juillet 15, 2024

Wonder Woman Historia

Auteurs : Kelly Sue DeConnick, Phil Jimenez, Gene Ha, Nicola Scott

Editeur : Urban Comics

Genre : Fantasy

Résumé :

Il y a des millénaires, la reine Héra et les déesses du panthéon olympien se sont montrées très insatisfaites de leurs homologues masculins. Loin de leur regard, elles mirent un plan à exécution : une nouvelle société était, une société jamais vue sur Terre, capable de choses merveilleuses et terribles : les Amazones. Mais leur existence ne pouvait rester secrète éternellement, si bien que lorsqu’une femme désespérée du nom d’Hippolyte croisa leur chemin, une guerre totale entre le ciel et la Terre débuta, et sans que personne ne puisse l’imaginer, allait mener à la naissance de la plus grande gardienne de la Terre !

Avis :

Pour les rompus aux aventures super-héroïques, il est parfois difficile de trouver un autre récit qu’une histoire entre un gentil et un méchant qui a un plan diabolique. Si les scénaristes américains s’évertuent à trouver de nouvelles menaces, parfois, on a la sensation de tourner un peu en rond. Et ce ne sont pas les différentes origin stories à travers les différents âges qui y changeront quelque chose. Avec Wonder Woman Historia, Kelly Sue DeConnick (déjà connue pour son travail sur Avengers, Spider-Man ou encore Aquaman) va proposer autre chose, puisqu’ici, il ne sera pas question de la super-héroïne, pas même de ses origines. Ici, on aura droit à la naissance des amazones et la confrontation entre les déesses et les dieux du panthéon grec. Un choix mythologique audacieux qui aboutira à la naissance de Diana, que l’on découvrira dans les toutes dernières pages.

Le point de départ est assez simple. Le monde est dominé par les hommes, et ces derniers sont tout simplement odieux avec les femmes. Elles sont humiliées, battues, tuées, réduites en esclavage, et les dieux masculins ne font rien pour changer la donne. Agacées par cet état de fait, les déesses décident alors de créer des tribus guerrières, les amazones. Dans l’ombre, ces dernières tuent les hommes qui font du mal aux femmes, et rendent leur liberté quand elles sont prisonnières d’esclavagistes. Par la suite, le récit se concentre sur Hippolyte, une jeune femme qui vit avec le regret d’avoir abandonné un bébé sur les bords d’une rivière. Elle découvre l’existence des amazones et souhaite alors devenir l’une d’elles, construisant une septième tribu qui accueille toutes les femmes sauvées. Mais les dieux vont prendre cela comme un affront, et une guerre va se mettre en branle entre déesses et dieux.

L’histoire de Kelly Sue DeConnick se veut à la fois épique et intime. Epique, puisque tout du long, on aura droit à des affrontements aussi bien cosmiques que terriens. Les amazones feront régner une justice sanglante envers les hommes, mais elles affronteront aussi des armées et des demi-dieux (Heraclès) qui seront envoyés par Zeus ou Apollon. Intime, car on va être au plus près de la vie des amazones, qui sont obligées de vivre la nuit et de se cacher la nuit. La vie n’est pas facile, et les humaines récupérées doivent se faire à cette nouvelle vie, tout en essayant de rivaliser avec ces êtres magiques. On aura droit à des relations simples mais fortes entre Hippolyte et certaines réfugiées, devenant dès lors une mère de substitution, qui doit faire des choix déchirants pour en pas se renier.

Ainsi, Wonder Woman Historia est clairement une histoire féministe qui démontre tous les méfaits des hommes envers les femmes, et que les siècles, voire même les millénaires, peut s’écouler, rien ne change vraiment. Mais l’intelligence du récit, c’est que là où l’on aurait pu tomber dans l’excès, ou le militantisme à outrance, Kelly Sue DeConnick trouve toujours un juste équilibre et démontre que parfois, la faute incombe aussi aux femmes. La vie est une histoire de choix, parfois mauvais, pouvant déclencher des guerres. En faisant ainsi, le comic parle aussi du regret, des remords, et des choix cornéliens qui peuvent blesser.

Là où le scénario est aussi très intéressant, c’est dans sa version des faits. En introduction, on nous explique bien que l’histoire est toujours racontée du côté des vainqueurs, mais rarement par les vaincus. Les amazones ayant perdu face aux dieux, ce nouveau point de vue permet de voir une autre facette de la guerre, et de la mythologie, et c’est fait avec une justesse rare. Là encore, on ne tombe pas dans la surenchère ou la démonstration, mais on adopte un point de vue inédit qui appuie la thématique féministe. Ainsi, Zeus passe pour un bon gros macho, tout comme Apollon, alors qu’Arès est plus mesuré et souhaite éviter un bain de sang fratricide.

En plus de l’intelligence du scénario, qui change des récits de super-héros classique, le tout est servi par des dessins absolument sublimes. Rarement on a eu droit à une claque visuelle d’une telle intensité. Les trois dessinateurs qui se relaient pour les trois volumes qui constituent Wonder Woman Historia (Phil Jimenez, Gene Ha et Nicola Scott) trouvent une cohérence dans leur trait et dans leur grandiloquence. C’est beau, c’est chamarré, c’est moderne dans les costumes, tout en respectant une certaine charte graphique. Certaines doubles planches sont de véritables tableaux, et tout cela donne une ampleur épique à l’ensemble. Le seul petit regret que l’on peut peut-être avoir, c’est un manque de combats épiques, qui se réduisent souvent à une planche d’exposition. Mais en même temps, est-ce le but de cette histoire ?

Au final, Wonder Woman Historia est une excellente surprise, même si certains pourraient y voir une légère arnaque, car il n’est pas question de la super-héroïne. Origin story des amazones et de leurs combats contre les hommes, pamphlet féministe intelligent et pertinent porté par des dessins d’une beauté sidérante, mêlant l’intime à l’épique, on peut dire que ce premier gros run de Kelly Sue DeConnick est une belle réussite.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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