mai 25, 2024

Powder

De : Victor Salva

Avec Sean Patrick Flanery, Mary Steenburgen, Lance Henriksen, Jeff Goldblum

Année : 1995

Pays : Etats-Unis

Genre : Fantastique

Résumé :

Un jeune homme, doté de pouvoirs de télékinésie, vit caché dans une maison. Son intégration dans le monde extérieur ne va pas se faire sans heurt.

Avis :

Drame fantastique sorti en 1995 aux Etats-Unis, Powder est un film qui fera parler de lui, mais pas pour les bonnes raisons. En effet, son réalisateur, Victor Salva (qui sera plus connu par la suite avec les deux films Jeepers Creepers) est un pédocriminel qui fut condamné bien avant la sortie du film pour attouchement sur mineur. Cachant bien son passé, le cinéaste a tout de même pu sortir plusieurs films avant une vindicte populaire justifiée. Cependant, cela a relancé un débat important et complexe : faut-il séparer l’œuvre de l’artiste ? Peut-on être un monstre et un artiste de talent. Le passé a déjà prouvé que oui, mais des types comme Roman Polanski peuvent-ils encore vivre de leur art en toute impunité ? Les questions sont difficiles et le débat ouvert. Aujourd’hui, Powder est tombé dans l’oubli ; et c’est bien dommage si on fait fi du réalisateur.

Poudre

L’histoire de Powder part d’un accouchement tragique où la mère meurt en donnant vie à un bébé albinos que ne reconnaîtra pas le père. Les graphiques cérébraux de l’enfant sont anormaux et on sent que quelque chose ne va pas. Des années plus tard, un homme est retrouvé mort chez lui, et on trouve dans la cave un jeune homme albinos doté de pouvoirs incroyables. Placé dans une école spécialisée, il va être la victime de brimades, moqueries et violence physique. Mais celui que l’on surnomme Powder va aussi changer la vie de plusieurs personnes, devenant pour certains un ange venu du ciel. C’est dans ce délire presque biblique que l’on va plonger à corps perdu dans une Amérique plus ou moins profonde, au milieu des années 90, avec des personnes réticentes à la différence. Le héros est albinos, étrange et possède une sensibilité et une intelligence hors du commun.

Le scénario joue alors sur plusieurs thèmes importants et universels. Le premier d’entre tous est bien évidemment l’acceptation de l’autre malgré sa différence. Le début est très évocateur, avec une femme qui accueille à bras ouverts le jeune homme, mais qui laisse pantois un shérif méfiant et pourtant très humain. Par la suite, on va retrouver des soucis à l’école, lieu de toutes les moqueries, notamment de la part d’un groupe de caïds qui voit en Powder un inconnu qui fait peur. Le réalisateur arrive sans mal à nous ressentir le mal-être du héros qui, malgré tout, arrive à faire face à ces menaces, dont il s’amuse avec ses dons, effrayant un peu plus les jeunes pour avoir la paix. Une paix relative lorsqu’il sort à l’extérieur et est comparé à un monstre par des adultes incultes et intolérant.

On touche la corde sensible

Le film joue constamment sur une corde sensible entre des moments de grâce et des moments très durs pour le jeune homme. Dont la seule volonté sera finalement de retourner chez lui, dans cette cave qui lui fait office de chambre et à travers laquelle il se sent en sécurité. Cette quête du bien-être va passer aussi par le contact avec des gens sincères et aimants. On pense bien évidemment au personnage tenu par Mary Steenburgen, une professeure qui veut intégrer le jeune homme dans la société, mais aussi et surtout au professeur joué par Jeff Goldblum. Bienveillant et lumineux, il est celui qui va le mieux comprendre l’adolescent et qui va lui offrir une vraie marque d’amour. Le passage où il lui touche la joue et le crâne, offrant un moment d’amour au héros, est relativement bouleversant. Mais ce n’est pas la seule scène qui nous touche au plus profond.

Dans son court chemin parmi les vivants, Powder va changer des vies de façon profonde, apportant bonheur, soulagement et réflexion sur la vie. Comme un ange venu du ciel, il va bouleverser la vie de certains protagonistes, dont le shérif, au détour d’une scène touchante. Scène qui sera d’ailleurs reprise de façon quasi similaire dans La Ligne Verte, film dont on se demande s’il n’a pas été inspiré par Powder justement. Il en va de même avec l’adjoint au shérif, un type bourru, raciste et chasseur, qui ne va plus toucher une seule arme suite au contact qu’il a avec le personnage principal. Cela permet à Victor Salva de naviguer entre plusieurs thèmes intelligents, comme le deuil, les regrets, mais aussi la famille et la différence. Une différence qui prend place dans l’école, justifiant les mauvais actes d’élèves au passé compliqué et violent.

Dérangeant

Si le scénario est plutôt beau et que le film est globalement réussi, on va avoir droit à quelques séquences qui flirtent avec le mauvais et le voyeurisme de son auteur. Victor Salva laisse planer quelques doutes et ne délivre jamais de moments tendres avec le héros. Ou si amour il y a, il sera vite expédié par un père virulent, ne donnant jamais suite à un baiser amoureux. Par contre, on aura droit à un ralenti d’un garçon sous la douche, avec un regard appuyé. Quand on connait les penchants sexuels du réalisateur, la séquence met mal à l’aise, en plus d’être assez inutile. Cette séquence pousse le héros dans l’embarras, à se faire harceler de façon humiliante. Alors certes, cela ajoute de la tension, mais ça reste étrange et peut poser un problème de conscience si on connait qui est derrière la caméra.

Au final, Powder reste tout de même un beau film. Si certains lui reprochent un aspect gnangnan et mielleux, le métrage possède quelques moments de grâce et nous touche sincèrement, notamment quand il évoque le deuil et le cheminement complexe du jeune héros. Ne tombant jamais dans la surenchère et restant sur un drame fantastique axé sur un seul personnage qui va bouleverser des vies, Powder se révèle juste et tendre. Reste maintenant à oublier qui est derrière la caméra pour pleinement apprécier le film et ses messages touchants.

Note : 16/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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