novembre 30, 2021

Délicieux – La France a Faim

De : Eric Besnard

Avec Grégory Gadebois, Isabelle Carré, Benjamin Lavernhe, Guillaume de Tonquédec

Année : 2021

Pays : France

Genre : Comédie, Historique

Résumé :

A l’aube de la Révolution Française, Pierre Manceron, cuisinier audacieux mais orgueilleux, est limogé par son maître le duc de Chamfort. La rencontre d’une femme étonnante, qui souhaite apprendre l’art culinaire à ses côtés, lui redonne confiance en lui et le pousse à s’émanciper de sa condition de domestique pour entreprendre sa propre révolution. Ensemble, ils vont inventer un lieu de plaisir et de partage ouvert à tous : le premier restaurant. Une idée qui leur vaudra clients… et ennemis.

Avis :

Eric Besnard est un réalisateur français qui, lorsque l’on parcourt sa filmographie, on se rend vite compte qu’il est un touche-à-tout. Ainsi, on trouve dans son cinéma du thriller, de la comédie, du drame, du policier, et même de l’aventure. Pourtant, malgré ça, le cinéma d’Eric Besnard n’est pas toujours au mieux de sa forme. Si par exemple on retient très largement « Le goût des merveilles » qui est un petit délice dont on ne se lasse pas, on sera plus réservé quant à « L’esprit de famille » ou « Ca$h« .

Après s’être de nouveau aventuré dans la comédie familiale avec « L’esprit de famille » sorti en 2020, Eric Besnard revient un peu plus d’un an après et là, c’est un changement de décor total. Refaisant équipe avec Nicolas Boukhrief, avec qui il avait déjà travaillé sur les scénarios de « le convoyeur« , « 600 kilos d’or pur » et « Made in France« , le metteur en scène s’aventure dans un film original, l’idée et la création du premier restaurant. Impeccable, envoûtant, orignal et riche, « Délicieux » est un régal qui se pose d’emblée comme l’un des meilleurs films de son réalisateur.

Pierre Manceron est cuisinier à l’aube de la révolution française. Manceron travaille pour le Duc de Chamfort, et à cette époque-là, la cuisine, les mets raffinés ou tout simplement les plats cuisinés sont réservés à la noblesse, le bas peuple mangeant uniquement pour se nourrir et survivre. Un jour, après une création culinaire qui ne passe pas, Manceron est mis à la porte. Retournant dans la maison familiale, Manceron se destine alors à être aubergiste dans un relais de poste. Enfin ça, c’est ce qui aurait dû arriver, car l’histoire va en décider autrement…

Un nouveau film d’Eric Besnard, c’est toujours un film qu’on voit arriver avec une sorte de désir mélangé à de la crainte, car le metteur en scène français a su autant nous émerveiller et nous toucher que nous décevoir. Après, pour « Délicieux« , on n’avait un peu plus de désir car le sujet était intéressant, l’idée qu’Eric Besnard s’aventure à l’aube de la révolution était plaisant, et au-delà de ça, le cinéaste posait une drôle de règle, dans le sens où un film sur deux est très bon et comme « L’esprit de famille » (qui réunissait déjà Isabelle Carré et Guillaume De Tonquédec) était très loin d’être incroyable, on partait plus confiant et comme vous l’aurez compris, on a bien eu raison d’y croire, car « Délicieux » est un film qui porte parfaitement son titre.

Sur une idée et un scénario original, Eric Besnard et Nicolas Boukhrief ont imaginé un récit particulièrement intéressant, car leur film va être bien plus que l’idée de la création du premier restaurant. « Délicieux » est un film qui est avant tout une émancipation, celle d’un homme qui va peu à peu prendre confiance en lui et ainsi repousser ses limites, entreprendre, et enfin se lancer dans un commerce osé. Aussi touchant qu’il sait se faire aussi amusant, « Délicieux« , dernière cette histoire, traitera aussi évidemment de son époque, de la fracture aussi bien en pensée que dans son « portefeuille », entre la noblesse et le bas peuple. Magnifiquement écrit, Besnard et Boukhrief réussissent tout ce qu’ils touchent.

Leur film est alors peuplé de scènes incroyables, de moments intenses, dramatiques et touchants. Leurs personnages sont tous très beaux et parfaitement imaginés, loin des caricatures, et surtout au-delà de ça, ils ont tous quelque chose d’intéressant à raconter, aussi bien sur eux que sur l’époque dans laquelle ils vivent. On notera aussi un travail génial dans les dialogues, qui pour beaucoup d’entre eux sont percutants et resteront en tête. Puis derrière encore cette histoire, « Délicieux » est un film qui fait du bien. C’est un film qui nous envoûte dès ses premières minutes, et l’on prend beaucoup de plaisir à découvrir cette époque, cette cuisine, les petits gestes, les ambiances… Bref, Eric Besnard y a mis beaucoup de cœur et d’âme et ça se voit à chaque instant.

« Délicieux« , c’est aussi un régal qui, dans sa mise en scène, nous offre pratiquement deux heures de cinéma qu’on ne voit pas passer. Là aussi, le cœur et l’âme se font ressentir à chaque plan, son réalisateur nous offrant un film qui, esthétiquement parlant, est sublime (photo, décors et costumes seront à coup sûr en compétition aux César). Impeccable, le rythme est tenu, et son film ne cesse d’évoluer, passant des cuisines d’un château à une petite chaumière, pour enfin muter vers ce premier restaurant. Avec ce film, Eric Besnard rend aussi hommage à la cuisine, au terroir et plus largement au métier de cuisinier. Dans sa mise en scène, il y a beaucoup d’amour et d’intérêt qui transparaissent de ses images et de ses idées.

Et enfin, dernier régal, « Délicieux » est tenu par des acteurs absolument fabuleux. Des acteurs qui tiennent des personnages très intéressants et qui les rendent passionnants. Ainsi, on trouvera un Benjamin Laverhne remarquable qui crève l’écran avec seulement trois scènes. Une Isabelle Carré au-delà du sublime. Un Lorenzo Lefebvre en révélation. Et enfin, un Grégory Gadebois magistral en cuisine, rustre, beau et fragile à la fois. À noter aussi un excellent Christian Bouillette, une détestable Marie-Julie Baup et un Guillaume de Tonquédec parfois tordant.

Bref, vous l’aurez compris, « Délicieux » d’Eric Besnard est une petite merveille qui fait du bien. Intelligent, riche et profond, s’aventurant bien plus loin que l’idée de la création de ce lieu de gourmandise, Eric Besnard livre un film aussi délicat qu’il est gourmand, et de vous à nous, on reprendrait bien du rabais au plus vite. Assurément l’un des plus beaux films de la rentrée.

Note : 15/20

Par Cinéted

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.