juillet 20, 2024

Batman/Catwoman

Auteurs : Tom King, Liam Sharp, Clay Mann et John Paul Leon

Editeur : Urban Comics

Genre : Super-Héros

Résumé :

Batman et Catwoman se sont rencontrés, sont tombés amoureux et ont eu une vie heureuse. À la mort de Batman, Catwoman règle les derniers comptes d’une vie passée à évoluer entre les ombres. Son compagnon disparu, elle a désormais toute latitude pour rendre visite, une dernière fois, à une vieille connaissance à l’humour douteux…

Avis :

Il est difficile de faire couple plus culte dans la pop culture que Batman et Catwoman. Même des Superman et Loïs Lane ou des Joker/Harley Quinn ne font pas le poids, et cela pour une raison bien précise, ils n’ont pas la dichotomie du couple phare. C’est-à-dire que ce sont soit des gentils, soit des méchants, mais ils n’ont pas forcément cette rupture, cette ambivalence entre un super-héros sombre et une voleuse qui hésite constamment entre ses deux facettes. De ce fait, il fallait un scénariste couillu pour prendre les rênes de cette relation, et c’est avec Tom King (excellent Rorschach) qui va s’attaquer à l’analyse du couple à travers une triple narration qui évoque le couple à différents moments. Un peu bordélique, parfois touchant et quelques fois anarchiques, il en résulte néanmoins un travail intéressant sur ce couple sulfureux, qui bat de l’aile à cause du Joker.

Le début de cette aventure est très touchant, et il sera très difficile de ne pas retenir ses larmes. En effet, afin de bien nous percuter, en quelques instants, Tom King raconte l’idylle entre Batman et Catwoman, jusqu’à la fin de vie de Bruce Wayne, qui souffre alors d’un cancer et meurt, entouré des gens qui l’aiment. Un peu à la manière d’un Là-Haut version mature, on va ressentir toute la tristesse de Selina Kyle et sa volonté de se venger du Joker, promesse qu’elle s’est faite à elle-même. Ce qui touche vraiment dans cette introduction, c’est la simplicité des sentiments, la relation touchante entre les deux héros et la déliquescence progressive d’un Bruce Wayne qui perd les pédales petit à petit. Il n’y a pas de surenchère, pas de grands vilains, juste la maladie qui ronge cet être humain. C’est assez inattendu et ça fonctionne à plein régime.

Par la suite, les choses vont un peu se corser. Si les dessins sont toujours aussi beaux et le découpage formidable, on va tomber dans une triple narration à différents moments dans le temps. Le scénariste va vouloir raconter l’histoire des amoureux après la mort de Batman (où l’on va voir Catwoman rendre visite au Joker et avoir une relation tumultueuse avec sa fille, Helena, qui a pris la place de son père), puis il raconte aussi les liens étranges entre Catwoman et le Joker, fragilisant l’amour entre Batman et cette dernière. Enfin, on aura les débuts de cette histoire d’amour, où les deux héros se posent des questions sur ce qu’ils sont l’un pour l’autre, mais aussi ce qu’ils représentent aux yeux de la société, entre le bien et le mal. Tout cela aurait pu être très intéressant, mais malheureusement, dans le démarrage, on va être totalement perdu.

En fait, on a surtout l’impression que cette triple narration n’est là que pour complexifier une intrigue qui est bien trop simple. Sauf que la simplicité du départ perd en intensité, et on se retrouve surtout face à une Catwoman à différents âges, qui doit faire front à divers problèmes. Le poids d’une mère qui se trouve un peu indigne, et qui va devoir se confronter à sa fille qui représente la justice. Le poids d’une vilaine qui tombe amoureuse d’un héros, et qui ne sait plus ce qu’elle représente aux yeux de la société. Le poids d’une femme qui entretient une relation ambiguë avec un super-vilain, mettant à mal son couple. Tous ces thèmes sont forts et légitimes, mais en les mélangeant les uns aux autres sans trop d’explication, on reste de marbre en essayant de tout comprendre. Un chapitrage plus simple n’aurait-il pas été plus sage ?

Heureusement, tout cela est servi par des dessins superbes. Les deux bonhommes ont vraiment une superbe patte graphique, même si on voit une grande différence de style. Cela peut nous sortir de l’histoire, mais on raccroche vite les wagons, même si l’un est plus « dark » que l’autre. De plus, en bonus, on a droit à quelques conclusions assez agréables, notamment lorsqu’il faut évoquer la maternité de Catwoman et le relai des parents pour arpenter les rues de Gotham et garder la petite Helena. Le regretté John Paul Leon offre un petit aparté touchant et bien fichu, qui renoue avec les sentiments du début, sans se prendre la tête sur une narration éclatée. Et c’est clairement là le plus gros défaut de ce pavé, celui de vouloir à tout prix jouer avec la temporalité, alors qu’il aurait été plus judicieux de faire quelque chose de simple et de touchant.

Au final, Batman/Catwoman est un récit assez particulier, qui détient un début tonitruant et une jolie fin, mais qui pêche un peu en son milieu. Tom King cherche trop à rendre son intrigue complexe pour relater la relation entre les deux tourtereaux, et finalement, il ne s’axe que sur Catwoman et ses ressentis. Cela aurait pu être excellent si la temporalité restait simple et sans faire des chichis pour se la jouer à la Nolan. Bref, cela reste tout de même un bon moment de lecture, idéal pour les fêtes de fin d’année (cela se passe à Noël), et qui bénéficie de dessins superbes, octroyant une belle aura à l’ensemble.

Note : 15/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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