décembre 9, 2021

Chocolat

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De : Roschdy Zem

Avec Omar Sy, James Thierrée, Clotilde Hesme, Olivier Gourmet

Année : 2016

Pays : France

Genre : Biopic

Résumé :

Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

Avis :

Acteur de théâtre et de cinéma, Roschdy Zem est l’un de nos comédiens français les plus variés passant du cinéma d’auteur, aux comédies dites populaires. Débutant chez Balasko en 1987, le voilà presque trente ans plus tard avec une filmographie longue comme un bras, ayant joué avec et pour les plus grands, pouvant même se vanter d’avoir quelques chefs d’œuvre derrière lui. Puis après avoir réussi dans le métier d’acteur, en 2006, il se lance un nouveau défi et s’essaie à la réalisation. Son premier film, « Mauvais foi« , qui traite de l’amour et de la religion, sera une petite comédie sympathique et pétillante. S’il se regarde avec amusement, il est loin d’être inoubliable, mais qu’importe, puisque l’essai est réussi et Roschdy Zem pourra réitérer l’expérience.

Après le polémique « Omar m’a tuer« , puis le passé inaperçu « Bodybuilder« , en ce début d’année 2016, Roschdy Zem repasse derrière la caméra et se lance dans l’exercice du Biopic. Alors qu’il aurait pu nous raconter la vie d’une célébrité que tout le monde connaît, il fait le choix de nous raconter le triste et atypique parcours de Rafael Padilla, un homme de couleur qui au début des années 1900 a connu un très grand succès en tant que clown. Le clown Chocolat, un artiste révolutionnaire et totalement méconnu du grand public aujourd’hui.

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Quelque part en province proche de Paris, deux Clowns faisant partie du cirque Belvaux commencent à se faire un nom. Formé du clown Footit et du clown noir appelé Chocolat, les deux attirent les foules avec un humour novateur et un concept on ne peut plus culotté. Des campagnes anonymes françaises au théâtre parisien, le clown Chocolat va devenir la coqueluche de Paris. Aimé, admiré, mais aussi envié et détesté pour sa réussite, il va connaitre une destinée hors du commun.

S’il y a bien un mot qui vient à l’esprit quand on ressort de « Chocolat » c’est subtilité, car c’est un film imprégné de subtilité, le réalisateur nous offrant un portrait très nuancé d’un artiste qu’on va apprécier découvrir, mais aussi de tous ceux qui l’ont entouré ou même simplement côtoyé, si bien que le réalisateur prolongera son récit, son portrait, mais aussi sa critique sur l’époque même dans laquelle évolue Le « Clown Chocolat ». Une époque, une façon de penser qu’il va faire s’opposer à la liberté, l’égalité et la fraternité qu’on s’attend à trouver dans le pays de Voltaire et des droits de l’homme.

Du cirque pourri de campagne au grand luxe parisien, Roschdy Zem nous sort de son chapeau magique l’histoire peu connue d’un des artistes les plus révolutionnaires de notre culture et c’est d’une jolie manière que le réalisateur va autant nous instruire que nous divertir, et même nous toucher. On pourrait reprocher à son « Chocolat » d’être très classique et de ne pas s’aventurer hors des sentiers battus. Sa mise en scène est certes jolie, mais elle manque de caractère pour vraiment en faire un film extraordinaire, chose qu’il aurait pu être, et elle se permet parfois des facilités par forcément nécessaires comme des flashbacks très dispensables. C’est vrai que même si la vie de Rafael Padilla est très intéressante à suivre, on ne peut pas dire qu’on sera bousculé par le spectacle. Mais pourtant, malgré ce manque de surprise, Roschdy Zem nous accroche bien avec un film plutôt bien fichu, très bien reconstitué (l’un des très gros points forts du film même, on peut même parler de véritable coup de cœur pour les décors et les costumes), et surtout offre une peinture peu reluisante d’une France qui se dit ouverte, alors qu’elle ne l’est pas tant que ça.

Le parcours du clown Chocolat demeure exceptionnel à une époque où la France reste peu encline à voir un homme de couleur réussir. Ce que le réalisateur a très bien su gérer, c’est l’inégalité permanente à laquelle cet homme a dû faire face. Une inégalité dite normale, même si elle vient de gens qui apprécient Chocolat. Sans trop en faire, sans tomber dans la leçon de moral, n’oubliant jamais de nous divertir, Roschdy Zem réalise donc un film intelligent, qui derrière son côté biopic comique est plus dur, sombre et triste qu’il n’y parait, et même si ce n’est pas une surprise, le tout (démarche et récit) reste très appréciable. Roschdy Zem récidive aussi pour le portrait qu’il présente de son artiste. « Chocolat » est un homme complexe, qui a plein de défauts et de zones d’ombre, hilarant sur scène, il est très touchant et d’un tristesse absolue dans l’ombre. Le réalisateur offre un beau portrait plein de nuances.

Un portait admirablement tenu par un Omar Sy étonnant qui sort un peu des rôles dans lesquels on a l’habitude de le voir (et ça, même s’il fait le pitre une fois encore). Une complexité soutenue par un soupçon d’énigme quand le réalisateur aborde le compère de Chocolat, le Clown Footit, un personnage ô combien passionnant, car il révèle une certaine façon de penser d’une époque, tiraillé entre ce qu’il croit, ce qu’il sait, ce qu’il voudrait, aurait voulu et ce qu’il se refuse. Bref, les deux personnages sont excellents et finalement, même si le réalisateur nous parle avant tout du Clown Chocolat, il remet aussi son compère.

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« Chocolat« , quatrième film signé Roschdy Zem, est tout de même un joli moment de cinéma, et même si on aurait aimé trouver un film moins « classique », on ne peut qu’apprécier le parcours, on ne peut que rire devant les numéros de cirque très bien fichus. On ne peut aussi qu’être impressionné par la reconstitution du vieux Paris, mais aussi de sa campagne. Et enfin, on ne pourra qu’être touché par le destin de cet homme et de ce duo et les toutes dernières images auront une portée assez mélancolique d’ailleurs.

Note : 15/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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