
Avis :
La lassitude peut-elle apparaître lorsque l’on est un groupe qui a plus de quarante ans de carrière ? C’est une question que l’on peut se poser au niveau des « vieux » groupes de métal qui tournent encore. Et en ce mois de janvier 2026, deux phénomènes du Thrash balancent leur nouvel album. Un dernier chant du cygne pour Megadeth et un seizième album pour Kreator. Les allemands reviennent après cinq ans d’absence, et Krushers of the World a la lourde tâche de succéder à l’excellent Hate Uber Alles, tout en gardant le même line-up, avec notamment, cocorico, le français Frédéric Leclercq à la basse. Mais quarante ans de carrière, ce n’est pas rien, et on peut craindre que les teutons soient un peu émoussés, ou tout du moins, qu’ils aient un peu la hargne qu’à leur début. Mais il n’en est absolument rien.
Car oui, ce dernier opus pour Kreator est une véritable réussite. Le groupe revient en très grande forme, n’adoucit quasiment jamais son propos pour offrir un album vif, puissant, doté de riffs qui font tourner les têtes. C’est bien simple, on ne peut qu’éprouver un profond respect pour Mille Petrozza et Ventor, qui tiennent le groupe depuis 1984 (oui, je sais, si on compte les changements de nom, Kreator est un peu plus vieux, ça va les puristes là !). Et dès le départ, les allemands comptent bien faire parler la poudre. Seven Serpents envoie un riff surpuissant après une jolie intro, et le titre ne va jamais faiblir, offrant même un excellent solo en guise de break. C’est puissant, c’est technique, et surtout, ça reste dans une veine Thrash old school parfaitement maîtrisée. En clair, l’entrée en matière est ébouriffante et donne envie pour la suite.
En balançant Satanic Anarchy derrière, le groupe s’assure une montée en pression formidable. Le titre est le plus court de l’album, mais c’est peut-être le plus rapide en termes de riffs. C’est percutant, savamment construit, et le refrain reste un très long moment dans la tête. Après cela, Krushers of the World revient à quelque chose de plus tortueux, tout en gardant une ligne de conduite bien nerveuse. Ici, il est tout simplement impossible de ne pas headbanger après l’introduction bien sombre. Les allemands ont beau avoir des années de route dans les pattes, ils sont là pour nous faire bouger et taper en rythme. Bref, en trois morceaux, on trouve trois façons d’aborder le Thrash différentes, et c’est un pur bonheur. Quant à Tränenpalast, on va avoir droit à un côté un peu cinéphilique, avec un raccord avec Suspiria de Dario Argento et les sorcières.

Le morceau est vraiment bon, et il ne laisse rien au hasard. D’ailleurs, les échanges vocaux entre Ventor et Mille sont vraiment excellents, et renforcent une ambiance déjà bien sombre. Puis derrière, le groupe nous balance Barbarian et c’est un moment assez haut dans l’album. Les riffs sont puissants, agressifs, la rythmique est d’enfer, et encore une fois, le refrain reste un très long moment en tête. Et bien entendu, on a droit à un solo très technique, et parfaitement intégré dans la mélodie. Bref, les allemands démontrent leur savoir-faire avec une certaine insolence. Blood of our Blood continue sur cet excellent chemin, même s’il reste un poil en dessous des autres. Le titre est bon, mais il n’est pas aussi marquant que les autres morceaux, car il est tout simplement plus classique. Est-ce un défaut ? Pas vraiment, car on y prend beaucoup de plaisir.
Il en va de même avec Combatants. Le titre est vraiment d’excellent facture, on prend énormément de plaisir à l’écoute, mais il n’en reste pas grand-chose par la suite. Et cela est certainement dû à un refrain qui n’est pas assez marquant, malgré une mélodie accrocheuse, et une rythmique ultra catchy. Mais derrière, Psychotic Imperator, le plus long morceau de l’album, vient nous taper très fort derrière la nuque, avec une construction progressive et une envie de mettre en avant une ambiance apocalyptique et délétère. Les allemands sont vraiment très bons dans cet exercice. Cela est alors contrebalancé par le percutant et sec Deathscream qui en fait pas de chichi et fonce droit dans nos tympans. Cela annonce alors un dernier titre plus doux qu’à l’accoutumée, mais qui marque via son refrain mémorable. Loyal to the Grave risque d’en décevoir plus d’un, mais c’est une excellente conclusion.
Au final, Krushers of the World, le dernier album de Kreator, est un excellent cru qui force le respect. Les allemands ne montrent aucune lassitude, ni même la moindre fatigue. Ils balancent un seizième album percutant, entêtant, blindé de refrains addictifs et de riffs surpuissants. Pour faire bref, après quarante ans de carrière, ils se posent comme les tauliers du Thrash, et font grandement la nique à un grand nombre de groupes plus jeunes, et pourtant moins inspirés.
- Seven Serpents
- Satanic Anarchy
- Krushers of the World
- Tränenpalast
- Barbarian
- Blood of our Blood
- Combatants
- Psychotic Imperator
- Deathscream
- Loyal to the Grave
Note : 17/20
Par AqME
