
De: Dutch Marich
Avec Suziey Block, Eric Mencis, David Morales, Tonya Williams Ogden
Année: 2021
Pays: Etats-Unis
Genre: Horreur
Résumé:
Des amis et des proches se réunissent pour se remémorer les événements qui ont conduit à la disparition d’un amateur de plein air expérimenté dans le nord du Nevada.
Avis :
Registre horrifique intarissable, le found footage se base sur un concept simple pour justifier une patine proche de l’amateurisme et, bien souvent, rudimentaire. Les intrigues sont également attendues, dans le sens où l’on joue sur un mystère irrésolu ou une découverte fortuite avant d’amener les intervenants à un point de non-retour. Dans un style similaire, on retrouve le faux documentaire qui peut présenter deux approches distinctes. La première tient à suivre la production d’un tournage qui vire à la catastrophe ou s’oriente vers des circonstances inquiétantes. La seconde s’avance comme une rétrospective sur un fait divers avec, à l’appui, des témoignages et de potentielles révélations sur lesdits évènements. C’est dans ce dernier traitement que s’insinue Horror in the High Desert.

Le postulat initial se base sur une disparition préoccupante. Bien que l’on reste dans le domaine de la fiction, le scénario s’inspire de l’histoire de Kenny Veach. On y retrouve de nombreuses similitudes, comme sa passion pour la randonnée et les grands espaces, son activité de vidéaste et une incursion dans le désert du Nevada. Certes, il existe nombre de récits semblables. Pour autant, de tels mystères présentent une connotation tragique tout en instillant un sentiment d’angoisse. Dutch Marich s’appuie sur ces deux piliers pour étayer son propos. En cela, il convient de garder à l’esprit que Horror in the High Desert n’est pas un métrage conventionnel. Il assume parfaitement son statut de mockumentaire, quitte à abuser de ficelles narratives éculées.
« Si l’approche n’a rien de novateur, elle demeure néanmoins maîtrisée »
Si l’approche n’a rien de novateur, elle demeure néanmoins maîtrisée, tant dans l’exposition que dans l’évolution de l’intrigue. À la rigueur, on peut l’aborder sous l’angle d’un véritable documentaire, un peu comme si l’on suivait un True Crime. On y retrouve d’ailleurs de nombreuses occurrences. On songe aux témoignages des amis et de la famille, ainsi qu’à un portrait de la victime. En l’occurrence, il est aisé d’entrevoir un tempérament asocial qui lorgne vers une volonté d’évasion, pareille à 127 heures ou Into the Wild. Cela peut paraître surprenant d’évoquer de telles références pour une production horrifique, mais elles permettent de mieux appréhender l’intérêt du protagoniste envers le monde sauvage.
Le contexte étant posé, on se penche sur les circonstances de la disparition, ainsi que les investigations qui s’ensuivent. Aux élans dramatiques et à la détresse des proches, l’intrigue enchaîne sur des considérations plus inquiétantes, sinon anxiogènes. Au même titre que d’innombrables théories, les interrogations se bousculent. En l’absence d’éléments concrets, on peut songer à un accident ou une attaque animale. Puis d’autres indices tendent vers la présence d’un étranger, insufflant une menace bien plus tangible. Pour autant, l’histoire ne s’arrête pas à une hypothèse, du moins dans sa majeure partie. Il convient d’attendre la fin pour obtenir davantage de réponses. Et, même à ce stade, certains aspects laissent perplexe.
« un curieux amalgame entre Grizzly Man et Le Projet Blair Witch«
Pendant ce dénouement, on bascule dans le found footage avec la dernière vidéo de Gary Hinge. Dès lors, on distingue un curieux amalgame entre Grizzly Man et Le Projet Blair Witch. Là encore, la comparaison détonne. La première occurrence tient à un plan par trop similaire pour délivrer une ultime observation avant l’inéluctable trépas. Dans le film de Werner Herzog, on ne disposera plus que d’une reconstitution d’un enregistrement audio de l’agonie de Tim Treadwell. Pour la seconde référence, on approche d’une cabane isolée où l’on perçoit des imprécations avant de deviner une présence menaçante. La vue subjective est bien amenée, tandis que le mutisme de Gary accentue le sentiment de détresse. Malgré des éléments explicites, la suggestion reste aussi de mise sur ce qui lui est advenu.

Au final, Horror in the High Desert est un faux documentaire intéressant. Néanmoins, il convient d’accepter l’enrobage didactique et passif d’un documentaire classique pour se plonger dans cette histoire. Les amateurs d’une tension permanente peuvent donc passer leur chemin. Ici, le rythme est plus insidieux, car l’on évolue entre différentes impressions ; du pragmatisme jusqu’aux considérations paranormales. À cela s’ajoute une critique évidente de la toxicité du web, des réseaux sociaux et des communautés malveillantes qui y pullulent. Dans sa globalité, il est vrai que le métrage n’a rien de révolutionnaire. Il se révèle même prévisible dans sa progression et exploite des subterfuges faciles pour étayer sa narration. Pour autant, le film de Dutch Marich présente une atmosphère intrigante, voire oppressante. Il considère ce fait divers sous différentes perspectives, des plus folles aux plus crédibles.
Note : 13/20
Par Dante
