juin 24, 2024

The Lighthouse – Le Phare de l’Horreur

De : Robert Eggers

Avec Willem Dafoe, Robert Pattinson

Année : 2019

Pays : Etats-Unis, Canada

Genre : Horreur

Résumé :

Le film se passe dans une ile lointaine et mystérieuse de Nouvelle Angleterre à la fin du XIXe siècle, et met en scène une  » histoire hypnotique et hallucinatoire  » de deux gardiens de phare.

Avis :

Robert Eggers fait ses débuts professionnels en mettant en scène des pièces de théâtre classiques ou expérimentales à New York. Il se tourne finalement vers la réalisation en tournant plusieurs courts-métrages, tout en travaillant comme chef décorateur pour le cinéma, la télévision, le théâtre et la danse. The Witch, son premier long-métrage en tant que scénariste et réalisateur, remporte le Prix de la mise en scène au Festival de Sundance 2015, où le film reçoit également un accueil enthousiaste de la critique.

Quoi de mieux que de terminer un festival par un choc ? Un choc, voilà, c’est qu’est le dernier film de Robert Eggers. « The Lighthouse« , c’est un cauchemar éveillé, c’est un film radical, c’est un film qui ne fait pas dans la demi-mesure. Après le très dérangeant « The Witch« , Robert Eggers continue sur sa lancée et confirme son statut de réalisateur à suivre de très près. « The Lighthouse« , c’est une expérience de cinéma inqualifiable. Une expérience aussi fascinante et passionnante qu’il est tout à fait compréhensible aussi qu’elle soit rejetée et haïe tant le film, surtout de nos jours, fait des choix qui sont étouffants et angoissants. C’est bien simple, des émotions comme ça, je n’en avais pas ressenti au cinéma depuis un très long moment. Avec ce conte maudit, ce drame sur la folie, ce fantasme fermé, enfermé, perdu sur une île, Robert Eggers tisse un chef-d’œuvre en son genre et il nous met purement et simplement une grande, très grande, claque !

Ephraim Wislow est un jeune homme qui vient d’accepter de garder un phare, loin des côtes. La garde de ce phare fonctionne en période d’un mois. Un mois passé avec un autre homme. Pour sa première mission, il fera équipe avec Thomas Wake, un vieux marin boiteux qui ne peut plus prendre la mer, d’où le fait qu’il soit aujourd’hui gardien de phare. Alors que cette première période est sur le point de se conclure et que la révèle devrait arriver, une tempête gronde et ladite période de roulement va durer bien plus longtemps que prévu.

Somptueux, renversant, terrifiant, malaisant, hypnotique, les mots vont me manquer pour parler du dernier film de Robert Eggers, tant l’œuvre est forte, flippante, répugnante et fascinante à la fois. « The Lighthouse« , c’est une expérience de cinéma radicale. C’est une expérience, qu’on l’adore ou qu’on la hait, qui ne laissera personne indifférent.

S’inspirant grandement du cinéma expressionniste allemand, s’aventurant dans une œuvre hautement expérimentale, livrant un film en noir et blanc dans un format carré, Robert Eggers nous plonge dans un cauchemar, dans un trip dingue, dans une folie qui imprègne chaque instant, chaque personnage, chaque son.

Bon, on ne va pas se mentir, « The Lighthouse« , c’est une œuvre qui est très difficile d’accès, pour toutes les raisons qui sont évoquées plus haut. Robert Eggers n’a pas envie de faire dans la facilité et dans un sens, si l’expérience « The Witch« , film qui était déjà loin de ce que le cinéma d’horreur propose, vous a déplu, alors peu de chance pour que la séance « The Lighthouse » se « passe bien ».

« The Lighthouse« , c’est un film qui enferme ses personnages sur une petite île dans un phare. « The Lighthouse« , c’est un huis clos entre deux personnages uniquement. Séparé en deux parties très distinctes, Robert Eggers prend le temps d’installer un malaise. Il prend le temps de créer une tension, et de la faire monter. Oscillant entre le drame pur imbibé de folie humaine et le coté fantastique de son film, voire fantasmagorique via une légende, « The Lighthouse » va progressivement sombrer dans le chaos le plus définitif. Jouant en permanence la carte de la perte de temps, de la démence, de l’enfermement, jouant la carte de l’affrontement, ou encore du mystère, le scénario écrit par Eggers et son frère est un bijou absolument fascinant. Un bijou qui renvoie au cinéma allemand des années 20, un bijou qui hante son intrigue avec des métaphores, s’inspirant et évoquant même des histoires plus grandes que celle qui nous est contée ici. Le film possède plusieurs niveaux de lecture possible, d’ailleurs, pour ceux qui l’osent, il est certain qu’un second visionnage sera plus que bienvenu. Mais bon, tout d’abord, il faudra digérer ce premier visionnage.

Si l’écriture de « The Lighthouse » est une pure merveille, Robert Eggers a pensé son cauchemar à tous les niveaux. Le choix de ce format carré nous enferme complètement dans son film. Le noir et blanc pousse encore plus le côté cauchemardeux et sans vie de l’œuvre. D’ailleurs, quand on parle du noir et blanc, notons que la photographie est l’une des plus belles de l’année. C’est incroyable, notamment quand le film se met à jouer avec les ombres et les parties cachés dans le noir de l’image, tout comme les parties éclairées, Robert Eggers arrive même à nous angoisser en plein jour. On notera aussi que l’imagerie du film est merveilleuse, offrant des plans d’une beauté macabre absolument fascinante.

Le montage est aussi un élément du cauchemar. Robert Eggers nous perd dans le temps, et il est bien difficile de dire combien de jours, peut-être même de mois, se sont passés dans ce film. Ce choix est terrible et s’inscrit avec tout ce qui est fait dans le film pour nous perdre autant que les personnages.

« The Lighthouse« , c’est aussi un très gros travaille sur la BO, mais surtout sur le son. « The Lighthouse » est, dans un sens, rythmé par le son. Le film n’est jamais, ô grand jamais silencieux, il y a toujours un son, une note qui accroche, et peint le tableau qui nous est présenté.

Enfin, ce cauchemar n’aurait pas été le même sans ces deux acteurs. Deux acteurs que Robert Eggers a tant poussés à bout qu’il est même parfois difficile de les reconnaître à l’écran. Robert Pattinson est démentiel dans la peau de ce jeune homme assez perdu, quant à Willem Dafoe, il est l’incarnation même de la terreur. C’est bien simple, on ne l’avait encore jamais vu ainsi, malgré le nombre incalculable de films dans lesquels il a joué.

Hallucinant, fantasmé, irréel, tragique, terrible, le nouveau Robert Eggers est bien le choc annoncé. Solide et inquiétant, fascinant et bousculant de bout en bout, pour son deuxième long-métrage, le cinéaste américain nous livre le cauchemar de l’année et un chef-d’œuvre qui marque les esprits, qui nous poursuit et nous hante une fois le générique de fin fini. Bref, on attend le troisième film d’Eggers avec encore plus d’impatience !

Note : 20/20

Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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Une réflexion sur « The Lighthouse – Le Phare de l’Horreur »

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