octobre 18, 2021

Four Dead Queens – Astrid Scholte

Auteure : Astrid Scholte

Editeur : Casterman

Genre : Fantasy

Résumé :

Keralie, la plus habile voleuse des quatre royaumes, vole un jour ce qu’elle n’aurait jamais dû voler. En touchant l’objet dérobé, elle voit ce qu’elle n’aurait pas dû voir : les quatre reines de Quadara ont été assassinées. Mais la jeune fille compte bien tirer profit des informations qu’elle possède en les échangeant contre une récompense au Palais… A condition d’y parvenir. De tromper Varin, le ténébreux (et séduisant) jeune Eonien auquel appartient l’objet volé. De semer Mackiel, le malfrat qui lui a tout appris avant de se retourner contre elle. Et surtout, d’arrêter le meurtrier. Une course contre la mort commence pour Keralie.

Avis :

Four dead queens est un récit en quatre parties, qui nous plonge dans un univers imaginaire particulier. Quadara est divisé en quatre zones bien distinctes, comme expliqué par une magnifique carte en début du roman : Ludia, une patrie qui aime se costumer et rire ; Eonia, un lieu glacé où la technologie règne ; Archia, une île agricole, adepte aux plaisirs simples ; et Toria, un royaume commercial et éclectique. Chacun des royaumes s’avère très différent comparé aux autres. Pourtant, le territoire reste uni grâce aux quatre reines qui règnent à l’unisson tout en protégeant leurs cultures respectives. Bien que l’atmosphère rappelle d’autres univers de fantaisie, l’intrigue nous propulse dans un récit savamment orchestré.

Le titre ainsi que le résumé nous expliquent d’emblée que les quatre reines sont mortes. Le grand mystère du roman porte évidemment sur l’identité du ou des assassins et sur leurs mobiles. Les deux premières parties s’enchaînent à la perfection. Le lecteur découvre chacune des reines tour à tour avant qu’elles ne se fassent tuer. On apprend ainsi à les aimer alors que l’on sait très bien qu’elles ne survivront pas. Bien que cela soit peu original, le roman nous explique que les règles auxquelles doivent se tenir les reines s’avèrent éprouvantes et inhumaines.

Chaque chapitre les concernant nous plongent dans leur intimité : on y découvre leurs habitudes, leurs doutes, mais surtout leurs terribles secrets, qui vont à l’encontre de tous les préceptes établis. Elles souffrent de leur condition et, malgré notre propension à ne pas plaindre les plus favorisés, nous nous laissons piéger. Nous nous attachons à elle. Le roman se joue de nous en nous exposant tous les méfaits des reines, alors que seulement l’un d’entre eux sera utilisé pour expliquer l’identité du coupable par la suite. Four dead queens sait manipuler ses lecteurs.

Il est tout de même dommage que l’auteure révèle l’identité du cerveau avant la toute fin. Une partie du mystère se voit résoudre sans effort particulier et cela diminue notre envie de poursuivre la lecture. Les deux dernières parties s’avèrent plus lourdes à lire, moins prenantes, notamment parce que les chapitres concernant les reines n’existent plus, mais aussi parce que l’on a résolu une part du problème. Dans la partie quatre, certains des chapitres concernent uniquement le cerveau du crime. Loin d’être plaisants, ils font l’apologie d’une personnalité peu attachante, mesquine, cruelle, que l’on aurait souhaité ne jamais connaître plus en détails. Même si les reines s’étaient avérées des personnages plutôt attendus dans l’ensemble, elles possédaient au moins des caractères complexes, ni blanc ni noir, au contraire du complotiste qui personnifie l’idée du méchant classique peu intéressant.

Keralie, notre héroïne, se voit mêlée aux quatre meurtres de manière inattendue. Le personnage est intéressant et la narration à la première personne, dans les chapitres la concernant, permet à l’auteure de nous décrire ses pensées les plus profondes. Le lecteur découvre une jeune fille meurtrie par son passé, qui a quitté une vie paisible pour un quotidien plus mouvementé, celui de voleur. Les deux premières parties nous dépeignent son histoire, ses interrogations et ses doutes, alors que les deux dernières, plus ancrées dans l’action, manquent cruellement de profondeur. Le personnage de Keralie perd de sa substance au fil des parties du texte. Dans les deux premières parties, les chapitres sur Keralie se répètent parfois un peu, rappelant sans cesse ses problèmes personnels, et ses inquiétudes concernant ses parents ou son dernier employeur. L’auteure appuie un peu trop sur les faiblesses du personnage. Le lecteur comprend bien que Keralie s’avère à la fois forte et brisée, sans qu’il ne soit nécessaire de le lui rappeler constamment.

Dès le milieu du roman, le lecteur se détache de Keralie, alors que les révélations et rebondissements la concernant n’ont jamais été aussi intenses et essentiels. D’ailleurs, la résolution de l’histoire et de l’enquête est trop rapide et ponctuée de passages peu accrocheurs, comme les révélations du méchant qui gâchent tout. Malgré des choix originaux et inattendus, les dernières pages déçoivent. La réflexion et l’enquête laissent place à l’action et à des passages bien moins profonds. On le voit visuellement : les dialogues remplissent davantage les pages.

Les scènes amoureuses mettant en scène Keralie s’avèrent peu émouvantes. Les dialogues paraissent froids, peu sensibles, tout comme les gestes des protagonistes alors qu’ils manifestent pourtant leur amour. Les scènes du même acabit s’avéraient plus ensorcelantes quand elles concernaient les reines défuntes et leurs amants en tous genres.

Le personnage de Varin, l’acolyte éoniste de Keralie, n’est pas aussi attachant que ce qu’il aurait pu être. Malgré son éducation à la vulcaine de Star Trek, peu encline aux émotions, on le découvre sensible et en proie aux sentiments les plus enfouis. Son passé, sa maladie et sa passion pour la peinture nous fascinent un temps, mais la sauce ne prend malheureusement pas. Il reste bien trop éloigné de notre perception de la vie, et le récit ne prend pas le temps de le mettre en valeur. Il reste souvent dans l’ombre de Keralie.

Four dead queens est une enquête palpitante qui, si l’on enlève la mise en scène inégale, s’avère de qualité, notamment dans ses rebondissements inattendus et ses révélations efficaces. La qualité du récit se détériore sur la fin, mais reste globalement attractive, grâce à un univers prenant, une plume envoûtante et un mystère central palpitant.

Note : 14/20

Par Lildrille

Lildrille

Passionnée d’imaginaire et d’évasion depuis longtemps, écrire et lire sont mes activités favorites. Dans un monde souvent sombre, m'évader et fournir du rêve sont mes objectifs. Suivez-moi en tant qu'auteure ici : https://www.facebook.com/ChloeGarciaAuteure. Et en tant que chroniqueuse aussi là : https://simplement.pro/u/Lildrille.

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