janvier 27, 2023

Freaky

De : Christopher Landon

Avec Vince Vaughn, Kathryn Newton, Celeste O’Connor, Misha Osherovich

Année : 2021

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur, Comédie

Résumé :

Pas très sûre d’elle, Millie Kessler, 17 ans, tente de se faire remarquer le moins possible au lycée et de s’endurcir face aux sarcasmes des élèves les plus populaires. Jusqu’au jour où elle croise la route du Boucher, terrifiant tueur en série de la ville : sous l’effet du mystérieux poignard de l’assassin, Millie et son assaillant se retrouvent chacun dans le corps de l’autre ! La jeune fille ne dispose désormais que de 24 heures pour récupérer son corps – passé ce délai, elle restera coincée dans la peau d’un psychopathe de 50 ans !
Avec ses fidèles amis Nyla et Joshua, elle se lance dans une course contre la montre pour inverser le sort. Sauf qu’elle a le physique d’un tueur activement recherché par la police, tandis que le Boucher, lui, s’aperçoit que ressembler à une adolescente au visage angélique est une couverture idéale pour commettre son carnage…

Avis :

Christopher Landon est un réalisateur qui a commencé sa carrière au début des années 2010 avec un film à sketches où l’humour noir prévalait. Après cela, il est désigné pour réaliser un spin-off de la saga Paranormal Activity avec The Marked Ones qui se passe dans la communauté mexicaine. Jusque-là, difficile de dire si le cinéaste est prometteur, où s’il s’agit d’un simple yes man. Mais c’est avec son adaptation du Manuel de Survie à l’Apocalypse qu’il va marquer des points. Comédie gore décomplexée, c’est dans ce genre que le réalisateur se fait le plus plaisir, et il ne va jamais lâcher cela. Il explose carrément en 2017 avec Happy Birthdead, film au concept déjà connu, rip-off de Un Jour Sans Fin, où une nana se fait buter tous les jours par un psychopathe masqué et revient à la vie pour vivre la même journée.

Après une suite qui va encore plus loin dans le délire, Christopher Landon décide alors de partir vers une autre relecture, celle de Freaky Friday, où une mère et sa fille échange leur corps. Sauf qu’avec Freaky, le cinéaste va s’amuser à briser les codes, donnant à une adolescente peu sûre d’elle, le corps massif d’un tueur en série, et à ce tueur, le corps frêle de l’adolescente. Si ce dernier y voit une belle opportunité pour perpétrer des massacres dans un bahut, ce n’est pas le cas de la jeune fille, qui devient une cible pour la police et veut retrouver son apparence normale. Retrouvant tous les codes de la comédie horrifique, Christopher Landon va non seulement se faire plaisir, mais il va aussi inclure un peu de fond à cette histoire, pour la rendre la plus intéressante possible. Et ça marche.

« C’est une volonté du cinéaste qui, après les deux épisodes de Happy Birthdead qui demeurent assez discrets en matière gore, a voulu faire parler le sang. »

Il faut dire que dès l’introduction, le réalisateur fait assez fort, avec un énorme massacre de quatre jeunes bourgeois tout simplement insupportables. Les mises à mort sont originales et très brutales, n’hésitant à faire parler le gore pour être encore plus marquantes. C’est une volonté du cinéaste qui, après les deux épisodes de Happy Birthdead qui demeurent assez discrets en matière gore, a voulu faire parler le sang. Si on pourrait dire que cette entrée en matière reste très classique et n’est là que pour montrer le poignard magique dont va s’emparer le tueur, c’est aussi un moyen pour iconiser son monstre, et montrer à quel point il est omniscient et sans concession. Le fait est que ça marche, et encore plus lorsque ce dernier enlève son masque, découvrant un Vince Vaughn à contre-emploi, qui n’essaye pas de faire rire, mais plutôt de foutre la trouille.

Bien évidemment, son rôle va s’inverser par la suite, où il va renouer avec la comédie, devant jouer les réactions d’une adolescente un peu fragile. Cela va donner lieu à des situations cocasses, notamment quand il doit convaincre les deux meilleurs amis de la jeune fille. Là aussi, le cinéaste fait preuve d’originalité dans les rôles donnés aux personnages secondaires, jouant toujours avec les codes du slasher. Il y a bien une noire et un gay, ce dernier annonce d’ailleurs que ce sont toujours eux qui meurent en premier dans un film d’horreur, mais ici, ce ne sera pas forcément le cas, et il se dégage une sorte d’honnêteté de la part des personnages. C’est-à-dire que c’est un gay qui ne s’en cache et arrive à vivre de façon normale avec cela, sans que ça lui porte préjudice. Christopher Landon s’écarte vraiment des clichés du genre.

« On ne boude pas notre plaisir car globalement, c’est bien rythmé, on ne s’ennuie jamais et il y a une vraie générosité dans les séquences gores. »

En plus d’y intégrer du fond et de vouloir travailler des sujets assez intéressants. Car si le fun est au rendez-vous, avec un rythme endiablé et des meurtres graphiquement jouissifs, il réside dans ce film l’envie de montrer qu’une jeune fille n’a pas besoin d’un corps musclé pour prendre confiance en elle. Le changement de corps permet à l’héroïne de découvrir des ressources insensées, mais aussi de voir que le tueur, dans un petit corps, peut quand même faire des choses physiquement difficiles. Au milieu de la gaudriole et de l’hémoglobine, on retrouve donc du sens donné à ce phénomène paranormal. Il n’est pas là juste pour jouer avec les identités et les rapports de force. Il est aussi présent pour faire prendre conscience que peu importe le corps, ce qui compte, c’est l’esprit et les gens qui nous entourent.

Alors, il est sûr que Freaky n’est pas un grand film. Le scénario est bourré d’errances, certains passages sont vraiment exagérés, à l’image de ces trois types qui veulent coucher avec Millie en même temps, mais elle trouve une tronçonneuse en état de marche dans la ruelle miteuse dans laquelle ils se trouvent… Du coup, le film de Christopher Landon s’empêche de dépasser son statut de comédie horrifique pour ado en quelque chose de plus précis. Car derrière le film de sale gosse, il y aurait pu avoir quelque chose de plus structuré, de plus logique, qui va au-delà du fun. Mais on ne boude pas notre plaisir car globalement, c’est bien rythmé, on ne s’ennuie jamais et il y a une vraie générosité dans les séquences gores. Quel plaisir le sort réservé à ce professeur de technologie imbuvable et prétentieux.

Au final, Freaky est un long-métrage qui correspond parfaitement à la filmographie de Christopher Landon. Le jeune cinéaste semble vraiment se plaire dans la comédie horrifique qui reprend des concepts d’autres films (la journée qui se répète d’Un Jour Sans Fin pour Happy Birthdead). Si on peut y percevoir une pointe de cynisme dans certaines situations, avec des références trop tape-à-l’œil, on reste tout de même dans un divertissement plaisant et maîtrisé d’un point de vue technique, ce qui fait qu’on lui pardonne quelques égarements propres au genre.

Note : 14/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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