novembre 26, 2022

Alice

De : Krystin Ver Linden

Avec Keke Palmer, Common, Jonny Lee Miller, Gaius Charles

Année : 2022

Pays : Etats-Unis

Genre : Thriller

Résumé :

Une esclave s’échappe de sa plantation et découvre une réalité choquante à l’orée de la forêt.

Avis :

Réalisatrice américaine, Krystin Ver Linden s’est tout d’abord fait un nom dans le scénario. L’un de ses scénarios, « Ride« , fut même pendant un petit bout de temps sur la liste noire d’Hollywood, dans la catégorie des scénarios inadaptables. Ceci dit, il vient d’être acheté par Lionsgate et sera porté à l’écran par Jill Solloway. Parmi les autres scripts qu’elle a « vendus », l’un d’eux portera sur le bluesman Robert Johnson. Alors que « Alice » est son premier film, la jeune femme figure sur la liste des dix réalisateurs qui offrent le plus de promesses pour l’avenir.

Pour son premier film, Krystin Ver Linden fait preuve d’une originalité assez folle avec une histoire improbable, au twist qu’on ne voit pas venir (même si l’affiche est un joli spoil). Le film commence de manière ultra classique, au point qu’on passerait presque à côté tant on a déjà vu, et en mieux, cette histoire-là. Mais heureusement, la réalisatrice, en cours de film, nous entraîne ailleurs, et d’un coup son « Alice » sort du cliché dont elle faisait preuve, pour d’un coup, d’un seul, dynamiter son récit, avec un film aussi divertissant que politique et engagé. Bref, un petit coup de poker qui s’avère payant.

Alice est esclave dans une plantation de Georgie. Un jour, après une violente altercation avec son maître, Alice prend la fuite, traversant les bois environnants le plus vite possible. Alors qu’elle pensait tout espoir de fuite possible, une fois sortie des bois, Alice va découvrir une tout autre réalité…

« Alice » ou le pitch improbable et fort d’une réalisatrice qui livre-là un film intéressant, politique, et surtout qui est sauvé grâce à son twist en cours de route.

« Alice » est un film qui commence de manière ultra classique. Krystin Ver Linden nous dresse le portrait d’une jeune femme esclave dans une plantation de Georgie et évidemment, le film coche toutes les cases du genre. Traitements infâmes de la part des maîtres, humiliations, corrections, respect, envie de liberté, projet de fuite mais pour aller où… Bref, « Alice » a tout l’air de nous raconter ce que l’on a déjà vu trop de fois. Puis, derrière ça, la réalisatrice, notamment du point de vue du maître, pousse le curseur au point d’en devenir caricatural et poussif, avec un Jonny Lee Miller en roue libre dans la peau de ce maître qui passe son temps à s’emporter et hurler. Pour nous, spectateur, « Alice » a bien du mal à pleinement fonctionner, et malgré la présence d’une Keke Palmer particulièrement excellente, on reste dans l’attente que le film s’en aille ailleurs, car si l’ensemble reste ici, sans qu’on y passe un mauvais moment, l’ensemble sera très vite anecdotique, tant cette histoire et ces thèmes ont déjà été traités au cinéma et en mieux.

Dans cette attente, on est alors loin de se douter de là où la réalisatrice allait nous emmener. Car comme je le disais en plein milieu de film, Krystin Ver Linden change son fusil d’épaule et s’aventure autre part et là, il va être très difficile de poser des mots sur le film sans en spoiler l’intrigue. Ainsi, pour être le plus évasif possible, « Alice » s’aventure sur les droits civiques, sur ce que représente la liberté, et au-delà de ça, il y a une incursion dans une époque en pleine révolution. Très déstabilisant, assez casse-gueule, petit à petit « Alice » trouve sa voie, et l’on se laisse prendre dans cette « nouvelle histoire », même si elle sera aussi accompagnée de certaines facilités scénaristiques qui vont avoir du mal à convaincre. Après, cette intrigue s’amuse aussi à conjuguer les aléas de l’histoire, avec un soupçon de Black Panthers ou encore de blaxploitation avec quelques hommages, notamment à Pam Grier.

Étrangement, alors que l’intrigue demeure très dramatique, ce twist apportera aussi un peu de fun au sein de ce film, même si à contre sens, dans sa mise en scène, « Alice » restera classique, voire même trop classique. En fait, la seule vraie prise de risque vient du chemin que prend cette histoire, et comme le chemin est assez osé, Krystin Ver Linden n’a pas voulu oser plus, ce qui pose alors son film comme divertissant et étonnant, mais auquel il manque un caractère pour pleinement s’affirmer.

Ce premier film de Krystin Ver Linden se pose donc comme intéressant dans les chemins que prend son intrigue. Si « Alice » avait au départ commencé de manière banale, la réalisatrice, accompagnée de son actrice principale, nous entraîne ailleurs et pour le coup, même si ça manque de caractère et ça reste dans son ensemble encore classique et prévisible, on se laisse prendre dans cette intrigue qui mélange « les genres ». Ce premier essai sonne donc comme intéressant et intrigant, et on reste curieux de voir ce que la réalisatrice va bien pouvoir nous proposer pour la suite.

Note : 13/20

Par Cinéted

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