novembre 30, 2022

Barbare – Le Sous-Sol de la Peur

Titre Original : Barbarian

De : Zach Cregger

Avec Georgina Campbell, Bill Skarsgard, Justin Long, Matthew Patrick Davis

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Horreur

Résumé :

Se rendant à Détroit pour un entretien d’embauche, Tess se retrouve à louer un « Airbnb » le temps de son séjour. Mais lorsqu’elle arrive tard dans la nuit, elle découvre que la demeure est déjà occupée et qu’un homme étrange du nom de Keith y séjourne déjà… Malgré la gêne, elle décide résignée d’y passer la nuit, les hôtels des environs étant complets. Mais réveillée dans son sommeil par des sons mystérieux, Tess va s’embarquer malgré elle dans une série de découvertes terrifiantes…

Avis :

Le film d’horreur a ça d’intéressant, c’est qu’il fonctionne très souvent au buzz, et que ce soi de l’esbroufe ou pas, on a toujours tendance à vouloir vérifier. Le dernier en date concerne Barbare (Barbarian en version originale), un film d’horreur américain qui a fait parler de lui concernant non pas son concept, mais plutôt son succès inattendu. Il faut dire que le film a coûté environ quatre millions de dollars, et en un mois et demi, il en a remporté plus de quarante millions. Un succès qui a permis de mettre en avant ce film original, qui n’est ni un remake, ni une suite, ni même un spin-of d’une quelconque franchise. Le seul petit problème pour découvrir Barbare, c’est d’être sur Disney+, puisque le film s’est retrouvé directement sur la plateforme, ce qui est un choix osé, tant la violence ne correspond pas aux critères de la firme.

Ce buzz est d’autant plus inattendu qu’il s’agit d’un projet de Zach Cregger, un acteur d’une quarantaine d’années que l’on a pu voir dans des séries comme Wrecked ou des films comme Miss Mars, qui fut d’ailleurs sa première réalisation (ou plutôt coréalisation avec Trevor Moore). Bref, malgré un casting éclectique (Bill Skarsgard (Ca) Georgina Campbell (Krypton) et Justin Long (Jeepers Creepers)), rien ne pouvait présager un tel succès pour Barbare. Si ce n’est un petit détail, un pitch minimaliste et un secret bien gardé autour de son intrigue. De quoi attiser la curiosité, surtout avec un tel titre et des campagnes d’affiches malines qui laissait sous-entendre un film d’une grande violence. Est-ce le cas ? Que se cache-t-il derrière ce film qui a su garder un mystère concernant son histoire ?

Le film débute donc avec Tess, une jeune femme qui arrive sous la pluie devant son airbnb. Manque de bol, elle se rend compte que quelqu’un est déjà dans la maison, et que l’homme qui habite dedans a loué aussi la maison, mais sur un autre site de location. Les deux personnes prennent contact, et au cours de la soirée, elles sympathisent. Le lendemain matin, Tess part à son rendez-vous, et en rentrant dans la maison, elle va découvrir un sous-sol aménagé qui laisse à penser que le propriétaire de l’endroit s’amuse à faire du snuff movie. Mais les choses vont terriblement se compliquer par la suite. Et il vaut mieux s’arrêter là concernant le pitch, car Barbare fonctionne à la surprise et à l’inattendu. C’est le genre de long-métrage dans lequel il faut se plonger vierge de toute information, tant il surprend par ses choix, aussi bien scénaristiques qu’artistiques.

Si le film fonctionne aussi bien en son début, c’est tout simplement car les personnages que l’on nous présente sont à la fois attachants et inquiétants. On suit une femme seule, qui va se retrouver avec un homme seul, un peu bizarre, dont on ne sait rien sur lui. L’ambiance pesante, entre la nuit, le quartier et la pluie, font que l’on va craindre pour cette nana. Tous les clichés du film de psychopathe sont réunis, jusqu’au choix de Bill Skarsgard, déjà abonné aux rôles de monstre avec ses films précédents. Pour autant, le réalisateur se joue de nous et va tisser un lien simple et amical entre les deux protagonistes. De ce fait, on ressent de l’empathie pour deux personnes qui sont là pour des raisons professionnelles. Zach Cregger nous cueille avec cette introduction, qui se joue de tous les poncifs du genre.

Dès lors, il y aura une sorte de suspens qui va s’installer dans le film concernant le quartier de la maison. En effet, en plein jour, Tess découvre un quartier délabré, avec notamment un sans-abri qui lui fait peur. Un contexte environnemental qui sera là pour parler d’un premier thème, celui de l’immobilier, de ces endroits abandonnés et sans loi. Mais les choses vont aller grandissant avec la découverte, par hasard, du sous-sol de la baraque. Là encore, le réalisateur joue de l’ambiance et de sa mise en scène pour créer une belle tension. On ne sait jamais dans quel genre on va rentrer, et on craint même une surprise concernant le soi-disant ami, lorsque Tess se retrouve enfermée au sous-sol. On est constamment balancé dans cette hésitation entre bien et mal, et le jeune cinéaste arrive à nous prendre en otage sur ces questions.

Jusqu’à la découverte d’un autre sous-sol. Là, le film rentre dans le Z décomplexé et affiche clairement ses ambitions. Le twist est ultra violent, surprenant, mais la rupture de ton avec la présentation du troisième personnage l’est encore plus. Car après avoir plongé dans les ténèbres, le film devient lumineux et met en avant un acteur accusé d’agression sexuelle sur une actrice, qui voit sa carrière s’effondrer et doit alors vendre l’une de ses maisons pour tenir d’un point de vue financier. Et comme on s’en doute, il s’agit de cette maison en location, dans laquelle il va se rendre et découvrir le pot aux roses. Le film s’amuse alors avec deux schémas sombres, celui d’un personnage pervers et égoïste, qui s’enfonce dans des ténèbres réelles, peut-être plus sombres que sa psyché. C’est intelligent et le personnage permet de mettre en avant deux thèmes.

Le premier est celui de l’immobilier, comme dit auparavant. Cette maison, isolée, dans un quartier à l’abandon, semble irréelle, voire inconcevable, et pourtant, elle est là. Un jeu du marketing qui provient d’une influence improbable d’une star déchue, qui va se rendre compte que ses investissements ne sont pas forcément intéressants. Mais c’est aussi une belle métaphore sur sa mentalité. Belle à l’extérieur, sympathique auprès des autres, mais cachant en son sein une horreur sans nom. Justin Long est alors l’extension de cette maison, lui qui parait si sympathique à l’extérieur, mais qui avoue avoir couché avec cette actrice, et qui va être capable de la pire des saloperies pour sauver sa peau. Barbare se veut bien plus intelligent qu’il n’y parait, et tout cela est bien servi par une mise en scène inspirée, qui pioche un peu partout pour mieux surprendre.

Là encore, Zach Cregger fait preuve d’une grande maturité pour un premier film. Les jeux de lumière sont très malins, créant ainsi des lignes de fuite dans les sous-sols, laissant suffisamment de pénombre pour cacher qui que ce soit. Mais il y a aussi une multitude de plans qui rendent l’ensemble dynamique et nerveux. On pense à ce plan à la première personne assez long, qui nous montre un couloir dans la pénombre du point de vue du personnage. On peut aussi citer les origines de la maison, avec un Richard Brake toujours aussi terrifiant, et cette sensation irréelle entre couleurs chatoyantes et plans qui appuient les lignes de fuite. Bref, le film fourmille d’idées et d’envie de bousculer un peu les codes du genre, et ça fait du bien de voir cela dans un cinéma ricain qui se codifie un peu trop récemment.

Cependant, tout n’est pas parfait dans ce film. Si le démarrage est surprenant et que l’on a affaire à un vrai grand huit sanglant, certaines scories sont un peu dommage. En effet, la fin est très grossière et manque de subtilité. On se retrouve face à un survival assez simpliste, voire improbable, qui montre la monstruosité de l’humain face à la gentillesse. Moins nihiliste que prévu, l’histoire met de gros sabots pour tuer le mal par le mal. Alors certes, c’est généreux en gore, mais on pouvait s’attendre à quelque chose de mieux en rapport au début. De plus, le petit message pernicieux sur la police qui ne fait rien, notamment pour une femme noire que l’on prend pour une sans-papier hystérique, c’est un poil grossier. Rien de grave cependant, mais tout cela reste attendu.

Au final, Barbare est un film d’horreur galvanisant qui a su garder son mystère pour mieux surprendre. Malin aussi bien dans sa mise en scène que dans son idée de créer un personnage en lien avec son bien immobilier, se jouant des codes balisés de l’horreur contemporain pour mieux nous cueillir, Zach Cregger offre un divertissement un peu zinzin, mais parfaitement maîtrisé. Il est juste dommage que le dernier tiers sombre dans un Z pas vraiment décomplexé, mais un peu crétin sur les bords. La fin méritait mieux que ça. Mais en soi, c’est déjà un exploit de retrouver cela sur Disney+, et d’avoir en prime une horreur qui fonctionne à plein régime.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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