janvier 21, 2022

The Boys Next Door

De : Penelope Spheeris

Avec Maxwell Caulfield, Charlie Sheen, Christopher McDonald, Patti D’Arbanville

Année : 1985

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Roy Alston et Bo Richards sont deux adolescents marginaux qui s’ennuient ferme au lycée. Fraîchement diplômés, ils n’ont d’autre perspective qu’une vie de dur labeur à l’usine locale. Pour leur dernier week-end de liberté, ils décident de partir en virée à Los Angeles. Les années de rage et de frustration contenues vont déclencher en eux une véritable folie meurtrière…

Avis :

Quand on évoque le nom de Penelope Spheeris, on pense immédiatement à un seul film, Wayne’s World. Comédie délirante et générationnelle, on ne peut pas dire que la suite de la carrière de la réalisatrice fut mirobolante. Pour autant, si on jette un regard avant Wayne’s World, on va se rendre compte que la cinéaste a commencé dans le documentaire avant de prendre la direction du thriller un peu sombre, mettant notamment Carrie Fisher en scène dans un film qui sonde les bas-fonds de l’industrie pornographique (Hollywood Vice Squad). Il n’est donc pas étonnant de voir qu’en 1985, elle est derrière la caméra de The Boys Next Door, un thriller sulfureux qui va suivre deux jeunes en perte de repères qui vont faire une escapade meurtrière à Los Angeles.

Génération perdue

Renommé chez nous De Sang Froid avant de reprendre son titre originel pour une ressortie en bluray chez Carlotta, le film mérite que l’on s’y arrête pour son regard désespéré, sa mise en scène à la limite du glauque et sa critique d’une Amérique qui ne fait pas cas des jeunes des campagnes. Car au final, le fond du scénario, au-delà du road trip meurtrier, au-delà de l’ambiguïté de la relation entre ces deux garçons, c’est l’absence de repères pour deux jeunes en perdition. Ils sont perdus dans leur avenir, dans leurs questionnements et ne savent pas à quoi s’attendre. De plus, ils n’arrivent pas à voir un futur enchanteur. Chaque jour, en passant devant l’usine, ils savent qu’il n’y a rien d’autre pour eux. Pas de rêve, pas de possibilités de progresser ailleurs que dans cette cambrousse morose et moribonde.

Il y a vraiment quelque chose de désespéré qui se dégage de ce film, de ce road trip qui va explorer les bas-fonds glauques de Los Angeles. Pour appuyer son propos, Penelope Spheeris ne va pas en faire des caisses, que ce soit dans son côté explicite ou dans sa réalisation. A titre d’exemple, pour présenter ces deux jeunes, elle va faire le minimum. Ils sont étranges, ils répugnent les autres qui les prennent pour des loosers, et on va très vite faire un tour dans leur famille, juste avant leur départ. Ainsi, Bo semble vivre seul, ou tout du moins ses parents son absents. Il part avec de l’argent en poche qu’il a reçu par la poste de ses grands-parents, mais on n’en saura pas plus. Quant à Roy, son père alcoolique ne lui adresse plus la parole et ressemble plus à un fantôme qu’à autre chose.

Folie à L.A.

En très peu de scènes, en très peu de temps, la réalisatrice dresse un portrait triste de ces deux êtres en recherche de repères, mais aussi de sensations. En effet, ils ont l’impression d’être complètement en dehors des clous. Ils ressemblent à des marginaux qui ne sont pas bien dans leur peau. Bo ne pense qu’à baiser une jolie blonde, tandis que Roy est attiré par une vie dangereuse, voulant savoir ce que cela fait que de tuer quelqu’un. Une rage à peine contenue qui ne demande qu’à exploser. Encore une fois, la réalisation reste sobre pour montrer deux caractères dangereux. Les plans fixes sur le regard fou de Roy suffisent à exprimer un mal-être prégnant. Quant à Bo, il suffit de voir son immaturité, lui qui se gausse devant un dessin-animé sans en comprendre le fond. Il n’y voit que deux types se mettre sur la gueule.

Et si leur virée commence tranquillement avec quelques délires propres à tout jeune de leur âge, c’est Roy qui va laisser exploser sa rage. Au détour d’une station-service, il va perdre le contrôle et fracasser gravement un pompiste. L’enquête est alors lancée, mais l’adrénaline prend le dessus et le massacre va commencer. Penelope Spheeris décrit alors un monde de la nuit décadent, dangereux, et les cibles ne seront pas prises au hasard. Un juif gay, un couple modèle qui représente tout ce qu’ils ne seront pas, une jolie blonde qui attise la jalousie de Roy, chaque meurtre sera le symbole d’un rêve inaccessible pour l’un d’entre eux. Des vies qu’ils décident alors de briser pour se sentir vivant. Semer la mort pour ressentir la vie, voilà réellement le besoin de ces deux jeunes.

Psycho Path

Le final démontrera alors le geste fatidique pour mettre un terme à cela, une jeunesse brisée, qui se referme sur elle-même, sans aucun aide ni compréhension. Le film est alors très pessimiste, ce que l’on retrouve dans les derniers mots de Charlie Sheen lors de son arrestation, où il dit qu’il n’avait pas le choix. En axant son film sur la présentation de ces deux gamins en perdition, Penelope Spheeris pointe du doigt un vrai malaise et la « création » possible de tueurs en série. Il suffit de ne pas être soutenu, de ne pas avoir de structure familiale, ou tout simplement d’avenir, pour chercher de la satisfaction dans l’interdit. Le début, sous forme de documentaire sur des psychopathes célèbres (on sent que Spheeris a débuté dans le docu) tend à démontrer que si des personnes sont comme cela, c’est qu’elles manquent de repères et d’aide.

Au final, The Boys Next Door est un film très intéressant qui n’oublie jamais de raconter un fond tout en divertissant. Penelope Spheeris, qui n’arrivera pas à concrétiser son talent après Wayne’s World, démontre ici une sobriété qui aide aux portraits de ces deux marginaux qui finissent par se perdre dans les méandres de la violence. Glaçant et pourtant passionnant, la réalisatrice délivre un thriller sulfureux, âpre, et pas si éloigné d’une certaine réalité. Et Maxwell Caulfield y est impressionnant, avec un regard froid et vide qui démontre cette insensibilité latente. Bref, c’est une réussite.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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