novembre 30, 2022

Matriarch

De : Ben Steiner

Avec Jemima Rooper, Kate Dickie, Sarah Paul, Simon Meacock

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Après une overdose presque fatale, une femme retourne dans la maison de son enfance pour affronter ses démons mais elle en découvre un vrai.

Avis :

Il est étonnant de voir à quel point la plateforme Disney+ se fout pas mal de ses productions horrifiques. Outre celles qui ont fonctionné aux States, elle a ce dédain pour des films plus sommaires, qui ne font pas de bruit, au point de ne pas les mettre sur le devant de la scène. Car si Barbare a eu les honneurs (à juste titre), ce n’est pas le cas de Matriarch, premier film de Ben Steiner. Apparu sur la plateforme Hulu et donc disponible chez nous via Disney+, ce film se balade entre différents sous-genres horrifiques, fonçant tête baissée dans son dernier tiers vers ce que l’on appelle la Folk Horror. Un sous-genre complexe, qui évoque diverses croyances et remet un peu en cause l’Eglise. Dans le film qui nous préoccupe aujourd’hui, il y a un peu de ça, mais aussi une critique sociétale assez intéressante sur le monde rural.

Le début du film est assez cryptique, avec un type, à poil, qui va se noyer volontairement dans un marécage. Après cette entrée en matière bizarre, on va suivre Laura, une avocate qui se sent mal dans sa peau, étant alcoolique, addict à la cocaïne et accumulant les coups d’un soir avec d’autres nanas. Bref, un tableau bien sombre pour une femme qui a des démons et fait des cauchemars ignobles. Un beau jour, elle reçoit un appel de sa mère avec qui elle est en froid. Ne donnant suite à cet appel, c’est après une overdose qu’elle décide de se rendre dans son village natal pour passer quelques jours au vert. Ou plutôt au gris, quand on voit le temps qu’il fait et les nuances de couleurs que met le réalisateur. Bref, Laura va revoir sa mère et découvrir que le village de son enfance a bien changé.

« Et c’est là tout le problème du film qui n’arrive jamais à se défaire de l’image déplaisante de son personnage principal. »

L’approche de cette histoire est assez longuette. Il faut dire que le réalisateur prend vraiment son temps pour présenter son héroïne, ses névroses et ses déboires. Jouant constamment sur ses excès et ses rapports très complexes avec les autres, on sombre dans un quotidien pathétique qui nous fait plus souffler d’exaspération qu’autre chose. D’une part, parce que ça ne fait pas peur, mais aussi et surtout parce qu’on sent que le portrait est appuyé. L’actrice, Jemima Rooper, en fait des caisses, tirant la gueule à tout bout de champ et crapahutant en se mettant mal du rouge à lèvres, histoire de rendre encore un peu plus palpable son côté alcoolique dépressif. Bref, c’est lors d’une overdose que le premier élément fantastique fait son apparition, et ce n’est pas folichon. Outre des CGI à la masse, on se demande d’où provient tout cela. On aura les réponses par la suite.

Laura décide alors de partir chez sa mère, avec qui elle est en froid, et le côté pathétique va continuer. Les engueulades vont s’enchainer très vite, mais elles seront présentes pour des broutilles qui nous semblent complètement hors de propos. Sa mère lui propose un thé, elle casse le service. Sa mère lui propose d’aller dans le jardin, elle refuse en l’insultant. Bref, Laura fait tout pour que tout se passe mal et cela ne nous met pas mal à l’aise, cela nous pousse à encore plus la détester. Et c’est là tout le problème du film qui n’arrive jamais à se défaire de l’image déplaisante de son personnage principal, à qui on aimerait bien qu’il arrive des bricoles. Cela va se faire progressivement, au détour d’une mère qui va révéler sa vraie nature au fil des jours. Certes, c’est assez conventionnel, mais cela va amener à quelque chose d’intéressant.

« Le film va alors jouer sur deux codes bien précis, les cultes dans le milieu rural et la peur de vieillir/mourir. »

En effet, le film se réveille un peu lorsque la nuit tombe et que la mère de Laura essaye de l’amener dans un vieux cabanon décrépi. Cela échoue, permettant alors de voir qu’il se passe des choses étranges dans ce village, avec du sang noir qui s’écoule des veines des gens, et une mère qui semble très à jour sur le sexe. L’histoire prend des atours de délires païens, avec des villageois qui deviennent de plus en plus zinzin et qui ont des demandes expressives auprès de la mère de Laura, qui semble ne pas vieillir. Le film va alors jouer sur deux codes bien précis, les cultes dans le milieu rural et la peur de vieillir/mourir. Cela se traduit bien évidemment par des rituels dérangeants, une Eglise au rebut et le dévoilement d’une créature fantastique qui possède bien des atouts.

En ce sens, le film se fait assez inattendu, aussi bien dans son déroulement que dans sa finalité, assez nihiliste. Malgré, encore une fois, des effets spéciaux numériques à la ramasse, on a droit à une bonne idée autour du sacrifice que l’on doit faire à la Terre pour vivre plus vieux, même si c’est dans le péché. Matriarch tente même un petit tacle envers l’Eglise, autour du personnage d’un vieux monsieur qui a perdu sa femme du cancer, mais pas sa fille. Il est persuadé que c’est l’œuvre de Dieu, mais sa fille a succombé aux délires païens du village. Alors certes, c’est peu de chose, et pour en arriver là, il faut tenir, mais le film n’est pas vide de sens. Il est juste sabordé par un manque de budget flagrant, et surtout, une mise en scène qui manque de caractère.

Au final, Matriarch est un film qui souffre de plusieurs scories qui lui font défaut. Entre son héroïne insupportable, son récit qui va bien trop dans le pathos et sa manière cryptique de raconter un truc tout simple, on sombre bien vite dans un faux-rythme qui empêche toute implication du spectateur. C’est dommage, car sur la fin, il y a de l’idée et un fond qui auraient pu être plus fort s’il n’y avait pas eu tous ces problèmes au démarrage. Bref, un film qui résonne comme un rendez-vous manqué, et auquel on préfèrera bien d’autres longs-métrages dans le même genre comme The Wicker Man ou bien Midsommar.

Note : 07/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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