décembre 4, 2021

Ça – Stephen King

Auteur : Stephen King

Editeur : Le Livre de Poche

Genre : Horreur

Résumé :

Périodiquement, dans la petite ville de Derry (Maine), des événements tragiques se produisent: des enfants disparaissent, d’autres sont retrouvés morts, le corps déchiqueté, des incendies éclatent.
Six garçons et une fille de onze ans, qui forment un groupe d’amis fidèles, traquent cette « chose » abominable qui vit dans un réseau d’égouts abandonnés et peut prendre la forme qui lui plaît, y compris celle d’un clown qui attire les enfants avec des ballons de couleur.
Ils croiront être parvenus à anéantir le monstre, mais vingt-cinq ans plus tard tout recommence. Devenus adultes, les petits héros de 1958 se retrouvent pour affronter le mal à l’état pur.
Une lutte longue et très périlleuse qui exige l’amour et l’amitié pour vaincre « Ça » qui, lui aussi, peut avoir peur…

Avis :

Quand on évoque Stephen King, on songe à quelques histoires emblématiques telles que Shining, Carrie, Le Fléau ou, en l’occurrence, Ça. Ce dernier ouvrage possède une aura particulière, tant dans la bibliographie de l’auteur que dans le paysage littéraire horrifique contemporain. En cause ? Une œuvre ambitieuse qui fait autant la part belle aux peurs de l’enfance, qu’à la nostalgie, l’amitié et le passage à l’âge adulte. Pour ce faire, quatre années d’écriture auront été nécessaires pour donner vie à Ça et son inoubliable antagoniste. À l’instar du cycle où Ça frappe de nouveau, revenons sur ce livre une trentaine d’années après sa publication.

On connaît l’auteur pour sa parfaite maîtrise du fantastique et de l’horreur en parvenant à jouer de psychologie et d’une habile mise en abîme dans ses ouvrages. Avec Ça, Stephen King développe son récit de telle sorte à lier passé et présent de manière étroite. Certes, l’alternance de deux histoires parallèles se déroulant sur deux espaces temporels distincts ne date pas d’hier. Seulement, cette approche possède une importance primordiale pour comprendre les événements qui réunissent le Club des Ratés. Aussi, les retours en arrière ne cassent nullement le rythme initié dès le départ (soit dit en passant assez posé et contemplatif), mais lui offre une continuité naturelle dans l’exposition des faits.

Il est vrai que certains passages auraient gagné à être raccourcis, car ils ne servent pas directement l’intrigue. La vie du père de Mike Hanlon dans l’un des intermèdes en est un exemple flagrant. Toutefois, Ça se distingue par sa propension monomaniaque à dépeindre chaque élément, chaque détail, de l’existence de ses protagonistes. Outre le fait de proposer une caractérisation colossale et pertinente, le récit parvient à les rendre crédibles au possible, au point de s’y identifier, voire de se sentir le huitième membre de ce club très fermé. Toujours est-il que la succession des différents points de vue joue de complexité pour équilibrer la place de chaque intervenant, et ce, en 1958 ou en 1985.

On associe bien souvent Ça à Grippe-Sou le clown. Rarement détournement d’un élément a priori avenant et comique aura été aussi efficace dans une transposition « maléfique ». Son accoutrement ou ses accessoires s’assimilent à une forme de corruption latente qui gangrène des images idéalisées de l’enfance, à tout le moins une monstruosité qui prend de nombreuses apparences, y compris les plus anodines et les plus innocentes. Car le titre volontairement évasif est évocateur d’une entité polymorphe, indéfinissable. Un mal ancien qui trouve son origine dans l’histoire de Derry et peut-être même antérieur à la ville elle-même.

Et c’est dans cette appréhension très abstraite que l’on éprouve les plus grandes difficultés à mettre un visage sur Ça, puisqu’il n’en possède pas. Enfin, pas dans le sens où on l’entend. Le premier volet est clairement axé sur la suggestion, sa présence invisible, voire hallucinée dans l’imaginaire collectif de Derry. Le second tome est moins ambivalent avec une confrontation directe qui délaisse l’effroi sous-jacent pour une tournure horrifique nettement plus explicite. Celle-ci se veut cohérente et néanmoins un peu moins percutante que ce qui a été entrevu auparavant. Ainsi, Ça n’est pas seulement un clown maléfique, mais une entité qui emprunte tour à tour les traits de nos peurs les plus inavouables ou, selon les victimes, d’une apparence somme toute sympathique et enjouée.

Au-delà de ses considérations qui portent sur la littérature de genre, Stephen King offre une intéressante réflexion sur l’écoulement du temps, l’enfance et la nostalgie que l’on peut éprouver à une certaine période de notre vie. On ne peut s’empêcher de songer à sa nouvelle Le corps, plus connu sous le titre Stand by me, présente dans le recueil Différentes saisons. L’auteur y retrouve des éléments qui lui sont propres, comme le groupe d’enfants, l’époque et le fait de s’attarder sur les qualités d’une bonne histoire, courte ou longue. L’aspect dramatique étant ici remplacé par le fantastique pour étayer ses propos sous un nouvel angle.

Au final, Ça est clairement l’un des piliers inébranlables de l’œuvre de Stephen King. Aussi sombre que fascinant, ce roman ne cesse de surprendre dans sa manière à mettre en exergue les peurs de l’enfance qui, finalement, ne nous quitte jamais vraiment. À travers une symbolique puissante, l’intrigue réussit le pari de nous tenir en haleine pendant près de 1 500 pages sans jamais montrer quelques signes de ralentissement. Tout est calibré pour immerger le lecteur et l’encourager à poursuivre l’aventure en compagnie du Club des Ratés. En sus de l’image indissociable du clown Grippe-Sou, Ça reflète nos propres tourments. Et c’est sûrement ce tour de force de suggérer avant de montrer qui parvient à nous piéger dans la trame des événements. Un peu comme une araignée qui capture ses proies avec sa toile…

N.B. La présente chronique porte sur les éditions du Livre de poche (2016) composées de deux tomes. D’autres éditions décomposent parfois l’histoire en trois livres.

Note : 18/20

Par Dante

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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