juin 24, 2024

Excroissance

Titre Original : Appendage

De : Anna Zlokovic

Avec Hadley Robinson, Emily Hampshire, Deborah Rennard, Kausar Mohammed

Année : 2023

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Après un point de rupture, les pensées les plus intimes d’Hannah se matérialisent en une créature monstrueuse qui menace de ruiner sa vie.

Avis :

Transformer un court-métrage en long est une pratique très courante qui se fait dans tous les genres cinématographiques. Pour cela, il suffit d’un court qui a cartonné lors de festivals, de producteurs un peu véreux qui ont vu un potentiel pécunier, et d’un réalisateur qui rêve de gloire en ayant la possibilité de faire son premier « vrai » film et donc d’avoir plus de visibilité pour potentiellement faire d’autres métrages. Ce fut le cas pour David F. Sandberg avec Dans le Noir, et c’est aussi le cas pour Anna Zlokovic avec Excroissance (ou Appendage en version originale). Ce dernier avait de nombreux atouts pour attirer l’attention, entre son pitch étrange, sa direction qui semblait aller vers du Body Horror à la Cronenberg et une jeune réalisatrice en devenir. Mais notre curiosité ne fut pas récompensée et c’est un chemin de croix qu’il a fallu affronter.

Ici, on nous propose de suivre Hannah, une jeune femme percluse de doutes, autant sur sa vie familiale que sentimentale et professionnelle. Elle a du mal à communiquer avec ses parents, issus d’un milieu très bourgeois. Elle laisse un peu de côté son petit ami pour se consacrer à son travail, mais voit d’un mauvais œil le rapprochement avec sa meilleure amie. Et au niveau du boulot, elle se met une pression de dingue pour produire une robe originale afin de satisfaire un couturier exigeant et harceleur. Bref, ce n’est pas la joie dans la vie d’Hannah, et pour couronner le tout, ses frustrations se matérialisent sous la forme d’une excroissance qui va prendre vie et lui parler. Et plus elle écoute ce petit monstre, plus ce dernier grandit et devient virulent. En faisant des recherches, Hannah trouve des personnes qui sont dans son cas et va les rencontrer.

« Le pitch de base est assez incongru et laisse deviner un petit film qui lorgnerait vers le Body Horror. »

Le pitch de base est assez incongru et laisse deviner un petit film qui lorgnerait vers le Body Horror, avec la transformation physique d’une jeune femme qui n’arrive pas à gérer sa vie. Et à quelque part, c’est ce que l’on va avoir très vite. Dès la première scène, on voit un renflement sur le corps du personnage principal, renflement qui gonfle à chaque fois qu’elle ne gère pas une situation, que ce soit en famille, avec son petit ami ou au boulot. On nous présente alors une femme très stressée, qui doute d’elle et n’arrive pas à dire les choses aux gens. De son mal-être va naître une petite créature qui ressemble à une crotte. Et à chaque fois qu’elle écoute cette crotte, cette dernière grandit et prend de plus en plus forme humaine. Pourquoi pas ?

On a déjà vu des films où les frustrations prennent des formes diverses et variées, et Excroissance peut prétendre à un fond accrocheur, où tous les maux rencontrés par l’héroïne deviennent un monstre qui va la ronger petit à petit. Cela aurait pu être malin, si seulement l’héroïne en question était intéressante. Malheureusement pour nous, on va être confronté à une femme mutique, qui subit sans arrêt, n’ose pas dire les choses, et ne cherche finalement qu’une chose, briller partout, tout le temps. Elle fait figure d’égoïsme, et refuse en plus l’aide des gens alentour, comme sa meilleure amie, dont elle va être jalouse, ou son petit ami qui lui confie des trucs intimes sur sa famille, et qu’elle rejette comme une malpropre. Dès lors, difficile de ressentir de l’empathie envers ce personnage, qui est en plus très mal interprété par Hadley Robinson.  

« Le film sombre dans un bis scabreux et sans aucun intérêt. »

Mais au-delà de ce personnage, le film va tenter d’apporter des explications sur l’existence de ce monstre à travers une table ronde où plusieurs personnes vivent la même expérience. Dès lors, on nous raconte des trucs à base de double ADN qui n’ont aucun sens, et on va vite deviner que la vie du monstre est intimement liée à la vie de son hôte. Voulant faire un plot twist aux trois quarts du film, la réalisatrice nous plonge alors dans une manipulation de masse où l’héroïne se fait remplacer par sa crotte qui devient un sosie d’elle-même et profite pleinement de la vie. Sauf que les incohérences vont être multiples, et le film sombre dans un bis scabreux et sans aucun intérêt. Le fond n’a plus de sens, on se retrouve avec quelques effets un peu sales qui ne fonctionnent qu’à moitié.

Et d’un point de vue technique, Excroissance ne remplit qu’à moitié son taf. C’est-à-dire que c’est totalement lambda comme réalisation. Aucun plan n’est vraiment beau, il n’y a pas de recherche de lumière ou d’éclairage, et le seul intérêt que l’on peut avoir, c’est le choix old school de faire une créature en animatronic tout moche. La bestiole en devient ridicule, mais c’est un choix judicieux car cela montre le côté pathétique du monstre, tout en évitant des CGI numériques immondes. Le film fait plus bis années 80 que nanar Asylum des années 2000. Il est dommage que l’ambiance ne soit pas plus mortifère, ou étrange, la réalisatrice faisant alors le choix d’un scénario bancal qui ne va jamais au bout des choses. Et le casting est un enfer, ou tout un chacun joue comme une patate, dans des rôles stéréotypés sans aucun intérêt.

Au final, Excroissance est un très mauvais film qui emprunte des idées à droite et à gauche, mais n’arrive jamais à livrer quelque chose d’effrayant ou de dramatique. On se retrouve face à une histoire pénible à suivre, autour d’un personnage que l’on va rapidement détester, qui semble converser avec sa merde, avant de se faire bouffer tout cru. Même au niveau de la réalisation, rien ne restera dans nos mémoires, tant c’est fait sans réel ambition. Bref, il est étonnant de trouver un tel film sur Disney+ qui, en matière d’horreur, commence dangereusement à râcler le fond de la cuvette…

Note : 03/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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