juin 29, 2022

Le Gang Kelly

Titre Original : True History of the Kelly Gang

De : Justin Kurzel

Avec George MacKay, Russell Crowe, Nicholas Hoult, Charlie Hunnam

Année : 2020

Pays : Angleterre, France, Australie

Genre : Western

Résumé :

En Australie, certains le considèrent comme un criminel, d’autres comme un héros révolutionnaire. Dans le bush, Ned Kelly est une figure historique. Il incarne le symbole de la lutte contre le gouvernement britannique à une époque perturbée où ce continent rude et sauvage gagnait peu à peu son indépendance. Découvrez l’épopée de Kelly et de son gang de bushrangers qui ont à la fois fait régner la terreur et allumé une lueur d’espoir chez ceux qui n’avaient rien.

Avis :

Venu d’Australie, aujourd’hui, on s’intéresse à Justin Kurzel, cinéaste qui s’est fait connaître en 2011 avec « Le crime de Snowtown« , un premier long qui eut l’effet d’une petite bombe et me laissant, comme beaucoup d’autres, sous le choc. Par la suite, Justin Kurzel va tester plein d’univers et de genres, s’essayant avec réussite à Shakespeare avec « Macbeth« , puis s’essayant à l’adaptation de jeu vidéo avec moins de réussite pour le coup, puisque c’est à lui qu’on doit « Assassin’s Creed« . D’ailleurs, après l’échec de ce film, le réalisateur va mettre un peu de temps avant de revenir et c’est sûrement à cause du Covid qu’il va faire ce retour directement en DVD et Blu-ray avec ce « … gang Kelly« , où cette fois-ci, il s’attaque au western.

Adaptant la vie du célèbre gang Kelly et plus particulièrement son chef, le jeune Ned, Justin Kurzel nous entraîne dans un western qui n’est pas comme les autres. Sombre et violent, « Le Gang Kelly » est un film qui peut se poser comme une expérience, tant la mise en scène de Justin Kurzel est incroyable. Western crépusculaire et sec, fresque familiale qui tient un soupçon de social, notamment le portrait de son chef, pour son quatrième film, Justin Kurzel retrouve l’ambition qu’il avait perdue avec « Assassin’s Creed » et le spectacle est tel qu’il est bien dommage que ce film fût privé de sortie en salle, car sans l’ombre d’une hésitation, l’impact en aurait été encore plus fort.

Australie, dans les années 1870, issue des classes très pauvres, originaire d’Irlande, le jeune Ned Kelly, ainé parmi ses frères, va connaître un destin pour le moins hors du commun, car rien ne présageait au départ que ce jeune homme âgé d’une vingtaine d’année allait devenir l’un des pires tueurs d’Australie à la tête d’un gang qu’il tiendra d’une main de fer. Admiré par certains, qui voient en lui un Robin des bois, considéré comme le pire des criminels pour d’autres, Ned Kelly et son gang vont connaître une ascension folle et une chute des plus brutales et sanglantes.

Quatrième film pour Justin Kurzel qui cette fois-ci se lance dans une évocation plus qu’un vrai biopic. Avec « Le gang Kelly« , le réalisateur le dit dès son ouverture, l’histoire vraie du gang Kelly que je vais vous raconter est un mensonge. Dès lors, avec cette ouverture, le metteur en scène australien va réaliser une sorte de fantasme autour du célèbre criminel et avec cette idée, son film va avoir encore plus d’intérêt. Ainsi, le réalisateur se permettra plusieurs choses, comme l’idée folle et terriblement bonne d’imposer le Britannique George MacKay dans la peau de Ned Kelly, alors que côté ressemblance, nous sommes à l’opposé et pourtant, MacKay compose un Kelly magnétique et passionnant, trouvant là sûrement son meilleur rôle.

Si le film contient pas mal de longueurs, notamment en son milieu, lorsque le scénario de Justin Kurzel cherche à faire sortir son personnage des rails et l’amener sur les sentiers que l’histoire lui connaît, cela n’empêche pas le film d’être passionnant à suivre, car Kurzel dresse un portrait familial tenu par une mère complexe et ambiguë. Le scénario que tient entre ses mains le réalisateur prend le parti de penser que Kelly et son gang, au départ, auraient pu choisir une autre voie, mais finalement, c’est à coup de manipulations, d’orgueil de famille, de vengeance et finalement de par aussi son milieu social, que le gang se met à défier l’autorité tenue par les Britanniques, avec au premier rang les policiers. Avec ce parti-pris, Justin Kurzel dresse un portrait qui, comme je le disais, est passionnant, et même si le film est dur et violent parfois, on se laisse toucher par ce portrait individuel, mais aussi familial.

Si l’intrigue et le portrait sont intéressants, voire plus, « Le gang Kelly » est aussi et surtout le plaisir de retrouver un Justin Kurzel audacieux dans son envie de cinéma. Le réalisateur se lance dans un western, et un western à la sauce Kurzel, ça a sacrément de la tronche. « Le gang Kelly » est un film qui est truffé d’idées et au-delà de ça, il dégage un cachet affolant. Le film respire le travail à plein nez et ce qui est très intéressant et osé en même temps, c’est qu’il résonne comme un western moderne, dans le sens où parfois, certains des costumes ou des décors semblent comme plus récents qu’ils ont l’air, comme si cette histoire pouvait être racontée à une autre époque.

On ajoutera à cela une photographie incroyablement belle, des cadres et des idées de plans originaux, des séquences qui nous tiennent parfaitement en haleine et mieux encore qui nous marquent dans leur noirceur et leur folie, l’attaque finale est vraiment incroyable. Après, comme je le disais plus haut, le rythme n’est pas toujours soutenu, et on y trouve des longueurs, des instants où l’on a l’impression que le film se cherche, et s’aventure sur des instants qui ne sont pas forcément très intéressants. Heureusement, ce ventre mou ne dure pas et Justin Kurzel sait très bien relancer son film et nous tenir jusqu’à ses dernières images. Et quand je dis dernière image, j’inclus le générique qui est vraiment superbe.

Enfin, « Le gang Kelly » marque aussi grâce à son casting quatre étoiles. Un casting qui, même s’il est très bon et audacieux, a la faiblesse de ne pas vraiment employer tous ses personnages à leur juste valeur. Ainsi, par exemple, les personnages tenus par Russell Crowe et Charlie Hunnam auraient mérité un autre traitement, en particulier pour Crowe qui pourrait presque prétendre à faire de la figuration, tant il arrive vite et part tout aussi vite. A contrario, on sera bluffé et tenu par George MacKay qui est impeccable en Ned Nelly. On sera tenu par Nicholas Hoult qui tient un personnage très intéressant. Puis il y a Essie Davis, qui est merveilleuse dans la peau de la matriarche Kelly. Un rôle complexe, bourré d’ambiguïté, grignotée par l’orgueil, que la comédienne prend à bras-le-corps, et crève l’écran à tout instant.

Si « Le gang Kelly » se fait un peu longuet, s’il ne tient pas son rythme tout du long, il n’en reste pas moins un bon film, un bon western, et surtout une belle, bonne et intéressante chronique familiale et criminelle. Justin Kurzel revient avec un film ambitieux et radical, se posant comme une expérience visuelle et sensorielle. La démarche est osée, et elle ne plaira pas forcément à tout le monde, mais de mon côté, la sauce a bien pris et malgré ses petits défauts, finalement, le seul regret que j’ai, c’est de ne pas avoir découvert ce film sur grand écran, car tout ici appelle le grand écran.

Note : 15/20

Par Cinéted

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