octobre 5, 2022

Mousson Tropicale – Moonson

De : Hong Khaou

Avec Henry Golding, Parker Sawyers, David Tran, Molly Harris

Année : 2019

Pays : Angleterre, Vietnam

Genre : Romance

Résumé :

Un britannique d’origine vietnamienne décide d’en savoir plus sur ses origines. Il part effectuer un voyage de près de trente heures, en train, de Saïgon à Hanoï.

Avis :

Hong Khaou est un réalisateur cambodgien naturalisé anglais, après qu’il ait dû fuir son pays alors qu’il n’avait que quelques mois pour échapper au régime des Khmers rouges. Établi en Angleterre, une fois adulte, le jeune homme se dirige vers les métiers du cinéma et commence à réaliser au cours des années 2000. Après plusieurs courts-métrages, Hong Khaou signe en 2014 un premier long magnifique, « Lilting, ou la délicatesse« , un film qui abordait déjà bien des thèmes de son deuxième film.

Après sept années de silence, Hong Khaou est de retour dans les salles, ou du moins pour l’instant dans les festivals, pour présenter son deuxième film. Le metteur en scène était attendu au tournant, après la beauté, la douceur et la poésie de son premier film et avec « Moonson« , il fait bien plus que récidiver. Avec « Moonson« , Hong Khaou s’impose comme un cinéaste d’une grande sensibilité. Multipliant les sujets, revenant sur des thèmes qui lui sont chers, « Moonson » est d’une beauté et d’une délicatesse hors pair, au point qu’on aurait aimé que cette évasion vietnamienne ne s’arrête jamais !

Kit avait six ans lorsqu’il a quitté le Viêtnam avec sa famille. Kit habite en Angleterre et il n’est jamais retourné dans le pays où il est né. Aujourd’hui trentenaire, Kit a perdu ses parents et il revient alors à Saïgon pour partir à la découverte de son passé, de ses origines et de qui il est. Ce voyage que Kit a imaginé pendant des années va se révéler bien différent de ce qu’il va être vraiment.

Après « Lilting, ou la délicatesse« , je dois bien dire que j’attendais un nouveau film de Hong Khaou, car le réalisateur avait, en un seul film, su me charmer comme rarement. Puis les années ont passé et Hong Khaou avait l’air d’être un mirage dans le paysage. Plus de son, plus d’image, et finalement, j’avais presque oublié son nom. Puis en feuilletant le programme de cette deuxième édition 2021 du Chéries Chéris, je tombe sur « Moonson« , dont l’intrigue me plaît et il y a ce nom de Hong Khaou qui me dit quelque chose. Alors que je découvre que le Cambodgien vient de refaire un film, ni une, ni deux, je me précipite en salle avec beaucoup d’envie et d’espoir qui me suivent et heureusement, je suis très loin d’être déçu, car Hong Khaou livre encore une fois un bijou de délicatesse. Il était difficile de faire plus beau, ou du moins tout aussi bien que « Lilting … » et Hong Khaou vient de le faire, livrant une odyssée intime et délicate d’une heure et vingt-trois minutes.

Il est difficile de savoir par où commencer tant Hong Khaou a mis la barre au-delà du sublime. Écrit par Hong Khaou, « Moonson » est un film qui réunit tous les thèmes qu’on pouvait déjà trouver dans le premier film du réalisateur. Film très personnel, il est même difficile de ne pas faire un parallèle avec la vie du cinéaste, « Moonson » est une œuvre qui parlera aussi bien du deuil, que de la découverte de son passé, de ses origines, et du sentiment d’exilé dans son propre pays. Sorte de parcours initiatique tardif, « Moonson » charme de par le regard et la réflexion que porte le personnage sur sa vie passé, présente et future. Le scénario est aussi simple qu’il est magnifique.

Certes, il pourrait y avoir un effet de déjà vu, mais ce qui change, c’est la façon délicate et la sensibilité avec laquelle Hong Khaou nous fait découvrir son personnage, son histoire, ses regrets et ses espoirs, son déracinement, ses relations, et sa découverte du Viêtnam. Un Viêtnam très loin de celui qu’il a quitté et qui demeure partiellement dans ses souvenirs. Ce qui sera magnifique aussi avec ce film, c’est qu’à travers ces découvertes, Hong Khaou met aussi sur le chemin de son personnage quelques rencontres qui vont être d’une grande beauté. Bien sûr, il y a la rencontre avec son pays, le Viêtnam, mais il y a aussi la tendresse et la chaleur d’une rencontre amoureuse. Une rencontre qui apportera aussi d’autres éléments qui amèneront un autre regard sur un exilé. Bref, ce scénario est un petit bijou qui ne cesse de nous charmer.

Un charme qui est tout aussi fort avec la réalisation de Hong Khaou. Si « Moonson » se fait très touchant et passionnant dans ce qu’il raconte, le film se pose aussi comme un parfait moment d’évasion à la découverte d’un pays qui se partage entre modernité, pauvreté et traditions et évasion. Très riche dans sa façon de raconter son personnage et ses découvertes, « Moonson » se pose comme un gant de velours délicat qui nous enrobe, nous protège et dans lequel on se sent très bien. Ainsi, dans cette chaleur, on se laisse totalement emporter et l’on ne voit pas passer ce très beau moment, dont la seule déception sera cette sensation de le quitter trop vite. Franchement, entre la façon de raconter ce parcours initiatique, la façon de raconter cette rencontre et cette possible histoire d’amour naissante, et la façon de découvrir le Viêtnam à hauteur de son personnage, on se dit que Hong Khaou a tout compris pour raconter des histoires et des personnages au plus juste.

Des personnages qui sont par ailleurs tenus par des acteurs très justes. Si David Tran ou Molly Harris sont excellents, il est vrai que le film fait la part belle à Parker Swayers et surtout à Henry Golding, qui trouve là son plus beau rôle. L’acteur qu’on a pu découvrir dans des films comme « L’ombre d’Emily« , « The Gentlemen« , « Last Christmas« , ou récemment dans « Snake Eyes« , trouve là enfin un beau rôle et surtout un rôle important et derrière ça, un rôle bouleversant qui démontre qu’il peut bien faire autre chose que ce à quoi on a l’air de le cantonner.

« Lilting, ou la délicatesse » était une merveille et ce retour après sept ans pour Hong Khaou est purement et simplement magnifique. Le réalisateur cambodgien fait encore une fois preuve d’une immense sensibilité, nous racontant un personnage avec fragilité, beauté, émotion et découverte. Ce voyage de Saïgon et Hanoï à la découverte de soi-même est assurément l’un des plus beaux films que j’aurais vu cette année en salle et il me tarde déjà de refaire ce voyage.

Note : 20/20

Par Cinéted

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