juillet 15, 2024

Rose Red

D’après une Idée de : Stephen King

Avec Jimmi Simpson, Nancy Travis, Matt Keeslar, Judith Ivey

Année : 2002

Nombre d’Episodes : 3

Genre : Horreur, Drame

Résumé :

Rose Red est-il vraiment hanté ? Le professeur Joyce Reardon recrute six personnes dotées chacune d’un pouvoir paranormal particulier pour percer les secrets du manoir…

Avis :

En parallèle de leur succès en librairie, les écrits de Stephen King ont connu de multiples adaptations pour le cinéma et la télévision. Devant la densité de certains de ses romans, le format de la série est particulièrement adéquat. On songe à Ça ou aux Tommycknockers. Plus rarement, l’auteur s’est essayé à des projets uniquement destinés au 7e art ou à l’audiovisuel tel que Maximum Overdrive, ainsi que Rose Red. Même si cela peut paraître étonnant, Stephen King ne s’est jamais vraiment attelé à une histoire de fantômes dans le sens classique du terme. À la rigueur, seul Shining s’en rapprochait le plus parmi ses innombrables intrigues fantastiques et horrifiques.

À l’origine, Rose Red devait être un long-métrage coproduit avec Steven Spielberg. À la suite de différends, cette collaboration prometteuse n’aboutit pas et donne lieu à une gestation pour le moins houleuse. La particularité du projet est de déployer une campagne marketing pour flouer les frontières entre fiction et réalité. La parution de l’ouvrage Le Journal d’Ellen Rimbauer laisse à penser à une découverte opportune quant au passé de la mystérieuse propriété de Rose Red. En parallèle de cette sortie littéraire, la promotion télévisuelle, l’abattage médiatique et la notoriété de Stephen King parachèvent le travail de préparation pour mettre en condition le spectateur.

D’ailleurs, le développement du contexte occupe la première des trois parties de la mini-série. L’exposition des personnages et des faits vise à soigner un background dense pour chaque protagoniste. L’alternance des points de vue, la présentation des évènements et l’évocation des différentes motivations concourent à une entrée en matière certes laborieuse en terme de rythme, mais assez habile dans son évolution. Par la suite, il est ainsi plus facile d’identifier les intervenants et d’apprécier des réactions cohérentes par rapport à ce que l’on connaît d’eux. De plus, le procédé renforce l’empathie du spectateur à leur égard.

En cela, la narration affiche une structure rigoureuse qui n’est pas sans rappeler le travail d’orfèvre de Stephen King pour ses romans les plus longs. On alterne entre plusieurs impressions où la première approche vient conforter une connotation sensationnaliste qui fait écho à la campagne marketing de la mini-série elle-même. Les investigations se parent d’une aura médiatique qui satisfait aux ambitions de la principale intéressée, le Dr Joyce Reardon. De son point de vue, on sent une volonté de triturer la réalité au profit de sa seule réputation. Ce n’est pas tant les recherches inhérentes aux enquêtes paranormales qui prévalent pour elle que la reconnaissance de ses pairs.

Si le propos n’est pas d’instiller le doute entre des faits inexplicables et une éventuelle connotation surnaturelle, il est assez évident de discerner une certaine propension à la manipulation. Comportement d’autant plus troublant puisqu’il semble également personnifier les desseins de la propriété de Rose Red elle-même. Il ne s’agit pas de possessions à proprement parler, mais d’une perception de l’environnement biaisée par les phénomènes paranormaux. Dans un premier temps, on songe à la théorie de la mémoire des murs avant que les esprits s’animent d’intentions manifestes, rendant le danger plus prégnant.

Bien qu’il s’agisse d’un huis clos fantastique, on notera un terrain d’exploration des plus vastes. La prédominance des espaces intérieurs donne lieu à une curieuse cohérence architecturale. D’emblée, Rose Red n’est pas sans rappeler le manoir Winchester, bien réel celui-ci. La multitude de pièces et la construction presque ininterrompue de la demeure vont en ce sens. L’une des principales touches d’originalité tient à ce que les pièces et leur agencement se meuvent de manière aléatoire, comme si la propriété possédait une conscience, une volonté à faire s’égarer les visiteurs. Le résultat est d’autant plus intéressant qu’il crédibilise la perte de repères à chaque détour.

Du côté des bémols, certains phénomènes s’avèrent éculés. Pour un public familier du genre, les sursauts pointent aux abonnés absents, car ils sont suggérés de façon trop explicite. De même, on notera des effets spéciaux vieillissants. Cela vaut surtout pour des trucages numériques basiques qui, lors de la conclusion, démontrent leurs limites. D’une approche sensiblement psychologique, le dénouement manque de crédibilité dans ses ultimes révélations. De plus, il se pare d’atours spectaculaires mal amenés, puisque trop abrupts dans la mise en scène des confrontations. De ce côté, on souffle donc le chaud et le froid.

Au final, Rose Red s’avance comme une histoire de maison hantée appréciable. Le récit et l’atmosphère ne sont pas sans rappeler La Maison des damnés de Richard Matheson ou Hantise de Shirley Jackson. Si la progression semble longue, la narration vise surtout à soigner la caractérisation de ses protagonistes, tout en justifiant la teneur même de l’intrigue. La découverte de la propriété abandonnée se révèle immersive et nuancée pour adapter chaque manifestation aux perceptions et pouvoirs de médiumnité des personnages. Si l’on distingue quelques heurts formels sur l’esthétisme de certains phénomènes paranormaux, il en ressort une incursion probante dans un genre où il est pourtant difficile de se démarquer.

Note : 14/20

Par Dante

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