mai 24, 2022

La Place d’une Autre – Freaky Vendredi

De : Aurélia Georges

Avec Lyna Khoudri, Sabine Azéma, Maud Wyler, Laurent Poitrenaux

Année : 2022

Pays : France

Genre : Drame, Historique

Résumé :

Nélie a échappé à une existence misérable en devenant infirmière auxiliaire sur le front en 1914. Un jour, elle prend l’identité de Rose, une jeune femme qu’elle a vue mourir sous ses yeux, et promise à un meilleur avenir. Nélie se présente à sa place chez une riche veuve, Eléonore, dont elle devient la lectrice. Le mensonge fonctionne au-delà de ses espérances.

Avis :

Aurélia Georges est une réalisatrice française qui a fait l’école de cinéma la Fémis, dont elle en est sortie diplômée en 2002. Si elle commence à réaliser assez vite, son premier film datant de 2008, elle mettra du temps avant de revenir dans les salles obscures. Collaborant avec la revue l’art du cinéma, elle sera aussi un temps au conseil d’administration de la sélection l’ACID au Festival de Cannes. Aurélia Georges fait un petit retour en salle pour une coréalisation en 2012 pour un documentaire autour du cinéma français. En 2014, elle réalise un deuxième long, « La fille et le fleuve« .

Pour son troisième film, Aurélia Georges a choisi de poser sa caméra en pleine Première Guerre mondiale, pour y suivre le destin d’une jeune femme qui passera des rues de Paris au front, pour enfin s’établir près de Nancy, sous une autre identité. Drame au carrefour de plusieurs genres, « La place d’une autre » est un bon petit film qui arrive à nous tenir grâce à une histoire plus intéressante qu’elle n’y paraît, une ambiance romanesque et une actrice qui décidément est brillante.

Nélie est une jeune femme qui, pour échapper à la rue et à la prostitution, s’enrôle dans la croix rouge. Infirmière, elle est envoyée au front. Un jour, elle croise la route de Rose Juillet, une suisse qui se rend, après la mort de sa famille, chez une amie de son père pour y être sa liseuse. Ce même jour, la compagnie de Nélie est attaquée, et une fois l’attaque finie, Nélie découvre que les soldats sont partis et qu’un éclat d’obus a touché Rose à la tête, la laissant pour morte. Pour se sortir de sa condition, Nélie dérobe alors les papiers de Rose, la lettre de son père et se rend à Nancy pour y prendre l’identité de Rose. Or, cette dernière n’est pas morte…

Troisième film pour Aurélia Georges, qui s’aventure cette fois dans quelque chose de plus grand. « La place d’une autre » est un film qui s’est posé comme très intéressant pour tous les sujets qu’il transporte derrière son usurpation d’identité. S’il est vrai que l’ensemble manque un peu de rythme, et parfois, dans la direction de ses acteurs, l’ensemble sonne comme un peu trop théâtral, du moins en début de métrage, le film d’Aurélia Georges est aussi un métrage qui sait nous tenir de par la richesse de son fond. À travers le portrait de cette jeune fille, la réalisatrice en profite pour aborder tout un tas de genres et de sujets.

Ainsi, « La place d’une autre » est un film qui parle des conditions sociales, de la place des gens dans une société, il parle de la fracture entre deux mondes, avec d’un côté les pauvres qui essaient comme ils le peuvent de s’en sortir et de l’autre, les plus riches, avec leurs problèmes et les apparences aux yeux de tous. Si l’histoire est aussi intéressante, c’est parce qu’elle fait entrer une jeune femme dans un autre monde, et cette dernière doit tenir en équilibre sur la corde du mensonge. Une corde qui va se faire de plus en plus fine avec le retour de la vraie Rose, et derrière ça, avec les préjugés qui vont avoir tendance à s’inverser, pour nous emmener vers une très belle fin.

Aurélia livre un film qui s’amuse presque à brouiller les pistes dans les ressentis de ses personnages. Personnages devant lesquels on a beaucoup d’empathie, malgré les mensonges et la violence qui se font grandissants au fur et à mesure que l’intrigue enchaîne les rebondissements. Rebondissements qui piquent une forme de suspens, car jusqu’où le personnage de Nélie laissera aller son mensonge pour ne pas tomber ?

On ajoutera à cette bonne intrigue, une très belle reconstitution. On peut même dire que le film se fait étonnant dans sa partie sur le front, car avec peu de moyen, la réalisatrice livre un très bon chapitre auquel on croit totalement, en plus de très bien présenter ce qui fera le mensonge de la suite de l’histoire. « La place d’une autre« , esthétiquement parlant, est un film qui respire le travail. C’est un film qui offre une belle photographie, des cadres feutrés et le tout est enveloppé par une BO certes, très classique, mais tout à fait efficace.

Enfin, toujours dans ses bons points, « La place d’une autre » est bien tenu par ses actrices, qui forment un trio aussi intéressant qu’inquiétant. Maud Wyler dans la peau cette victime d’usurpation sombre très bien dans la folie et l’on reste accroché, se demandant jusqu’où elle pourrait aller pour faire éclater la vérité. Sabine Azéma s’offre un joli retour après quelques années d’absence, pour un rôle très classique au demeurant, mais finalement plus touchant qu’on ne l’aurait imaginé. Puis enfin, il y a Lyna Khoudri, qui encore une fois brille de par la simplicité et la vérité de son jeu. À noter aussi la présence inquiétante de Laurent Poitrenaux.

Mais voilà, derrière tous ces bons arguments, « La place d’une autre » est un film qui peut laisser un petit goût de déception en bouche, car malgré son intrigue très intéressante, malgré ses actrices, et malgré son esthétisme, le film d’Aurélia Georges souffre quelque peu d’un manque de personnalité, et se pose comme un drame très classique. On ressent bien où la cinéaste voulait aller, on voit bien ses tentatives pour instaurer du suspens, mais bien souvent, même si l’intrigue nous attrape, « La place d’une autre » manque, justement, de suspens, ça manque de force, un peu comme si tout le film était en retenu, n’osant jamais vraiment aller dans les genres dont il souhaite emprunter les sentiers. Ainsi, parfois, le temps se fait long, d’autre fois, le suspens tombe un peu à plat et finalement, même si l’ensemble est bon, il nous laisse imaginer un drame qui, avec cette idée et cette histoire, aurait carrément pu virer au thriller paranoïaque.

« La place d’une autre » restera alors un petit film somme toute sympathique à suivre, et au-delà de ça, intéressant dans ce qu’il raconte, car même s’il n’est pas aussi prenant qu’on l’aurait voulu, Aurélia Georges livre un film tout à fait recommandable, qui sait divertir intelligemment. C’est donc une petite déception intéressante que nous livre la cinéaste. Certes, c’est très classique, et le film ne prend aucun risque (sauf pour ses scènes sur « le front »), mais face à d’autres films français qui sortent, ou qui sortiront cette année, « La place d’une autre » mérite bien qu’on s’y arrête.

Note : 13/20

Par Cinéted

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