juin 23, 2021

Cruachan – Nine Years of Blood

Avis :

Il y a des groupes emblématiques au nom universellement connu, d’autres un peu moins connu mais qui ont apporté leur pierre à l’édifice et enfin d’autres connus surtout par un cercle encore plus restreint mais dont la contribution a été non négligeable. Au pays de la musique celtique, des mastodontes U2 et Cranberries, peu de formations métal locales ont atteint une notoriété internationale, à part Therapy à l’époque du monumental Troublegum ou encore du groupe de pagan métal Primordial. Formé en 1992, Cruachan est un groupe de folk metal, mais pas n’importe lequel puisqu’ils figurent parmi les pionniers du genre, avec les anglais de Skyclad. A ses débuts, Cruachan mêle folk métal celtique et black métal. Révélé en 1995 par leur premier album Tuatha Na Gael, Cruachan est repéré par Century Media mais devant les conditions posées par ce gros label, le deal échoue et le groupe se sépare deux ans plus tard. En 1999, le guitariste Keith Fay reforme le groupe avec en plus la chanteuse Karen Gilligan, Cruachan délaisse la partie black métal pour du celtic métal pur et dur et sort un deuxième album en 2000. Le troisième album Folk-Lore est produit par Shane McGowan des Pogues qui pose également sa voix sur un titre, c’est le plus gros succès du groupe. Cruachan enchaine ainsi les sorties tous les deux ans jusqu’en 2006 et en 2008 Karen Gillian quitte le groupe, Fay décide d’occuper la partie chant à temps plein et réintroduit le black métal. En 2011, Cruachan entame sa série d’albums concepts autour du sang dans les conflits. Après Blood on the Black Robe et Blood for the Blood God sort en 2018 ce nouvel opus. Nine Years of Blood tourne autour de la guerre de 9 ans qui s’est déroulé de 1594 à 1603 durant laquelle Hugh O’Neill, 2ème comte de Tyrone, Hugh Roe O’Donnell, prince de Tyrconnell et leurs alliés ont affronté les troupes anglaise d’Elisabeth 1er et qui a fortement ébranlé le Royaume-Uni. Un contexte idéal pour un album épique, furieux et sombre.

Après l’intro qui pose le cadre, on rentre dans le vif du sujet avec Hugh O’Neil – The Earl of Tyrone. Gros riffs, voix stridente, Fay semble incarner O’Neil haranguant ses troupes. Le style Cruachan est là avec de gros morceaux bien rentre-dedans avec un bon break folk salutaire. Blood and Victory distille une ambiance bien dark et inquiétante avec des passages à chants clairs intenses. Queen of War constitue le plus long, et aussi le plus beau titre de l’album, commençant par une intro au violon avec chant clair et une montée en puissance progressive de plus en plus rageur au fur et à mesure que Fay évoque Elisabeth 1er. Epique, variant les styles et les émotions entre mélancolie et fureur, Queen of War, c’est 6 minutes en état de grâce et il est impossible de ne pas se laisser entrainer et aller à un bon petit chant guttural des familles. The Battle of the Yellow Ford, comme son nom l’indique, parle de la bataille de Yellow Ford qui signa une victoire irlandaise au cours de laquelle 2000 soldats anglais furent tués, et qui galvanisa le camp irlandais. Un titre marqué par un sens du réalisme appuyé. Les boucliers qui se cognent, les épées qui se choquent, on est plongé au cœur même de la bataille et l’orchestration rapide et épique est au diapason. Cath Na Brioscai est particulièrement rentre-dedans avec un chant bien furieux, et soudain on a droit à un magnifique break au violon sous forme de gigue entrainante, un changement de ton qui scinde le morceau en deux et offre une pause salutaire.

Toujours dans une optique de non-linéarité qui guide l’album, The Harp, the Lion, the Dragon and the Sword alterne chant clair et guttural, légèreté heavy et lourdeur black. Le dénouement approche, introduit par un interlude dans une taverne (An Ale Before Battle), puis un instrumental où le tin whistle (sorte de flûte irlandaise) est plus appuyé, amenant The Siege of Kinsale qui parle de la bataille de Kinsale de 1601 en 1602 où malgré le renfort des Espagnols, les Irlandais perdirent, ce qui marqua le début de la fin pour le clan Irlandais. A l’image de cette période, le morceau est particulièrement violent, furieux et désespéré. The Flight of the Earls commence par des sonorités folks avec l’utilisation de la mandoline, un violon appuyé et un chant digne de la musique irlandaise traditionnelle avant de basculer brutalement dans un gros black avec une batterie ultra rapide, de riffs de mammouth et une basse bien présente pour finir sur une note plus mélancolique. L’album se termine par Back Home in Derry (cover d’une chanson de Christy Moore) à chant clair mêlant gros métal bien rapide et pub song tradi triste. 

Riche, varié et généreux, Nine Years of Blood mêle noirceur lugubre, moment épique et pauses plus légère, variant les ambiances et faisant passer l’auditeur par toutes les émotions. Passionnant de bout en bout, sans la moindre piste voire même la moindre note de trop, l’album est marqué par un souci de réalisme qui donne envie de consulter l’histoire de cette guerre. Avec plus de 25 ans d’existence et huit albums au compteur, Cruachan s’impose

  • I Am Tuan
  • Hugh O’Neil – The Earl of Tyrone
  • Blood and Victory
  • Queen of War
  • The Battle of the Yellow Ford
  • Cath Na Brioscaí
  • The Harp, the Lion, the Dragon and the Sword
  • An Ale Before Battle
  • Nine Years of Blood
  • The Siege of Kinsale
  • The Flight of the Earls
  • Back Home in Derry

Note : 18.5/20

Par Nikkö

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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