janvier 27, 2023

Pour une Poignée de Dollars

Titre Original : Per un Pugno di Dollari

De : Sergio Leone

Avec Clint Eastwood, Marianne Koch, Wolfgang Lukschy, John Wells

Année : 1964

Pays : Espagne, Italie, Allemagne

Genre : Western

Résumé :

Deux bandes rivales, les Baxter, trafiquants d’armes, et les Rojo, qui font de la contrebande d’alcool, se disputent la suprématie et la domination de la ville de San Miguel, au sud de la frontière américano-mexicaine. Un étranger, vêtu d’un poncho, arrive à dos de mulet dans cette petite ville et s’immisce entre les deux bandes. Proposant d’abord ses services aux Rojo, l’étranger va très vite tirer profit des deux camps à la fois, à la grande joie du fabricant de cercueils Piripero.

Avis :

Dès que l’on aborde le western spaghetti, un nom arrive en premier, celui de Sergio Leone. Commençant comme assistant sur des films italiens comme Le Voleur de Bicyclette de Vittorio de Sica ou sur des films américains tournés en Italie comme Ben-Hur de William Wyler, le jeune garçon va rapidement se mettre à écrire, puis à réaliser des péplums. Cependant, son premier gros succès, il le doit à son premier western, Pour une Poignée de Dollars. Initiant par la même occasion sa trilogie du dollar, il va surtout montrer un talent inné dans la mise en scène, mais aussi dans la création de personnages mutiques et mystérieux, dont le seul but est leur intérêt personnel. Film devenu culte au fil des ans, il installe aussi un acteur, Clint Eastwood, qui va irradier la pellicule de son charisme et devenir la star internationale que l’on connait aujourd’hui.

Le scénario du film est simple. Un homme, mystérieux, arrive dans la petite bourgade de San Miguel. Il voit alors un petit enfant et son père se faire rabrouer. En se rendant en ville, il fait la connaissance des frères Baxter, qui lui tire dans les jambes pour le faire partir. L’homme se réfugie dans le saloon où il va apprendre que la ville est sous le joug de deux familles, les Baxter qui gère le trafic d’armes, et les Rojo qui font dans l’alcool. L’homme y voit alors un moyen de se faire de l’argent, en créant la zizanie entre les deux familles, et venir aussi en aide à la veuve et l’orphelin. Avec cette histoire, Sergio Leone pose les bases de ce que va être sa trilogie, à savoir un homme mystérieux qui va s’en prendre à de gros cartels pour faire régner une certaine justice.

« L’autre point intéressant de ce film réside dans la vision assez nihiliste de l’être humain. »

Mais une justice qui lui est propre et qui ne sert que ses intérêts. En effet, si dans le film, l’homme va aider une famille à se sortir des griffes d’une famille, c’est car il y voit l’opportunité de se faire de l’argent, et de créer un peu plus de conflit entre les deux bandes rivales. Ce personnage sera bien entendu cristallisé par Clint Eastwood, qui lui donnera ses lettres de noblesse. Entre ce regard plissé (non voulu à la base, car c’est à cause des projecteurs que l’acteur a ce regard-là), sa tenue, son côté mutique et sa qualité de tir, l’acteur iconise un personnage qui lui collera à la peau à de nombreuses reprises, et pour des films qui ne seront pas réalisés par Sergio Leone. On peut citer L’Homme des Hautes Plaines par exemple, et dans une moindre mesure, Josey Whales Hors-la-Loi.

L’autre point intéressant de ce film réside dans la vision assez nihiliste de l’être humain. Dans ce film, il y a peu, voire pas, de personnes de confiance, et chacun veut tirer la couverture à soi pour gagner plus d’argent. Quitte à s’entretuer, comme on peut le voir au début, lorsque les Rojo abattent sans vergogne des mexicains pour récupérer un précieux butin. Sergio Leone démontre que l’appât du gain est plus fort que la famille ou même l’amour. Ainsi donc, les femmes sont traitées comme des objets et tout le monde se méfie de tout le monde, car on n’est pas à l’abri d’un couteau dans le dos. Même pour le héros, rien n’est vraiment acquis, comme on pourra le voir sur la fin. Une fin qui va inspirer d’ailleurs d’autres grands cinéastes, comme Sam Peckinpah et sa Horde Sauvage.

« La mise en scène de Sergio Leone fait partie des grands atouts de ce film. »

La mise en scène de Sergio Leone fait partie des grands atouts de ce film. Alors que dans les années 60, le western tombe un peu en désuétude, il va retrouver une seconde jeunesse en Italie et ce premier film va poser les bases d’une réalisation qui sera maintes fois copiées. On pense bien évidemment aux gros plans sur les regards des pistoleros. On peut aussi citer les plans larges et autres plans américains qui deviendront une référence par la suite. Mais au-delà de tout ça, la violence débridée de la fin donnera ses lettres de noblesse au genre, avec notamment une sorte de nihilisme surprenant, où femme et enfant seront aussi des victimes de la folie des hommes. Une violence qui se synthétise autour de deux affrontements sanglants, à la mise en scène différente, sombre pour la victoire des méchants, et lumineuse quand c’est Eastwood qui règle ses comptes.

Au final, Pour une Poignée de Dollars est un très bon film, et une bonne entame pour se faire la trilogie du dollar. Même si on peut noter un rythme assez lent et une baisse de régime en son milieu, il n’en demeure pas moins que Sergio Leone mène bien sa barque et délivre tous les codes qui seront réutilisés dans tous les westerns suivants. Imparfait donc, le long-métrage arrive tout de même à insérer quelques éléments intéressants, comme la cruauté de l’homme et son appétence pour le pouvoir et l’argent, quitte à trahir les siens. Bref, un film intemporel qui bénéficie, en outre, d’une superbe restauration.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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