avril 18, 2026

Enter Shikari – Lose Your Self

Avis :

Aujourd’hui, faire un album surprise, c’est quasiment mission impossible. Cela signifie ne pas faire de communication dessus, ne pas faire de clip promotionnel et surtout, garder le projet secret auprès des médias et des fans. C’est pourtant ce qu’a réussi à faire Enter Shikari, groupe britannique relativement inclassable. Si au départ, on pouvait définir la musique du groupe comme un truc vaguement Post-Hardcore, voire Post-Punk, maintenant, c’est plus compliqué. Les anglais font tout pour brouiller les pistes et redéfinir les contours de leur musique qui traine toujours autour du Rock, mais en y incluant des éléments électro, parfois des riffs métal, et l’ensemble forme quelque chose d’unique, de protéiforme et qui permet à Rou Reynolds, le chanteur, de faire des prestations scéniques de zinzin, tout en jouant dans des festoches divers et variés, passant aussi bien au Hellfest que sur un festival électro.

Lose Your Self est le huitième effort studio du quatuor britannique, et il intervient trois ans après le précédent opus, A Kiss for the Whole World. Sorti en toute discrétion et sans n’avoir fait aucun bruit (entendez par là que rien n’a fuité de nulle part), il est pourtant un album très intéressant à plus d’un titre, restant dans un genre hybride si cher au groupe. Tout commence alors avec Lose Your Self, un premier morceau qui porte le même nom que l’album, et qui s’avère quelque chose de hargneux et qui rentre pile-poil dans ce que l’on attend du groupe. Le démarrage est percutant, avec un bon riff, qui laisse ensuite la place à des arrangements électro bien nerveux qui donnent une furieuse envie de danser. C’est assez grisant de voir que le côté « métal » se marie très bien avec les éléments électro mis en place.

En attaquant Find Out the hard Way…, on voit que le groupe essaye d’être un peu plus dans l’émotion et la sensibilité. C’est plutôt bien fichu, mais le refrain demeure un moment vraiment plaisant et entrainant, qui montre que quoi que fasse Enter Shikari, il reste la grosse machine à faire danser avec de gros beats bien sentis. Alors oui, il y a bien un côté Pop-Punk anglais qui se fait sentir, mais ce n’est pas forcément cela qui ressort, surtout après un break plutôt virulent. Puis Dead in the Water va venir mélanger des riffs puissants à un dubstep étonnant mais qui finalement se marie assez bien avec le reste. Le refrain fait gagner des galons au morceau, qui devient alors entêtant et puissant, ressemblant à un titre de métal alternatif moderne. La déception proviendra de Demons, un morceau trop timide qui fait plus Pop qu’autre chose.

Sa force réside surtout dans ses variations de tempo, mais le refrain manque de puissance et d’agressivité. On lui préfèrera la montée en tension de Flick of a Switch I., titre à la fois étrange et pourtant maîtrisé jusque dans ses moindres détails. A la fois dansant et montant dans les tours pour devenir un titre que ne reniera pas The Prodigy, le morceau s’avère vraiment intéressant et demande plusieurs écoutes pour être apprécié à sa juste valeur. Derrière, l’interlude I Can’t Keep my Hands Clean possède un aspect Punk déjanté qui tombe à point nommé pour lancer la ballade It’s OK. Une ballade qui prend des allures de chanson anglaise à la Arctic Monkeys. On s’imagine aisément dans un pub fumeux, avec un type qui nous raconte sa vie jusqu’à un refrain simple et entêtant. Bref, un excellent morceau qui, lui aussi, gagne en valeur avec les écoutes.

Par la suite Flick of a Switch II. va se faire plus brumeux, plus expérimental, devenant presque un autre interlude au sein d’un album qui va attaquer son dernier tiers. Shipwrecked ! nous incite alors à entrer dans un vaisseau spatial de manière joyeuse et entrainante. Il ne serait guère étonnant de trouver des chorégraphies autour de ce morceau tant il est jovial. Puis on va rester à bord de ce vaisseau pour les trois derniers morceaux. La trilogie Spaceship Earth va montrer toutes les facettes du groupe. Spaceship Earth (I. Abandon) est un titre électro métal lumineux qui joue constamment avec ses textures pour mieux nous surprendre. Quant à Spaceship Earth (II. Angoscioso), il sera plus électro Pop avec un refrain qui marche avec un gros gimmick mémorable. Enfin, Spaceship Earth (III. Maestoso) sera une ballade douce et orchestrale, se finissant par un très joli « my love ».

Au final, Lose Your Self, le dernier album d’Enter Shikari, est une petite réussite en son genre. La formation britannique, qui n’a pas bougé depuis 1999, propose un album pas si évident que ça à la première écoute, mais qui révèle ses saveurs au fur et à mesure. A la fois nerveux sur certains passages, mais aussi plus doux qu’à l’accoutumée, le groupe reste quand même ce gros banger qui lâche des beats sans prévenir pour nous faire danser et headbanger en même temps au sein de titres joviaux et très entrainants. Bref, un album-surprise qui fait plaisir, mais qui n’est pas là que pour ça.

  • Lose Your Self
  • Find Out the Hard Way…
  • Dead in the Water
  • Demons
  • The Flick of a Switch I.
  • I Can’t Keep my Hands Clean
  • It’s OK
  • The Flick of a Switch II.
  • Shipwrecked !
  • Spaceshift Earth (I. Abandon)
  • Spaceshift Earth (II. Angoscioso)
  • Spaceshift Earth (III. Maestoso)

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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