juillet 22, 2024

De nos Frères Blessés – L’Amour à la Guerre

De : Hélier Cisterne

Avec Vincent Lacoste, Vicky Krieps, Jules Langlade, Marc Brunet

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

1954, Hélène et Fernand tombent amoureux. Avec lui elle part pour Alger, découvre sa beauté et l’attachement que Fernand porte à son pays. Alors que l’Algérie et la France se déchirent, leur vie bascule. L’histoire vraie du combat d’un couple pour la liberté.

Avis :

Réalisateur français, Hélier Cisterne est en début de carrière alors même qu’il a déjà presque vingt ans de cinéma derrière lui. Si « De nos frères blessés » n’est que son deuxième film, le cinéaste a commencé la réalisation en 2003 avec « Dehors« , un premier court-métrage. S’en est alors suivi trois autres entre 2006 et 2011, avant un premier long, « Vandal« , sorti en 2013. Par la suite, il va faire un tour sur le petit écran, en faisant partie des cinéastes qui travaillent sur la série « Le bureau des légendes« . Il participera à trois ou quatre épisodes par saison, et l’on fera appel à ses services sur pas moins de trois saisons.

Ceci nous amènera en 2017, moment où il découvre grâce à sa compagne, la réalisatrice Katell Quilévéré, un roman inspiré de fait réel, « De nos frères blessés« . Bouleversé par la lecture, très vite, le couple entreprend l’écriture du scénario, et en 2018, le projet est lancé et le film tourné. Une fois ceci fait, même s’il y aura le temps d’une grande post-production, Hélier Cisterne mettra beaucoup de temps avant que son film finisse par trouver une place pour une sortie en salle.

Mais nous voilà quatre ans après le tournage, et « De nos frères blessés » s’apprête à sortir en salle et il se pourrait bien qu’il se pose comme le film de la semaine. Fort, riche, historique, passionnant, romantique, « De nos frères blessés » aborde un sujet difficile, la guerre d’Algérie, ou du moins ses prémices (si l’on peut appeler cela ainsi).

Banlieue parisienne, Fernand rencontre Hélène, un soir, à un bal musette, et c’est le coup de foudre. Elle est française et polonaise, lui est français algérien, et il est venu sur Paris pour des examens. Très vite, l’amour trouve son chemin et lorsque Fernand rentre à Alger, Hélène le suit avec son fils. Mais Alger, à cette époque-là, comme toute l’Algérie, est sous une coupe militaire, car cette dernière veut son indépendance, et des attentats et des combats ont déjà commencé. Fernand, qui est né en Algérie, se sent totalement algérien et comprend parfaitement les revendications du peuple algérien face à un état français oppressant. Communiste de conviction, Fernand ne peut rester sans rien faire. Il va alors rejoindre un petit groupe indépendant, pour faire un peu de bruit et faire entendre ses revendications.

La guerre d’Algérie est un sujet passionnant et lorsque l’on se tourne du côté du cinéma, on trouve peu de film pour la raconter et raconter les histoires des hommes et des femmes qui y ont participé. Pour son deuxième film, Hélier Cisterne a décidé de raconter l’histoire de Fernand Iveton, un Français né en Algérie qui fut un militant anticolonialiste, qui s’est fait arrêter après une tentative de sabotage et qui fut guillotiné pour l’exemple.

C’est donc un film fort et riche que nous propose Hélier Cisterne. L’un de ses films qui rien que par l’évocation de son sujet passionne instantanément et à la sortie de la projection, cette passion est restée intacte tout au long des une heure et trente-cinq minutes qu’aura duré le film de Cisterne.

Doté d’un scénario riche, Hélier Cisterne nous entraîne dans un film qui est loin de ce que l’on pouvait s’imaginer. Romantique dans un premier temps, l’histoire d’une rencontre, et d’un amour, le réalisateur nous emmène dans l’intimité d’une Algérie tendue. Une Algérie alors encore colonie française et qui a de plus en plus de mal « avec la cohabitation ». À travers les yeux de ceux qu’on appellera des pieds-noirs, « De nos frères blessés » aborde Alger sous couvre-feu, le film parle des arrestations arbitraires, il parle des tortures, des cours de justice militaire, il parle de la France de René Coty et de François Mitterrand, alors garde des Sceaux.

« De nos frères blessés » parle de l’envie d’indépendance, de liberté, et du choc des cultures. Puis évidemment, dans une dernière partie, il parle des peines de mort, des recours, de la médiatisation et de cet homme guillotiné pour l’exemple. Hélier Cisterne et Katell Quilévéré conjuguent tous ces sujets, et ce qui en ressort est assurément un beau et grand film. Un film aussi romanesque que politique, un film qui parle autant d’histoire, que de justice et d’amour, car derrière tous les événements, les joies et les drames, « De nos frères blessés » est une magnifique histoire d’amour entre deux êtres qui malgré leur différence, et malgré l’engrenage extraordinaire dans lequel ils tombent, ils se resteront fidèles et ça, c’est tout simplement beau.

Pour accompagner ce scénario, « De nos frères blessés » jouit d’une mise en scène soignée qui touche souvent au superbe. Hélier Cisterne nous offre une parfaite reconstitution et une vision très claire. Son film passionné sait aussi bien se faire romantique que tendu, ou dramatique. L’ensemble est souvent parcouru de fulgurances qui nous envoûtent totalement, et surtout, derrière tout cela, le film de Cisterne nous amène vers un final puissant, avec ces dernières minutes qui sont bouleversantes. À noter la sublime BO de Emile Sornin qui envoûte chacun des instants de ce film. La résultante de tout ceci est qu’on se laisse entraîner avec une facilité déconcertante, au point que cette heure trente-cinq passe comme une belle demi-heure.

Enfin, si « De nos frères blessés » fonctionne et touche aussi justement, c’est aussi grâce à ces deux acteurs principaux qui sont brillants de justesse. Hélier Cisterne offre deux rôles magnifiques à deux acteurs qui le sont tout autant. Ainsi, Vicky Krieps en épouse dévouée bouleverse et Vincent Lacoste, qui a déjà une filmographie conséquente, gagne encore une fois en assurance, en charisme et démontre encore et toujours qu’il est un grand, très grand acteur en livrant un personnage ordinaire, plein de charme et de simplicité. Une sorte de Monsieur tout le monde, qui s’entraîne seul dans un conflit bien plus grand que lui. Finalement, le seul petit reproche qu’on pourrait faire à ce film, c’est d’avoir deux acteurs incroyables à sa tête, et même si les seconds rôles sont bien incarnés (notamment Thomas Ducasse en avocat commis d’office), il y a peu d’autres rôles qui existent vraiment.

« De nos frères blessés » restera assurément comme l’un des meilleurs films français de cette année 2022. Passionnant de bout en bout, historiquement et contextuellement intéressant, présentant et racontant un personnage et une trajectoire de vie que j’ai pris plaisir à découvrir. Doté d’une mise en scène soignée, qui arrive parfaitement à nous entraîner dans l’intimité de ces personnages, et même de ce conflit, avec une guerre qui ne dit pas encore son nom. Et enfin tenu par deux grands acteurs, et notamment un Vincent Lacoste bouleversant et impressionnant. Bref, le nouveau film de Hélier Cisterne est aussi beau qu’il est bon, et se pose comme l’incontournable de la semaine.

Note : 18/20

Par Cinéted

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