mai 17, 2021

Dans les Hautes Herbes

Titre Original : In the Tall Grass

De: Vincenzo Natali

Avec Laysla De Oliveira, Avery Whitted, Patrick Wilson, Will Buie Jr.

Année: 2019

Pays: Etats-Unis

Genre: Horreur

Résumé:

Un frère et sa sœur s’aventurent dans un champ d’herbes hautes pour porter secours à un enfant perdu, mais découvrent qu’il n’est peut-être pas possible d’en sortir.

Avis :

Parmi les auteurs qui ont le plus d’adaptations cinématographiques, Stephen King s’impose de lui-même. Déjà très prolifique dans l’écriture, il est aussi très présent au cinéma et en ce moment plus que jamais. Entre les nouvelles adaptations de Ca, les productions Netflix que sont 1922 ou Jessie, ou encore la prochaine sortie de Doctor Sleep, la suite de Shining, Stephen King a le vent en poupe et cela ne semble pas prêt se d’arrêter. Halloween arrivant à grands pas, Netflix s’est dit qu’il serait peut-être temps de capitaliser encore un peu plus sur le nom du King et de sortir l’adaptation d’une nouvelle qu’il a coécrite avec son fils, Joe Hill. C’est ainsi que déboule alors Dans les Hautes Herbes, un film d’horreur qui lorgne du côté des Ruines avec une finalité que ne renierait certainement pas un certain Lovecraft. Entre balade mortelle au milieu des plantes et rocher noir antique, Dans les Herbes Hautes tenait de grosses promesses qui, finalement, ne seront que de vagues pétards mouillés.

Parmi les promesses d’une belle réussite, outre le scénario écrit par Stephen King et Joe Hill, c’était de voir Vincenzo Natali derrière la caméra. Ayant connu un succès monstre durant les années 2000 après son premier film, Cube, datant de 1997, le réalisateur a essuyé de nombreux échecs par la suite, tout en gardant une patte artistique prononcée. C’est alors dans la série qu’il trouvera une solution de repli, avant de revenir à ce film, sur Netflix. Mais cette patte si caractéristique, si clinique, que l’on pouvait retrouver dans Splice, est ici totalement absente. En effet, le réalisateur fait profil bas et propose un film qui n’a pas de réelle vision artistique. C’est fade, c’est souvent moche avec des fonds verts qui picotent les yeux, et le fait de filmer en nuit américaine rend l’ensemble assez peu crédible. L’éclairage minimaliste, les effets spéciaux douteux, tout tend à rendre ce film peu engageant et montrant pleinement son faible budget pour une envie de faire du grandiloquent. C’est triste à dire, mais ce n’est pas avec une production Netflix que l’on verra un grand film d’horreur, la plateforme préférant certainement donner les coudées franches à un Martin Scorsese.

Néanmoins, la réalisation n’est pas la seule chose à remettre en cause dans l’échec de ce film. L’histoire en elle-même n’est pas suffisamment touffue pour combler 1h40 de film. Cela commence avec un jeune couple (frère et sœur) qui entendent un enfant hurler dans de hautes herbes, puis à leur tour, ils se retrouvent piégés dans ce labyrinthe de verdure. Le doute va alors s’épaissir lorsqu’une boucle temporelle fait son apparition, mélangeant plusieurs temporalités, et la rencontre de personnages qui se sont aventurés dans les herbes à deux mois d’écart. Cette boucle temporelle et ces rencontres sont là pour donner du grain à moudre aux cervelles des spectateurs, mais c’est tellement nébuleux que finalement, on ne comprend rien et on se détache de cette intrigue qui pouvait tenir un sujet intéressant, essayant vainement d’explorer des mythes antiques indiens avec un rocher noir qui détient un pouvoir maléfique. Mais là aussi, c’est expédié avec grande vitesse, sans jamais prendre le temps de poser son ambiance ou son envie de traiter d’un peuple oublié. C’est triste et l’ensemble noie complètement son propos dans une histoire rocambolesque de temporalité et de prophétie à deux balles.

Ajoutons à cela des personnages qui ne sont ni attachants, ni vraiment intéressants. Ils se divisent en trois catégories qui proviennent de trois temps différents. On nous présente en premier lieu un couple frère/sœur à la relation ambigüe (on nous fait croire dès le départ que c’est un vrai couple). Si la jeune femme sera le moteur de l’intrigue, puisqu’enceinte et cachant un lourd secret, l’actrice qui l’incarne sera aussi charismatique qu’un bourgeon un soir de printemps. Laysla De Oliveira, que l’on a pu voir dans certaines séries comme The Gifted ou Nikita, n’arrive pas à donner du caractère à son personnage et se place constamment en victime qui se plaint de son ventre. Avery Whitted, dont c’est le deuxième film avec The Vanishing of Sidney Hall, est tout simplement insupportable. Son personnage est un connard de base qui est amoureux de sa sœur. Un sale type qui est prêt à tuer le petit ami de sa sœur pour la protéger, ou plutôt être le seul homme proche d’elle. En parlant du petit ami, Travis, joué par Harrison Gilbertson (Upgrade, Love Hunters, de bonnes références tout de même), il est en quelque sorte le héros qui veut se repentir et accepter la grossesse de sa petite amie. Il demeure peut-être le personnage le plus attachant, mais sa présentation est prise par-dessus la jambe et du coup, on s’en bat un peu les nix de ce qui lui arrive. Enfin, Patrick Wilson surnage dans ce film où il détient un rôle à contre-emploi. Il semble s’éclater et prendre du plaisir faire le mal. Malheureusement, il n’est pas aidé par sa famille et notamment le petit Will Buie Jr. qui surjoue constamment et ne provoque aucune réaction. Bref, on reste sur notre faim.

Enfin, le principal problème de ce film, c’est qu’il manque cruellement de fond. Dans les faits, il ne raconte pas grand-chose, juste une simple histoire de flippe et dans un petite nouvelle, ça peut passer, mais de là à en faire un film… Dans les Hautes Herbes ne brasse que du vide et ne raconte rien de véritablement concret. Si on retrouve le sujet sur la grossesse non voulue et que l’on va finalement assumer après une dure épreuve, c’est encore une fois largement survolé et hormis cela, on n’aura rien. Le film est transparent. C’est bien trop sage et il ne suffit pas de mettre une paire de scènes gores pour devenir sulfureux. Il manque des sujets, comme cette tribu impie, la présence de cette pierre, ce qu’elle fait réellement aux hommes, la présence de ce champ et que personne ne semble soupçonner, bref, le film est bien trop léger, bien trop lisse et c’est très dommageable. En couplant cela avec des personnages inintéressants, on obtient donc un joli ventilateur, un film qui brasse de l’air.

Au final, Dans les Hautes Herbes est une bien belle déception. Il s’agit d’un film qui avait de belles promesses et certains bons ingrédients pour lui, mais qui finalement n’apporte absolument rien au genre. Outre une réalisation bancale qui sent le manque de budget, on retrouvera des personnages vides de sens et une histoire qui manque de profondeur et d’un sujet fort, en plus de perdre son spectateur dans une boucle temporelle incohérente. Malgré la présence de Stephen King et de son fiston, le talentueux Joe Hill, cette nouvelle production horrifique Netflix ne vaut pas tripette.

Note : 06/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

Voir tous les articles de AqME →

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.