novembre 29, 2025

Lucky – Pas de Chance pour les Femmes

De : Natasha Kermani

Avec Brea Grant, Leith M. Burke, Dhruv Uday Singh, Hunter C. Smith

Année : 2020

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

May, auteure populaire de livres sur le développement personnel devient la cible d’un homme mystérieux aux intentions meurtrières. Chaque nuit, il la poursuit sans relâche, et chaque jour, les gens qui l’entourent semblent à peine s’en apercevoir. N’ayant personne vers qui se tourner, May doit prendre les choses en main pour survivre et reprendre le contrôle de sa vie.

Avis :

Si le cinéma d’horreur est souvent associé à de mauvais films, c’est tout simplement parce que c’est le genre le plus produit, et forcément, dans la masse, les bons films ont tendance à se perdre. Pour autant, on notera que ceux qui arrivent à se démarquer sont souvent des longs-métrages qui ont deux tendances. Soit ils sont très gores et irrévérencieux, tombant dans un moment de vache maigre un peu pudique. Soit ils possèdent un fond intelligent, utilisant l’horreur pour dénoncer quelque chose, ou pour faire un constat sociétal problématique. Mais parfois, sur ce dernier point, on se retrouve quand même avec des films loupés, qui ne trouvent jamais le bon équilibre entre l’horreur et le drame, et qui vont à l’encontre de leur sujet. En ce sens, Lucky de Natasha Kermani rentre parfaitement dans cette catégorie, voulant parler des violences faites aux femmes dans un contexte original, mais raté.

Le début du film nous présente son héroïne, une autrice dont le dernier livre s’est relativement mal vendu. Elle se fait gentiment remercier par son agent, qui lui demande de vite écrire son prochain roman afin de remonter la pente. Dès le départ, on sent que cette relation est assez toxique. La jeune femme est à peine écoutée, l’agent lui glisse quelques menaces déguisées avec le sourire, puis il l’éconduit de façon assez abrupte. Le contexte se pose assez rapidement, avec une femme qui va être prise d’angoisse, avec la peur de ne pas réussir son prochain livre, voire d’être incapable de l’écrire. Durant la nuit, elle entend du bruit, et se rend compte qu’un homme masqué tente de rentrer dans leur maison. Elle réveille son mari, et ce dernier lui répond laconiquement que, comme tous les soirs, c’est le même type qui vient essayer de les tuer.

« on va avoir un mal de chien à ressentir de l’empathie »

A partir de là, une autre tonalité est approchée, celle du fantastique. Si son mari semble éprouver une certaine lassitude avec cette attaque nocturne, notre héroïne ne se souvient de rien, jusqu’à se prendre la tête avec son homme, qui décide alors de quitter la maison. En réagissant ainsi, il laisse sa femme dans une position de faiblesse, face à un potentiel agresseur qui semble revenir en suivant une boucle temporelle. Et le film de rester très trouble là-dessus, n’offrant jamais aucune explication sur l’existence même de ce méchant, qui va mettre la vie en danger du personnage principal. L’intrigue s’en retrouve alors biaisée, car on va vite s’ennuyer face à des attaques redondantes, un manque d’action prégnant, et une évolution du personnage qui frise le ridicule. En fait, on devine rapidement où veut en venir la réalisatrice, mais elle ne fait rien pour nous surprendre, ou nuancer son propos.

Pire, cette autrice devient petit à petit pénible, à s’énerver tout le temps, et on va avoir un mal de chien à ressentir de l’empathie pour elle. Cela vient de son comportement un peu égoïste, un peu perdu dans son monde, refusant toute l’aide possible, et essayant simplement de joindre son conjoint disparu, tout en tentant de trouver des actions pour son nouveau roman. Et au-delà de ce personnage pivot, les protagonistes secondaires sont inintéressants au possible. Le mari est inexistant la majeure partie du scénario. On a une attachée presse très discrète qui a un rôle assez minime. Et c’est quasiment tout. Le film manque d’épaisseur dans son écriture, mais aussi de finesse, car on grille rapidement le sujet principal, celui des violences faites aux femmes. Un sujet essentiel, mais apporté ici avec de gros sabots, et des métaphores lourdingues.

« le film se loupe complètement sur son ambiance »

Dès le début, avec ce dialogue lourd de sens avec son agent, puis avec son mari qui va vite devenir inexistant, on voit que cette femme subit des pressions de la part de la gent masculine. Jusqu’à ce fameux meurtrier qui cache son visage derrière un masque transparent, et dont l’identité ne sera jamais donnée. Même sur le générique, il est écrit qu’il s’agit de l’Homme. Un moyen pour dire que tous les hommes sont des agresseurs, et que leur cible préférée reste les femmes. Histoire de pousser le bouchon encore plus loin, on aura droit à une scène qui se veut choc dans un parking souterrain, où toutes les femmes de l’immeuble vont se faire agresser par des hommes masqués. Là, c’est vraiment pour les trois crétins du fond qui n’auraient pas compris le propos féministe du long-métrage, et c’est un peu too much.

D’autant plus que le film se loupe complètement sur son ambiance, mais aussi sur son aspect horrifique. Déjà, le film ne dégage aucune personnalité. Il est plat, la mise en scène est bateau, et rien ne ressort d’un point de vue visuel. Natasha Kermani se contente de faire simple, mais en oublie de ponctuer son film de quelques fulgurances. A titre d’exemple, on n’au aucune scène gore. On a quelques confrontations musclées, on a des morts multiples, notamment ce pauvre Homme qui se fait dézinguer à chaque fois, mais d’un point de vue graphique, c’est très faible. Le film ne va jamais au bout de ses ambitions, ou encore de ses convictions. La violence n’est guère graphique, alors qu’il y avait sans doute quelque chose à faire là-dessus. Mais la réalisatrice préfère faire quelque chose de nébuleux, à la limite u film d’auteur, notamment sur la fin.

Au final, Lucky est une amère déception, car son propos est important et réellement profond, pointant du doigt un mal-être de notre société, et malheureusement, il tombe complètement à plat. La faute à une mise en scène timide, des personnages peu attachants, un fond qui est trop rabâché et des effets horrifiques qui tombent à plat et ne fonctionnent jamais. Bref, Natasha Kermani ne convainc guère avec ce film, qui lui ouvrira pourtant les portes pour réaliser d’autres films d’horreur, dont un segment dans le V/H/S 85.

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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