mai 24, 2022

The Chef – Cauchemar en Cuisine

Titre Original : Boiling Point

De : Philip Barantini

Avec Stephen Graham,Vinette Robinson, Jason Flemyng, Ray Panthaki

Année : 2022

Pays : Angleterre

Genre : Thriller, Drame

Résumé :

« Magic Friday » : le vendredi avant Noël, la soirée la plus fréquentée de l’année. Dans un restaurant gastronomique de Londres, côté cuisine, à quelques minutes du coup de feu, tout le personnel est en ébullition. Mais les problèmes s’accumulent autour du chef étoilé Andy Jones et de sa brigade. S’ajoute à cela la pression constante d’une clientèle toujours plus exigeante qui menace de mener le restaurant à sa perte…

Avis :

Acteur et jeune réalisateur britannique, Philip Barantini tient un parcours assez atypique. Il y a une vingtaine années de cela, il voulait être acteur, mais s’il a décroché quelques petits rôles, comme il le dit lui-même, il n’était pas assez assidu aux auditions. En manque d’argent, il lui a fallu se tourner vers autre chose et c’est là qu’il s’est tourné vers les métiers de la restauration. Pendant douze ans, il va alors travailler en cuisine, commençant comme simple commis, il va gravir les échelons pour atteindre le plus haut et devenir chef de cuisine. Ayant toujours cette envie de cinéma en tête, petit à petit, il va reprendre les chemins des castings, et par la même se lancer dans la réalisation de court-métrage. En 2019, il réalise un premier court, « The Chef« , qui évoque son vécu dans le monde de la restauration, et après l’avoir montré à Stephen Graham, l’idée de le développer sur un long a alors pu se faire.

Bon, entre temps, avant de pouvoir faire cet immense plan séquence que sera « The Chef« , Philip Barantini a eu le temps de réaliser un premier long, qui reste encore inédit chez nous. Tourné en Mars 2020, c’est-à-dire en pleine explosion du Covid, « The Chef » est un film qu’on pourrait facilement qualifier de miraculé, car Philip Barantini et son équipe avaient bloqué quatre nuits pour mettre en boite ce film, et comme « The Chef » est tourné en un plan-séquence, il devait alors en tourner deux par nuit. Or, le Covid s’est invité dans la partie et finalement, le réalisateur n’aura eu que deux nuits pour faire son film et donc diviser par deux les chances de le réussir. Et à la découverte de ce cauchemar en cuisine, même si son film est imparfait et tire des ficelles scénaristiques parfois mal fichues, sur son ensemble, « The Chef » est une excellente immersion en cuisine, au plus près de la tension des équipes d’un restaurant. Un restaurant qui est tenu divinement par Stephen Graham, et une petite nouvelle, Vinette Robinson, qui est tout bonnement incroyable, au point qu’elle en volerait la vedette à tout le monde.

Andy Jones est un chef étoilé d’un restaurant gastronomique de Londres. Ce soir-là, c’est le Friday Magic, c’est-à-dire le Vendredi juste avant Noël, autant dire que c’est le soir le plus fréquenté de l’année. Andy est débordé dans sa vie personnelle et il doit tout affronter et faire face. Or, une fois en cuisine, sa vie ne doit pas interférer avec son travail, car la pression en cuisine, en salle et dans les équipes, face à une clientèle toujours plus exigeante, est bien suffisante.

Immersif, c’est bien le mot le plus juste et surtout le premier qui me vient en tête à la sortie de ce petit film britannique qui m’aura totalement plongé et noyé dans le monde de la restauration pendant quatre-vingt-dix minutes.

Des films qui ont été élaboré en plan-séquence, on commence à en avoir vu quelques-uns tant l’exercice, ces dernières années, plaît de plus en plus aux cinéastes. Ainsi, on pourrait citer les excellents « Victoria » de Sebastian Schipper, « Utøya, 22 juillet » d’Erik Poppe, « 1917 » de Sam Mendes, ou encore « Birdman » d’Alejandro González Iñárritu et cette idée de plan-séquence est parfaitement adaptée à l’idée de nous plonger en cuisine. Une idée qui est ici remarquablement mise en scène par Philip Barantini, car le réalisateur arrive de manière assez terrible à gérer le temps de sa soirée.

Sa gestion du temps incroyable, car il arrive à condenser de manière fluide une très grande partie de sa soirée, c’est-à-dire avant l’ouverture du restaurant, l’ouverture même, les premières commandes, le rush et presque la fin de service, et il fait tout cela sans que l’on fasse des bonds dans le temps ou qu’on ait l’impression qu’il s’emballe. Non, ici tout se passe de manière fluide, tout s’enchaîne logiquement et l’on se laisse totalement attraper par cela, et c’est presque en fin de film qu’on se rend compte de toute cette gestion, ce qui est bluffant.

Toujours dans son travail de mise en scène, « The Chef » est assez incroyable aussi dans la gestion de sa tension, qui grimpe petit à petit, tout au long du film. Philip Barantini met ses personnages sous pression de manière presque insidieuse, car cette dernière se fait par petits bouts, c’est une accumulation de petits détails, qui seuls ne sont pas grand-chose, mais mis bout à bout, commencent à former un sacré tableau, ce qui fait monter la sauce, sans mauvais jeu de mots. Cette pression que le film installe est là pour développer le sujet principal du film. Avec « The Chef« , Philip Barantini veut aborder et démystifier par la même le métier de chef. Un métier qui peut être sublimé grâce à tout un tas d’émissions culinaires ou de films.

Ici, le cinéaste a envie de s’approcher au plus près de ce qu’il a vécu, conjuguant alors les bons comme les mauvais côtés, pour offrir un tableau qui semble véridique et spontané (d’ailleurs, petite note perso, mais pour avoir bossé six ans en restauration, je m’y suis pas mal retrouvé).

Après, comme je le disais plus haut, tout n’est pas non plus « top » dans ce scénario, et parfois, pour habiller et étoffer son intrigue, « The Chef » tire des ficelles scénaristiques qui peuvent laisser dubitatif. Ainsi, tout ce qui peut être fait autour d’une relation avec un pote qui vient manger ce soir-là, et la pression qu’il peut mettre, est assez inutile. Puis il y a ce final, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, et nous laisse de manière abrupte, ce qui abîme quelque peu le plaisir qu’on a eu à suivre ce film.

Heureusement, le film nous offre toutefois beaucoup d’éléments auxquels nous raccrocher, que ce soit dans les sujets qu’il explore quand il suit la brigade et s’aventure en salle, ou encore dans l’interprétation saisissante de l’ensemble de son casting, qui est plus vrai que nature. La difficulté d’un plan-séquence, outre la technique, c’est aussi que tout le monde s’accorde et reste dans un jeu permanent qui sonne juste et là, on est servi et les comédiens sont bluffants.

Bien sûr ressort Stephen Graham en chef dépassé, mais comme je le disais plus haut, ce film, c’est aussi et presque surtout une révélation, Vinette Robinson, qui incarne le bras droit de Graham et l’actrice fait des étincelles, ou point qu’on ne voit que le personnage, tant chacune de ses apparitions sont bluffantes de naturel et de spontanéité.

« The Chef » est donc une bonne expérience, Philip Barantini livrant un film d’une grande immersion, dont on ne ressort qu’une fois le générique arrivé. D’ailleurs, on est tellement pris dedans que malgré ses petits défauts, on ne voit absolument pas le temps passer, un peu comme cette soirée, qui arrive à passer quasi totalement, alors que le film ne dure qu’une heure et demi. Bref, c’est un joli et bon exercice que vient de nous offrir Philip Barantini, Stephen Graham et Vinette Robinson.

Note : 14/20

Par Cinéted

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