Mandela – Un Long Chemin Vers la Liberté

Titre Original : Mandela – Long Walk for Freedom

De: Justin Chadwick

Avec Idris Elba, Naomie Harris, Tony Kgoroge, Riaad Moosa

Année : 2013

Pays : Angleterre, Afrique du Sud

Genre : Biopic

Résumé :

Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC.
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement.

Avis :

Anant Singh est un producteur sud-africain d’origine indienne qui a bien connu Nelson Mandela. Faisant partie de l’Apartheid et considéré comme non-blanc du fait de ses origines, il a forcément noué des liens avec le futur président de l’Afrique du Sud. Durant les années 90, Nelson Mandela a écrit une autobiographie, racontant son parcours, de sa jeunesse à son arrivée dans la grande ville, de son combat pour l’ANC à son arrestation et ses 26 ans d’emprisonnement. Forcément, une telle vie et un tel récit ne pouvaient qu’être adaptés au cinéma, mais l’auteur n’a pas confié son travail à n’importe qui et il a demandé à Anant Singh de lire son script et de trouver comment le mettre en scène. Par souci d’impartialité, le producteur a confié le travail à un scénariste non sud-africain, et c’est l’anglais William Nicholson qui mettra seize ans à adapter les mémoires de Mandela pour fournir le film qui nous préoccupe aujourd’hui. Un film qui se veut historique, colossal dans sa reconstitution, tout en essayant, plus ou moins vainement, d’être hagiographique. Avec Justin Chadwick derrière la caméra, que vaut vraiment Mandela – Un Long Chemin Vers le Liberté ?

Le film s’ouvre très rapidement sur la voix-off de Mandela qui raconte comment il est devenu un homme et ce que lui disait son père sur le fait de devenir un homme. Cette première partie est rapidement expédiée, ne montrant que quelques images d’un Mandela jeune faisant quelques rituels de passage au sein de sa tribu, puis son départ pour la grande ville. Il devient alors avocat et on aura droit à une grosse ellipse, puisque toutes ses études ne sont pas du tout abordées. On retrouve donc un Mandela dans la vingtaine, déjà avocat, réputé pour défendre les noirs dans des tribunaux où la justice est toujours en faveur des blancs. Cette grosse faille temporelle est assez déstabilisante, surtout au départ, car on a la sensation que le film est rushé à mort. Tout va très vite, parfois trop vite, et on a du mal à s’accrocher à certains personnages qui seront des déclencheurs de l’ANC et de la rébellion qui va secouer le pays. A titre d’exemple, le passage où l’un de ses amis se fait tabasser à mort est rapidement mis de côté, même le procès des policiers qui s’en tireront et on n’aura pas forcément la violence de l’impact de cet acte.

Le film se repose essentiellement sur les moments où Mandela est en prison avec ses amis, arrêté alors qu’il tentait de s’enfuir suite à un sabotage qui a mal tourné, causant un mort, dans le rang des « alliés ». A partir de là, le film va se diviser en deux parties distinctes, celle où Mandela est en prison à perpétuité et continue à s’engager dans des combats idéologiques pour gagner plus de droits. Et celle où sa femme, Winnie, va lutter avec ses armes, haïssant les blancs pour ce qu’ils lui ont fait subir (16 mois d’isolement dans une prison sans possibilité de voir ses deux filles) et voulant une guerre sanglante, une vengeance sans précédent. Le film joue alors sur la dichotomie qui règnera au sein des Mandela, avec une femme violente et un homme plus malin, qui va jouer avec les politiques pour apaiser les tensions et prendre doucement le pouvoir. On aura aussi droit aux regards que portent les jeunes sur un Mandela qu’il juge inactif en prison, mais cela est vite éludé par le verbiage du bonhomme. D’un point de vue cinématographique, le film est relativement intéressant, surtout di l’on ne connait pas grand-chose à la vie de l’homme politique, qui force le respect par sa non-violence et son abnégation. Le film joue avec tous les codes du biopic « épique » pour mettre en avant un homme de pouvoir loyal et tolérant.

Seulement voilà, le film souffre de son aspect hagiographique. En effet, puisque c’est Nelson Mandela qui raconte ses mémoires, certains passages un peu plus sulfureux sont complètement passés à l’as. Prenons un exemple concret, on sait que Mandela a eu plusieurs femmes, plusieurs enfants de diverses aventures, et on ne voit que très peu ces passages-là. On aura bien droit à une aventure extra-conjugal amenant finalement au divorce, mais c’est bien tout. On aura aussi droit à quelques sabotages, ou encore à une acceptation à ne pas s’occuper de ses enfants, mettant tout son corps et son esprit à la reconquête de son pays, mais tous ces thèmes sont éludés pour présenter l’homme dans tout ce qu’il a de plus grand et de meilleur. Il manque un aspect sulfureux à tout ça et seule Winnie aura droit à un regard assez acerbe sur sa façon de faire, de mener la guerre et d’invectiver les troupes pour augmenter la violence. Forcément, cela laisse un goût amer au film, qui en devient trop lisse, même s’il aborde le racisme de plein pied. On aura droit aux diverses remarques, à des stock shots pour appuyer certains propos et certaines tueries, et finalement, le film a constamment le cul entre deux chaises, ne sachant s’il faut être une sorte de documentaire ou un biopic remarquable dans son volume.

Au final, Mandela – Un Long Chemin Vers la Liberté n’est pas un mauvais film, et il a tous les atours d’un film nécessaire, surtout aujourd’hui où les tensions raciales reviennent au premier plan. Il montre que l’homme n’apprend rien et recommence inlassablement ses erreurs, se faisant manipuler par les médias, les journalistes et les lobbys. Néanmoins, le film n’est pas exempt de défauts, avec des passages qui vont beaucoup trop vites, d’autres qui sont volontairement omis, pour rendre une copie propre, presque hagiographique, certes sur un homme de paix, mais qui n’a pas non plus un parcours irréprochable. Si les férus d’histoire et de Mandela ne seront certainement pas surpris ou dépaysés, les profanes apprendront des choses, qui sont toujours d’actualité aujourd’hui.

Note : 14/20

Par AqME

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