mars 3, 2024

Bonnard, Pierre et Marthe – Derrière Chaque Homme, il y a une Femme

De : Martin Provost

Avec Vincent Macaigne, Cécile De France, Stacy Martin, Anouk Grinberg

Année : 2024

Pays : France

Genre : Biopic

Résumé :

Pierre Bonnard ne serait pas le peintre que tout le monde connaît sans l’énigmatique Marthe qui occupe à elle seule presque un tiers de son œuvre…

Avis :

Martin Provost est un réalisateur qui s’est grandement fait remarquer en 2008, lorsqu’après une belle dizaine d’années de carrière, il réalise « Séraphine » avec Yolande Moreau. À ce moment-là, le metteur en scène rencontre un succès public et critique, avec ça, il rafle l’année suivante pas moins de sept César, dont le précieux César du meilleur film. Depuis, Martin Provost continue à nous raconter des histoires avec une moyenne d’un film tous les deux ou trois ans. S’intéressant beaucoup aux femmes, après « Violette« , « Sage femme« , ou encore « La bonne épouse« , voici que le réalisateur revient avec un film qui parlera de peinture.

D’ailleurs, à la sortie de « Séraphine« , Martin Provost avait été approché par la nièce de Marthe Bonnard, pour faire un film sur elle, mais le réalisateur n’avait pas encore envie de refaire de suite un film sur la peinture. Il lui aura fallu attendre plus de dix ans, le covid et surtout un confinement, pour que le réalisateur s’intéresse à Marthe Bonnard ainsi qu’à son mari, le peintre Pierre Bonnard. Quatre ans après le mitigé « La bonne épouse« , Martin Provost est donc de retour dans les salles obscures pour ce qui se pose comme l’un de ses plus beaux films.

«  »Bonnard Pierre et Marthe » est une superbe histoire d’amour. »

Portrait de couple plus que le portrait d’un homme et d’une femme, ou encore de la place de l’art dans un couple, « Bonnard Pierre et Marthe » est une superbe histoire d’amour. Un film qui arrive à être romantique et romanesque, tout en ayant des zones d’ombre. Puis avec ça, c’est aussi un sublime film d’époque, à l’esthétisme incroyable. Alors si on ajoute à cela les performances magiques de Vincent Macaigne et Cécile de France, on trouve ici un film qui se pose comme une pure surprise émouvante et envoûtante. Un vent d’air frais qui, comme ses heureux personnages, laisse un sentiment de liberté, et une folle envie de courir et de se baigner nu dans la Seine du début du siècle dernier. Bref, un magnifique coup de cœur !

Paris, 1893, Pierre Bonnard, petit peintre qui commence à se faire un nom, demande à une jeune femme si elle veut bien poser pour lui. Cette jeune femme, c’est Marthe Boursin, et aucun d’eux ne le sait encore, mais ce jour-là, pour l’un comme pour l’autre, c’est la rencontre d’une vie. Tombant fou amoureux, malgré les différences, les infidélités, les moments moins beaux de la vie, Pierre et Marthe vont passer leur vie ensemble, et Marthe va devenir la muse de l’homme de sa vie.

Pierre Bonnard est un peintre dont je n’avais jamais entendu parler avant ce film, et ne serait-ce que pour cela, le film de Martin Provost mérite qu’on y jette un coup d’œil, car après le film, j’ai été voir ce que l’artiste faisait, et j’y ai découvert un peintre intéressant, plein de couleurs et plus largement dont j’aime bien le style et les peintures.

« C’est superbement écrit, et ça fait beaucoup de bien. »

« Bonnard, Pierre et Marthe« , c’est un vent de fraîcheur et de romantisme qui souffle dans les salles obscures. Là où je m’attendais à découvrir un film qui ressemblerait à beaucoup de ce que l’on connait des biopics, avec les démons et les maux de l’artiste, et toujours derrière lui, une femme qui est là pour le soutenir, ce qui illustre la célèbre phrase « – Derrière chaque grand homme se cache une femme », et bien ici, il va y avoir un peu de ça, mais le film de Martin Provost va beaucoup plus s’axer sur un couple et son histoire d’amour. Une histoire d’amour qui s’étale sur une cinquantaine d’années, de leur rencontre magique et romanesque, à leur séparation, humaine, tendre et bouleversante.

Tenu par un scénario ô combien superbe, ici le réalisateur nous raconte cet homme et cette femme, avec ce qu’il faut de romantisme, de joies et de doutes, d’amour, de drames, d’engueulades, et de vie. L’ouverture et les premières minutes qui s’ensuivent sont une véritable lune de miel, qui nous saisit et nous emporte dans un vent de bonheur, de rires, d’étreintes charnelles et de mots d’amour. Ensemble, ils sont beaux, et leur bonheur est communicatif.

Puis par la suite, pour raconter cinquante ans de vie, le film fait des ellipses de plusieurs années, voire même des décennies, et c’est là qu’on reconnait la patte d’un grand scénariste et metteur en scène, car chaque arrêt que fait Martin Provost dans l’histoire de ces personnages est toujours pertinente et ça raconte quelque chose d’intéressant, sur le couple, la routine, les hauts, les bas, la vie de couple et plus largement l’histoire de notre pays, car à l’époque où ces personnages ont vécu, évidemment, ils s’est passé beaucoup d’évènements, et ça, ça rend cette histoire encore plus intense et passionnante. Bref, c’est superbement écrit, et ça fait beaucoup de bien.

« Vincent Macaigne et Cécile de France sont absolument formidables. »

Puis avec ça, que dire de ces deux acteurs principaux ? Si on y trouve de bons seconds rôles, savoureusement interprétés, notamment André Marcon en Claude Monet ou Anouk Grinberg dans le rôle d’une amie troublante, le souffle amoureux, et toutes les émotions qui s’ensuivent, on les doit avant tout à Vincent Macaigne et Cécile de France qui sont absolument formidables. Le premier trouve encore une fois un rôle très différent et démontre qu’il peut tout jouer, et la deuxième est bouleversante dans la peau de cette femme bien plus complexe qu’elle n’en a l’air.

Si le fond est merveilleux, la forme l’est tout autant. Magnifiquement tenu sur deux heures, on sent Martin Provost amoureux de son sujet, et surtout, on sent bien qu’il a pensé chaque plan de son film. « Bonnard, Pierre et Marthe » est un film qui parle de peinture, et le cinéaste est très influencé, et il va alors construire chaque plan de son film comme un tableau animé. Beau, sublime même, empreint de poésie et de lyrisme, « Bonnard, Pierre et Marthe » est aussi beau à suivre qu’à regarder, et à écouter aussi, car en plus de dialogues qui m’ont fait vibrer, le film tient une des plus belles BO que j’ai pu entendre depuis bien longtemps. La BO est tirée de l’album « Scenes » de Michael Galasso (violoniste qui avait composé la BO de « Séraphine » de Martin Provost) et si le disque date de 1982, les notes de violons s’adaptent parfaitement au film, à ses scènes et à ce qu’il raconte.

Ce soir-là, je pensais voir un joli film qui aurait été intéressant et classique, car il n’aurait été qu’un énième biopic de plus, et finalement, c’est tout autre chose que j’ai trouvé là. Magnifique et bouleversant, « Bonnard, Pierre et Marthe » m’a totalement conquis. J’ai ri, j’ai pleuré, j’ai été envahi d’émotions, et plus loin encore, ce film m’a donné envie de rejoindre ces personnages et de courir moi aussi nu dans une forêt et me jeter dans la Seine. Bref, j’ai eu un immense coup d’amour pour ce film qui, dans ce que j’ai pu voir de la filmographie de Martin Provost, se pose très largement comme ce que j’ai vu de plus beau.

Note : 18/20

Par Cinéted

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