoir un candidat d’extrême droite qui accède aux plus hautes fonctions.

Passionnant, crédible et glaçant, « Le monde d’hier« , avec son calendrier parfait, se pose comme l’un des films français les plus palpitants qui soient sortis cette année en salle, notamment parce que son scénario va nous entraîner dans les méandres de la politique au travers d’un cas de conscience très osé. Puis le tout est tenu par une pléiade d’acteurs excellentissimes. Assurément, le meilleur film de son réalisateur à ce jour.

Nous sommes à trois jours du premier tour de l’élection présidentielle. Élisabeth de Raincy, actuellement présidente de la France, a choisi de ne pas se représenter, mais son ex Premier ministre, Luc Gaucher, est lui en course et les sondages le donnent au second tour. Un second où il va être au coude-à-coude avec Willem, candidat d’extrême droite. Le secrétaire d’état, Franck Lherbier, découvre alors via son ambassadeur en Russie, qu’un site russe s’apprête à diffuser, au lendemain du premier tour, une vidéo compromettante qui laissera Gaucher sur le carreau et fera en toute logique remporter l’élection à Willem. L’équipe présentielle a donc trois jours pour trouver une solution, mais jusqu’où peut-on aller pour changer l’histoire ?

« Le monde d’hier« , c’est la très jolie claque qu’on n’a pas vu arriver. Est-ce le calendrier qui renforce cette impression ? il y a bien un peu de cela, mais surtout, il y a que le nouveau Diastème se trouve être une bombe dans tout ce qu’il entreprend. Que ce soit dans son récit qui fait froid dans le dos, que ce soit dans les décisions et autres conversations qu’il relate dans les plus hautes sphères de l’état. Que ce soit dans son ton, qui sonne juste et crédible, en plus d’offrir un film crépusculaire au possible. Ou encore que ce soit du côté de ses acteurs qui sont assez incroyables dans leurs rôles respectifs. Bref, en une heure et demi, le cinéaste français livre un film passionnant, qui sait parfaitement quoi raconter et comment nous entraîner avec lui dans l’enfer d’un dilemme et d’une perspective qui, je le répète, est absolument terrifiante.

Écrit à huit mains, « Le monde d’Hier » est donc une très belle plongée en politique. Diastème nous entraîne dans l’intimité de l’état, au plus proche de ses décisions, et surtout le réalisateur fait un excellent choix en terme de timing pour balancer son récit, trois jours avant le premier tour, autant dire trois fois rien pour gérer un scandale qui s’apprête à éclater et tout faire basculer. Détaillé, crédible et juste, que ce soit dans les décisions prises par les personnages, ou encore le langage employé au Palais présidentiel, « Le monde d’hier » passionne en tout point.

Tenu et tendu, avec ce film, le réalisateur observe à la loupe le monde de la politique, et aborde tout un tas de sujets qui rendent son film aussi palpitant qu’extrêmement intéressant. Montée des extrêmes, vision des sondages, magouilles en douce, complots, vision franco-française, mais aussi européenne et mondiale, répercussions, trahisons, doute, solitud, confidences, secrets d’état, scandales d’état, boule puante, manipulation, colère des Français, vote de punition… Le film est d’une richesse incroyable et plus il se dévoile, et plus l’on est pris dedans, et surtout plus on se laisse surprendre par l’ampleur, les répercussions et l’intimité qui se mélangent. Puis il y a ce dilemme et ce qu’il va en découler. Quelle décision prendre et que va-t-il se passer ? Bref, ce scénario et ce film sont vraiment passionnants.

Une passion qui se ressent aussi dans la façon qu’a de nous entraîner Diastème dans ce monde. Sa mise en scène est simple, tendue et surtout très efficace et l’on se laisse emporter sans mal, d’autant plus que le cinéaste nous fait passer, comme ses personnages, par tout un tas d’émotions et de doutes. Sans aucun temps mort, avec cette façon très sombre et élégante, tout en restant aussi très classique, de nous emmener dans le monde la politique, Diastème livre un film qui rend les conversations, les coups de téléphone, et plus largement les événements, captivants. Diastème arrive à nous intéresser à tout, et comme je le disais, tout est crédible et sonne juste. D’ailleurs, en parlant de crédibilité, même en n’ayant pas tourné à l’Élysée, le réalisateur et ses équipes arrivent à rendre ce Palais Présidentiel parfaitement vrai.

Enfin, je les ai évoqués plus haut, mais je le redis, ce film est tenu par une pléiade d’acteurs tous aussi bons les uns que les autres, chacun trouvant justement sa place, même pour les plus petits rôles et tous sont au service du scénario et de cette intrigue. Bien sûr, il est vrai qu’au-dessus des autres, il y a cette relation passionnante qu’entretient Madame la Présidente avec son secrétaire général, qui sont tous deux tenus par Léa Drucker d’un côté et Denis Podalydès de l’autre. Les deux acteurs tiennent de très bons et très beaux personnages et ils condensent en quelque sorte toutes les émotions que véhicule le film. Petite mention à Alban Lenoir parfait en garde du corps et à Thierry Godard qui est parfait en député et candidat de l’extrême droite.

Assurément la bombe de la semaine, « Le monde d’hier » est le film qui tombe parfaitement à pic, c’en est même troublant. Passionnant de bout en bout, glaçant, sombre et crédible, Diastème livre là son meilleur film, et un thriller politique riche qui respire à pleins poumons le travail fait en amont, et plus largement le cinéma. Bref, comme je le disais, ce « … monde d’hier« , c’est la claque qu’on n’avait pas vu arriver.

Note : 17/20

Par Cinéted

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