juin 23, 2021

Nile – Vile Nilotic Rites

Avis :

Chaque sous-genre dans le métal a ses thématiques de prédilection. Si on sait que le Black métal aime bien parler de Satan et compagnie, le Thrash aura plutôt tendance à parler de politique, alors que certains groupes de Death iront plus du côté de la religion ou des libertés de chacun. Bref, on a toute une palanquée de thèmes qui collent à la peau de certains genres, et parfois, ce n’est pas en bien, alors qu’en fait, les musiciens sont de parfaits petits anges. Fondé en 1993 autour du guitariste et chanteur Karl Sanders, Nile officie depuis belle lurette dans le Death Technique et brut de décoffrage, sans pour autant parler de la mort, de la politique ou encore de la religion. Tenant son nom du plus long fleuve d’Afrique, le groupe américain s’inspire de certaines légendes égyptiennes pour trouver ses textes. Un thème peu commun dans le domaine du métal, et surtout, le groupe s’échappe parfois de ce sujet pour partir dans des délires plus lointains, comme des ouvrages de Lovecraft ou encore des paroles qui font référence à la Seconde Guerre mondiale et aux nazis. Vile Nilotic Rites est le dixième album du groupe et signe un changement de line-up, avec un nouveau guitariste et un nouveau bassiste. Selon les dires du frontman, qui en avait gros après le départ du précédent guitariste, seuls les forts restent et survivent. Est-ce le cas de cet album ? Va-t-il survivre à la critique ?

Autant le dire de suite, c’est un grand oui. Vile Nilotic Rites est un album massif, lourd, puissant, long, mais qui montre l’envie du groupe d’en découdre de nouveau. Cela faisait longtemps que Nile n’avait pas interpellé comme cela, et ça fait un bien fou. Pour autant, l’album n’est pas à mettre entre toutes les mains, et il est plutôt réservé à des fans de Death, à ceux qui ont l’habitude des rythmes lourds et des mélodies qui défouraillent les entrailles. Long Shadows of Dread entame donc l’album de façon ultra virulente. L’entrée en matière frappe fort, laisse sur le carreau, que ce soit par cette violence frontale ou par la technicité des musiciens, et notamment d’un guitariste qui va très vite. En enchainant avec The Oxford Handbook of Savage Genocidal Warfare, une sombre histoire de nazisme, le groupe va enfoncer le clou d’un point de vue violence. Ne s’arrêtant jamais, s’amusant avec des gargarismes gutturaux d’outre-tombe, le groupe en oublierait presque la mélodie, mais cela reflète finalement la violence de ce qu’ils décrivent. Il en découle d’ailleurs une ambiance particulière, destructrice et qui ne laisse aucun répit. Ce sera aussi le cas avec Vile Nilotic Rites, mais ce dernier s’adoucit avec des instruments plus originaux, comme des cloches qui résonnent en fond. Cela donne une ambiance particulièrement prégnante et angoissante. Mais là où le groupe frappe fort, c’est avec Seven Horns of War, un long titre de plus de sept minutes, très cinématographique dans son introduction et qui va multiplier les breaks pour mieux surprendre son auditoire. A la fois puissant et massif, le morceau est aussi très fin dans sa construction et sa richesse.

Pour donner suite à ce gros morceau, Nile poursuit son aventure macabre avec That Which is Forbidden, qui bénéficie d’une introduction phénoménale, donnant au titre une atmosphère horrifique ultra puissante. Lorsque Karl Sanders entame alors ses gargarismes, on nage en plein cauchemar et le titre part même quelques fois dans des délires un poil Black, pour mieux nous rattraper ensuite avec des chœurs féminins, renforçant cette ambiance infernale. Là aussi, on fait face à un titre énorme. Snake Pit Mating Frenzy ne va pas faire baisser la tension, bien au contraire. Complètement déluré et allant à une vitesse qui frôle l’humanité, le groupe se lâche dans ce titre court, mais dévastateur, qui risque d’en laisser plus d’un sur le carreau. Reveal in Their Suffering sera aussi un excellent titre, plus accessible que certains autres morceaux, même s’il demeure d’une puissance incommensurable, mais étrangement, il marquera moins, malgré un break étouffant. On se rattrapera plus sur l’interlude que nous lâche le groupe. Thus Sayeth The Parasites of the Mind, avec ses airs orientaux, est une pause pour l’âme et cela nous permet de souffler un peu. Un tout petit peu, puisqu’après ces presque deux minutes, le groupe se relève avec Where is the Wrathful Sky. Mise en scène épique, solos de grattes monstrueux, break dans tous les sens, Nile retrouve le sens du spectacle et de la grandiloquence et ce titre en est l’exemple même. The Imperishable Stars are Sickened sera du même acabit, plus long et avec une introduction plus aérienne et presque malsaine, le groupe surprend une fois de plus et démontre une énergie retrouvée absolument parfaite. Enfin, We are Cursed clôture parfaitement cet album dans sa volonté d’être épique, puissant et très imagé.

Au final, Vile Nilotic Rites, le dernier album en date de Nile, signe le retour du groupe américain sur le devant de la scène. Offrant un album d’une rare densité, la formation profite de ses deux nouvelles têtes pour varier les plaisirs tout en conservant une hargne extrêmement prégnante. Lourd, complexe mais aussi assez accessible dans sa démarche, Nile se permet alors de faire des titres grandiloquents, évoquant de formidables bandes originales de films. Bref, un très bon album pour un groupe que l’on croyait en perte de vitesse.

  • Long Shadows of Dread
  • The Oxford Handbook of Savage Genocidal Warfare
  • Vile Nilotic Rites
  • Seven Horns of War
  • That Which is Forbidden
  • Snake Pit Mating Frenzy
  • Reveal in Their Suffering
  • Thus Sayeth The Parasites of the Mind
  • Where is the Wrathful Sky
  • The Imperishable Stars are Sickened
  • We are Cursed

Note: 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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