novembre 30, 2022

Les Miens – Un Air de Famille

De : Roschdy Zem

Avec Roschdy Zem, Sami Bouajila, Maïwenn, Meriem Serbah

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Moussa a toujours été doux, altruiste et présent pour sa famille. À l’opposé de son frère Ryad, présentateur télé à la grande notoriété qui se voit reprocher son égoïsme par son entourage. Seul Moussa le défend, qui éprouve pour son frère une grande admiration. Un jour Moussa chute et se cogne violemment la tête. Il souffre d’un traumatisme crânien. Méconnaissable, il parle désormais sans filtre et balance à ses proches leurs quatre vérités. Il finit ainsi par se brouiller avec tout le monde, sauf avec Ryad…

Avis :

Comédien très apprécié du public, cela fait plus d’une trentaine d’années que Roschdy Zem passe d’un film à l’autre, étant à l’aise aussi bien dans le cinéma d’auteur que dans la comédie populaire ou encore le film d’action. En parallèle de cette brillante carrière, Roschdy Zem s’est aussi laissé tenter par la réalisation avec un premier film, « Mauvaise foi« , en 2006. Depuis, Roschdy Zem a réalisé pas moins de six films en l’espace de quinze ans.

Trois ans après l’échec cuisant de « Persona Non Grata« , Roschdy Zem revient en tant que metteur en scène et comédien pour un film tout à fait personnel, puisqu’il s’inspire de sa propre famille avec « Les miens« . Tout en inventant des personnages, le réalisateur nous raconte un événement qui est survenu au sein de sa famille. Un événement qui a fait l’effet d’une déflagration au sein de cette famille aussi soudée, qu’elle peut être en proie à tous les maux qui animent (ou non) d’autres familles. Naviguant alors entre le drame et la comédie, Roschdy Zem livre un très beau film capable de nous faire rire, autant qu’il est capable de tenir nos cœurs, et mieux encore, car cette famille, ses problèmes, ses ententes, ses rires et ses pleurs, résonne comme universelle, et parfois, elle nous rappelle bien des souvenirs. Au milieu de « Mauvaise foi« , « Omar m’a tué » ou encore « Chocolat« , « Les miens » se pose comme l’un des meilleurs et plus beaux films de son réalisateur.

« Le nouveau film du réalisateur est son œuvre la plus personnelle, car au travers de personnages, ce sont bel et bien des siens qu’il parle. »

Moussa est ce qu’on appelle une crème. Attentionné, présent, altruiste, dévoué, ne voulant surtout pas déranger, Moussa est là tout le temps pour les siens. Un soir, en sortant faire la fête, Moussa fait une mauvaise et violente chute, et cette chute lui provoque une commotion cérébrale qui va affecter son attitude, ses humeurs, et ce côté sans filtre va profondément bousculer les fondations de cette famille.

La famille, voilà un sujet qui a fait l’unanimité. On peut dire que tout réalisateur s’y est tôt ou tard arrêté. Roschdy Zem s’y était déjà plus ou moins arrêté au travers des scènes de ses films, mais jamais il ne l’avait encore fait comme avec « Les miens« .

Comme je le disais, le nouveau film du réalisateur est son œuvre la plus personnelle, car au travers de personnages, ce sont bel et bien des siens qu’il parle. Son film et ses personnages, c’est sa propre famille. « Les miens » est un film dont la première pierre est un fait réel, car ce qui arrive au personnage de Moussa est ce qui est arrivé au frère de Roschdy Zem. Ainsi, une chute a provoqué une véritable déflagration au sein de cette famille, exacerbant les petits conflits et grossissant les traits, les caractères et surtout tous les non-dits de cette famille. Ce personnage, qui d’un coup se met à dire sans filtre ce qu’il pense sans se soucier des autres, bouscule les fondations et met chacun face à soi-même.

« En fait, Roschdy Zem a su créer une telle proximité avec ces personnages qu’on se sent bien en leur compagnie. »

Très bien écrit, simple, et en même temps intense dans ce qu’il raconte, « Les miens » se pose comme un film qui, dans son drame, dans ses discussions, dans ses interactions et ses engueulades, nous fait vibrer, car même si nous n’avons pas vécu l’événement en lui-même, ce qui en découle est universel. Ici, Roschdy Zem parle de l’amour de la famille, il y parle avec cette façon de s’écouter ou non, de s’entraider, de se pardonner, il y parle des doutes, du fait d’être soudé et en même temps assez fragile… Bref, il y parle de tout ce qui fait une famille. On s’est tous pris la tête avec un membre de notre famille, on s’est tous engueulé pour pas grand-chose, on s’est tous envoyé au moins une fois des injustices, et l’on s’est tous, toujours plus ou moins, réconciliés et c’est ça que peint ici Roschdy Zem en une heure et demi.

Très réaliste, « Les miens« , au milieu de ce drame, arrive aussi à envoyer des touches d’humour, se faisant parfois très drôle, alors même que les situations ne le sont pas. Parfois même, Roschdy Zem arrive a tiré beaucoup de drôlerie ou d’émotions au sein de scènes et de moments qui frisent volontairement avec le pathétique.

Pour donner vie, intimité et réalisme à cette famille, Roschdy Zem a laissé bien souvent libre cours à l’improvisation, au travers de plans-séquence qui sont très bien foutus. Ici, chaque acteur a sa feuille, et sait ce qui doit ressortir de tel ou tel scène et ce procédé nous immerge totalement au sein des dîners, des discussions, des engueulades et ces personnages résonnent plus vrai que nature. Puis derrière ça, le réalisateur va à l’essentiel avec son film, il ne s’embarrasse pas et fait court. Son film fait à peine une heure et demi et alors que beaucoup de films sont trop longs aujourd’hui, ici, on aurait bien passé un peu plus de temps au sein de cette famille, qui est capable de nous faire rire malgré eux. En fait, Roschdy Zem a su créer une telle proximité avec ces personnages qu’on se sent bien en leur compagnie.

« Et enfin, au-dessus de tous, il y a Sami Bouajila qui est tout bonnement incroyable. »

Les siens, pour ce film, c’est une famille de cinéma que Roschdy Zem a réuni pour incarner sa propre famille masquée sous des personnages. Roschdy Zem, Meriem Serbah, Maïwenn, Anaïde Rozam, Nina Zem, Abel Jafri, Carl Malapa trouvent d’excellents et très beaux personnages. Puis il y a Rachid Bouchareb, qui tient là son premier rôle au cinéma et le réalisateur est vraiment tordant. Et enfin, au-dessus de tous, il y a Sami Bouajila qui est tout bonnement incroyable (encore une fois) trouvant un rôle difficile, voire dur et injuste et en même temps, le personnage est bouleversant. Bouajilia est un grand acteur et ce film, ce rôle, le démontre encore une fois.

Comédie dramatique, histoire tragique et drôle à la fois, « Les miens » est un très beau film qui est parfois dur, et d’autres fois, plein de tendresse et de résilience. Parfaitement écrit, très bien mis en scène, intimiste, personnel et sincère, « Les miens » se pose comme l’un des plus beaux films de son réalisateur et derrière ça, il offre à Sami Bouajila un rôle en or massif. Bref, on aurait vraiment aimé passer plus de temps auprès de ces personnages.

Note : 17/20

Par Cinéted

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