Brimstone – La Nuit du Révérend

De : Martin Koolhoven

Avec Dakota Fanning, Guy Pearce, Carice Van Houten, Kit Harington

Année: 2017

Pays: Danemark, France, Allemagne, Belgique

Genre : Western, Thriller

Résumé :

Dans l’Ouest américain, à la fin du XIX siècle.
Liz, une jeune femme d’une vingtaine d’années, mène une vie paisible auprès de sa famille.
Mais sa vie va basculer le jour où un sinistre prêcheur leur rend visite.
Liz devra prendre la fuite face à cet homme qui la traque sans répit depuis l’enfance…

Avis :

Le cinéma, sous sa forme artistique, semble se confronter de plus en plus à sa forme mercantile. En effet, depuis quelques temps, les distributions de films sont de plus en plus hasardeuses et démontrent ardemment cette volonté de faire passer avant tout la rentabilité plutôt que la qualité. Il suffit de voir le nombre de salles donné au film Brimstone (seulement 72 dans toute la France), alors qu’une comédie française comme L’Embarras du Choix a eu droit à plus de 600 salles. D’où vient cette disparité ? Tout simplement des distributeurs et des exploitants qui préfèrent parier sur une comédie lambda attirant des personnes pas forcément cinéphiles et voyant le cinéma comme un divertissement plutôt que les passionnés cinévores. Du coup, on se retrouve avec d’excellents films qui passent à la trappe (avec parfois des réalisateurs de génie et des acteurs très bankables comme Silence de Scorsese), créant ainsi des niches de non-culture et favorisant presque le piratage.

Pour Brimstone, le cas est presque similaire, même si c’est le tout premier grand film du réalisateur Martin Koolhoven. Western à tendance horrifique durant presque 2h30, il était évident que les exploitants n’allaient pas perdre des séances pour un film qui n’attirait pas forcément les foules. Et pourtant, c’est passer à côté d’un grand film, l’un de ceux qui marquent une année et dont on voit très vite la patte d’un réalisateur à suivre, qui n’hésite pas à faire dans le frontal et à rentrer dans le spectateur pour le faire réfléchir sur des problématiques bien réelles. Car oui, Brimstone a beau être un western, il pose des thématiques qui sont toujours d’actualité aujourd’hui, et surtout, il n’hésite pas à aller au bout des choses, au bout de l’ignominie pour montrer tout le nihilisme de l’esprit humain.

Le film raconte le parcours chaotique d’une jeune fille dans le western américain durant le XIXème siècle. Commençant son film en plein milieu, puis faisant des flashbacks assez longs sous la forme de chapitres, le réalisateur va prendre tout son temps pour présenter une dualité violente et quasiment sans fin. Le premier chapitre va poser les personnages, présentant une Dakota Fanning sage-femme mais qui va commettre une erreur et qui va se faire poursuivre par un révérend pas commode, voire carrément maniaque. Arpentant le chemin sinueux du thriller à tendance boogeyman, ce premier chapitre, en plus de poser la dualité entre les personnages, impose aussi son ambiance, son aura si étrange, à la frontière du fantastique et du drame dur et tragique. Martin Koolhoven pose un cadre et sème des indices pour accrocher le spectateur et ainsi mettre du liant entre les chapitres pour intriguer le spectateur. Les chapitres suivants (ou tout du moins les deux suivants), vont remonter le fil de la vie de cette jeune fille muette, et le spectateur va comprendre tout la complexité de la relation entre ce révérend et cette femme. Une relation toxique, horrible et dure, mais qui démontre plusieurs choses importantes.

Le premier point positif que l’on peut relever dans ce film, c’est sa position du côté de la femme. Si certains y verront un pamphlet féministe, le réalisateur n’oublie pas pour autant de contrebalancer son propos avec des personnages masculins parfois bons, souvent ambigus, mais qui à la base, hormis le révérend, ne sont pas foncièrement mauvais. En fait, le cinéaste pose un regard inquisiteur sur la domination masculine et c’est ça qui fait froid dans le dos, c’est que malgré l’époque du film, on se rend compte qu’aujourd’hui, les choses n’ont pas bien changé, du moins dans certains pays. Le plus important, c’est que le syndrome féministe est évité, car même si c’est un film de femmes fortes, ce n’est pas non plus un papier pour que la femme dirige. En fait, le réalisateur place autant la femme en victime qu’en force de la nature, mais pose un regard cruel sur leur condition. Avec ce film, Martin Koolhoven pose surtout un regard critique sur la religion. Le grand méchant est un bigot de Dieu qui confond les propos de la Bible avec ses propres désirs. Avec une violence volontaire crue et percutante, voire parfois à la limite du supportable, le réalisateur montre que la religion n’est pas bénéfique pour la société et qu’elle divise, fait peur, plus qu’elle n’apporte des réponses à nos questions.

En parlant de violence, Brimstone est très virulent, tant sur le message que sur la forme. En effet, le film va au bout de ses idées et ne se donne pas de limite. Très cru, le film balance parfois des séquences d’une grande injustice et n’hésite pas une seconde à tuer des enfants ou des gens innocents, et parfois dans des situations dégradantes. Il y a du Verhoeven dans le cinéma de Koolhoven et cela se sent dans la violence graphique et psychologique qui se dégage de Brimstone. Cependant, cette violence n’est jamais gratuite et sert un propos puissant, appuyant les critiques voulues par le cinéaste. Si le distributeur The Jokers n’était pas forcément d’accord et content sur l’interdiction aux moins de 16 ans, tuant ainsi l’exploitation dans certaines salles, il semblerait tout de même que cette interdiction soit justifiée, tant le film reste parfois difficilement soutenable. Mais cette violence est peut-être aussi ce qui différencie Brimstone des autres métrages, lui donnant une aura particulière, celle d’une œuvre nihiliste mais terriblement réaliste.

Enfin, si le fond est important et très intelligent, ce sera aussi le cas de la réalisation. Faisant dans le frontal, Martin Koolhoven n’hésite pas à montrer tripes et boyaux dans ce western âpre et cruel. Mais ce n’est pas tout, la mise en scène est parcourue de fulgurances et de plans iconiques qui sont vraiment intéressants et donnent une stature impressionnante à Guy Pearce. Si l’acteur est magistral dans ce rôle, la réalisation lui permet d’accroître encore plus son côté inquiétant. Entre les prêches en plan large ou les poses iconiques avec un éclair qui éblouit son visage en semi-obscurité, le cinéaste est très inspiré par son modèle et cela se voit. Cette façon de faire, de placer Guy Pearce comme un être malfaisant intouchable donne une autre ambiance au film qui lorgne volontiers du côté des films d’horreur. Véritable boogeyman, le personnage dégage un charisme impénétrable qui donne une force incroyable au métrage. De plus, l’ambiance est souvent proche du cinéma horrifique, avec de longues plages de silence dans une obscurité naissante ou dans un brouillard aveuglant, et offrant des séquences gores assez inattendues. Bref, si on doit comparer ce réalisateur avec d’autres plus connus, on pourrait presque parler d’un mélange de John Carpenter et de Paul Verhoeven.

Au final, Brimstone est un grand western et un grand film tout court. Sans limite dans sa cruauté, le film offre une histoire prenante autour d’une femme forte qui va tout faire pour s’en sortir dans un monde où elle n’a visiblement pas son mot à dire. Il en résulte un film hybride, libre de tout carcan hollywoodien, et qui accentue son horreur pour appuyer son propos dans une justesse qui frôle la perfection. Brimstone est finalement au-delà des codes du western, offrant un visuel splendide au service de messages qui donnent encore aujourd’hui à réfléchir. Un film important qui est malheureusement boudé par les salles.

Note : 19/20

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Par AqME

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