février 28, 2024

Mon Crime – Ozon et les Femmes

De : François Ozon

Avec Nadia Tereszkiewicz, Rebecca Marder, Isabelle Huppert, Fabrice Luchini

Année : 2023

Pays : France

Genre : Comédie, Policier

Résumé :

Dans les années 30 à Paris, Madeleine Verdier, jeune et jolie actrice sans le sou et sans talent, est accusée du meurtre d’un célèbre producteur. Aidée de sa meilleure amie Pauline, jeune avocate au chômage, elle est acquittée pour légitime défense. Commence alors une nouvelle vie, faite de gloire et de succès, jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour…

Avis :

Auteur éclectique et infatigable, François Ozon est l’un de nos cinéastes les plus prolifiques. Débutant dans les années 80, Ozon, c’est déjà trente-cinq ans de cinéma, énormément de courts-métrages, et derrière ça, pas moins de vingt-deux films depuis 1998 et son « Sitcom« . Réalisateur indéfinissable, François Ozon reste un metteur en scène curieux et audacieux, qui offre au public des expériences de cinéma toutes plus différentes les unes que les autres. Ainsi, Ozon a déjà fait du drame, de la comédie, du cinéma social, sociétal et engagé. Il s’est déjà amusé avec les clichés, avec les caricatures, il a déjà adapté des pièces de théâtre ou des romans… Bref, le cinéma de François Ozon est la somme de beauté, de passion, d’envie et d’amour.

Neuf mois après son « Peter Von Kant« , François Ozon est déjà de retour en salle et cette fois-ci, il nous revient avec l’adaptation d’une pièce de théâtre oubliée de George Berr et Louis Verneuil datant des années 30. S’aventurant de nouveau dans la comédie pure, « Mon crime » signe le retour d’un très grand François Ozon. Un François Ozon des « 8 femmes » et « Potiche« . Un François Ozon du rire et en même temps un François Ozon engagé, qui plaide la cause de la femme dans les années 30, toute en la faisant résonner aujourd’hui. Et derrière ça, le réalisateur se moque quelque peu de la justice, et un peu plus loin encore, du patriarcat.

«  »Mon crime » est une comédie qui n’arrête pas une minute. »

Génial divertissement, « Mon crime » est une comédie qui n’arrête pas une minute, tenue par un rythme soutenu qui ne faiblit jamais, tenue par un texte incroyable, et des actrices et des acteurs géniaux pour faire vivre ce texte et cette histoire. Tenu par une reconstitution bluffante du Paris des années 30, ce nouveau François Ozon se pose et s’impose directement comme l’une de ses meilleures comédies, et même l’un de ses meilleurs films.

Madeleine Verdier est une jeune actrice sans le sou, qui habite avec sa meilleure amie, une avocate qui a bien du mal à vivre de son métier. Un jour, la jeune femme est accusée du meurtre d’un grand producteur de cinéma. Le procès est retentissant et après délibération, la légitime défense lui est reconnue. La vie de Madeleine change alors du jour au lendemain, la jeune femme croulant sous les propositions. Mais a-t-elle vraiment tué ce producteur de cinéma ?

Les années 2020 ont commencé depuis quatre ans déjà, et « Mon crime » est le quatrième film de François Ozon, c’est dire si le cinéaste français est prolifique et derrière ça, ce qui est le plus étonnant, c’est qu’il fait preuve d’une régularité assez incroyable. Après le drame solaire dans les années 80, après un drame teinté de comédie sur la fin de vie, après le portrait d’un réalisateur, voici que François Ozon, treize ans après « Potiche« , revient à la comédie pure, avec une intrigue plus sérieuse qu’elle n’y paraît.

« On y parle place de la femme, justice, droit des femmes, patriarcat, opinion publique, lutte des classes, cinéma, mariage, politique… »

Pour ce nouveau film, François Ozon a envie d’amuser son public, voire plus encore (pour ma part, je dois avouer que je me suis éclaté avec ce film), en nous entraînant dans une comédie qui demande plus que de simples gags. « Mon crime« , c’est l’œuvre d’un auteur exigeant avec lui-même, avec son cinéma, mais aussi avec le public.

En adaptant cette pièce de théâtre qu’il a beaucoup réécrit pour la faire résonner avec notre époque, François Ozon nous entraîne alors dans un film d’enquête, puis d’arnaque. Ce qui est excellent avec « Mon crime« , c’est qu’il est un film qui « mute » en permanence, nous réservant au gré de ses rebondissements (ou des manipulations) de bonnes surprises et surtout de quoi piquer sans cesse notre curiosité, notre intérêt et notre plaisir. Puis à travers l’histoire de cette jeune actrice accusée de meurtre, François Ozon en profite pour passer en revue tout un tas de sujets. Ici, on y parle place de la femme, justice, droit des femmes, patriarcat, opinion publique, lutte des classes, cinéma, mariage, politique… Bref, c’est vraiment une histoire riche et dense que nous offre le réalisateur.

Une richesse qu’on retrouve aussi dans l’écriture de sa comédie. « Mon crime » est un film qui impose un rythme qui ne se perd jamais. Mieux encore, on pourrait dire que plus l’intrigue d’Ozon avance et plus son film enchaîne les rebondissements, mais aussi les gags, car comme je le disais plus haut, « Mon crime » est une pure comédie capable, avec certaines punchlines, de déclencher des éclats de rire. D’ailleurs, François Ozon a aussi imposé une tenue à sa comédie, qui passe par tout un tas de genres comiques. Absurde, comédie dramatique, loufoque, vaudeville, pastiche, caricature… François Ozon mélange tout ça, et c’est tout bonnement excellent.

« Ce qui fait aussi que « Mon crime » fonctionne si bien, c’est bien entendu ce casting impérial qu’a réuni François Ozon. »

Au gré de son histoire et de ses scènes, François Ozon en profite aussi pour distiller tout un tas de clins d’œil et autres hommages, et il le fait avec intelligence, voire même cinéphilie, ce qui démontre encore une fois l’exigence d’Ozon envers son public. Parfois, au détour d’une scène ou d’une réplique, on pense au cinéma de Lubitsch, de Truffaut, de Demy, de Wilder.

Ce qui fait aussi que « Mon crime » fonctionne si bien, c’est bien entendu ce casting impérial qu’a réuni François Ozon. Un casting qui fonctionnerait presque comme une surprise, car le réalisateur va savoir distiller et faire entrer son personnage au gré de l’intrigue, et par conséquence, il distille ses acteurs, et chacun va y trouver un rôle intéressant qui sert fort bien l’intrigue.

« Mon crime« , bien entendu, c’est tout d’abord un duo d’actrices qui fonctionne à merveille. Ainsi, Nadia Tereszkiewicz y campe Madeleine, jeune actrice sans le sou et moins innocente qu’elle n’y paraît. L’actrice a travaillé, imposant un personnage passionnant qui ne ressemble en rien à ce que la comédienne a déjà joué. À ses côtés, on trouve Rébecca Marder, tout aussi excellente dans la peau d’une jeune avocate qui embrasse et manipulerait presque la cause des femmes. Les deux actrices sont géniales, et on adore passer du temps en compagnie de leurs personnages.

«  »Mon crime » fait renaître le Paris des années 30 avec énormément de crédibilité et de détails. »

Puis autour d’elles, François Ozon nous a réservés tout un tas de surprises dans des rôles géniaux (vraiment géniaux), à commencer par Fabrice Luchini qui est hilarant en juge qui se trouve être la plus grande nouille de Paris (son duo avec Olivier Broche fonctionne à merveille). Puis on trouve un Dany Boon, tout accent marseillais de sortie, une Isabelle Huppert qui pourrait presque faire penser à Cruella d’Enfer, un André Dussollier en grand nigaud, et un grand Michel Fau, puis Régis Laspalès, Félix Lefèbvre, Daniel Prévost (qui n’est pas à la Comédie-Française…), Myriam Boyer, Evelyn Buyle, Edouard Suplice, Jean-Christophe Bouvet… Bref, ce casting est mordant et parfait, et tous trouvent un rôle qui existe et fait avancer l’intrigue. Oui, plus loin encore, on sent vraiment que tout le monde s’éclate.

Enfin, « Mon crime » est aussi un François Ozon magnifique visuellement parlant. « Mon crime » fait renaître le Paris des années 30 avec énormément de crédibilité et de détails. François Ozon et son équipe ont fait preuve d’une grande exigence et ça se voit dans les décors, les costumes, les déplacements, et aussi du côté de la lumière et des effets numériques, qui aident en permanence le film. Puis le tout est accompagné par les notes du complice de (presque) toujours Philippe Rombi, qui retrouve le cinéaste après « L’amant double« , et signe encore une fois une très belle BO pour son réalisateur préféré.

Ainsi, ce nouveau François Ozon est un grand cru. Comédie hilarante et intelligente, film en forme d’enquête avant de muter en arnaque, tenu par une qualité d’écriture et une qualité d’interprétation qui tient des surprises, « Mon crime » amuse, nous fait éclater de rire et derrière ça, il nous tient avec son intrigue plus complexe qu’elle n’en a l’air. À bien des égards, des arguments et des émotions, ce nouveau François Ozon peut prétendre à entrer dans le Panthéon des meilleures comédies de son auteur, et même plus largement parmi ses meilleurs films. Bref, c’était fun, terrible, et j’ai d’ores et déjà envie de le revoir.

Note : 18/20

Par Cinéted

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