novembre 30, 2021
BD

Hammerdam

Auteur : Enrique Fernandez

Editeur : Ankama

Genre : Fantasy

Résumé :

Après avoir disparu durant plusieurs années, le marteau est de retour à Hammerdam ! La ville est en ébullition et prépare un grand festival pour célébrer l’évènement. Des gens de tous les pays rejoignent Hammerdam dans l’espoir d’être choisis par le marteau : l’heureux élu partira dans une quête prodigieuse. Mais à la surprise générale, la marteau jette son dévolu sur Melina, une petite fille de 6 ans…

Avis :

S’il fut un temps où la bande dessinée destinée à la jeunesse se résumait à de gros titres comme Boule et Bill ou d’autres grands classiques, ce n’est plus le cas aujourd’hui. En effet, au même titre que la littérature jeunesse, la bd jeunesse s’est bien développée et les enfants ont désormais de nombreux choix. Et certains éditeurs ont fait le choix d’en faire une spécialité, ou de dédier une partie de leur catalogue aux enfants. C’est le cas chez Ankama avec sa partie Etincelle qui contient quelques pépites, à l’image, justement, de Hammerdam. Ecrite et dessinée par Enrique Fernandez, Hammerdam est une véritable ode à la poésie, au récit de rencontre et à la fantasy, dans un univers coloré et très particulier. Un univers enchanteur, qui recoupe plusieurs références pour un résultat unique, aussi bien graphiquement que sur son histoire.

Bien sûr, dès le départ, on voit la grosse référence à la légende arthurienne avec Excalibur. Ici, l’épée est remplacée par un gros marteau, mais le résultat est le même, il est fixé sur un rocher et une seule personne pourra le tirer et obtenir alors une quête. Le début de l’histoire est assez difficile d’accès, car l’auteur fait le choix de présenter tous les personnages page après page. De ce fait, on ne voit pas de liant entre tout ce beau monde. On aura droit à un boulanger qui emprisonne une fée pour faire du pain, un loup qui multiplie certaines choses, un archer qui cherche une quête à faire, une héroïne super forte et enfin, une jeune fille que le marteau choisit et qui va voir dans cette quête un moyen d’échapper à sa famille.

Le démarrage est un peu bordélique, surtout qu’il faut rajouter des personnages très hauts en couleurs. On notera aussi un homme amoureux des monstres, qui va prendre sous son aile une grosse créature bleue mélancolique. Un autre homme, qui cherche l’amour et qui va embaucher trois pauvres types et kidnapper un écrivain qui vit dans un tonneau pour raconter son histoire d’amour. Bref, c’est un beau bordel, mais qui va rapidement prendre du sens par la suite. Puisque toute cette petite équipe va se former autour de Melina, une petite fille de six ans que la marteau a choisi. Et tout le monde va participer à cette quête, qui va brasser plusieurs thèmes, puisque chaque personnage aura son importance. Ainsi donc, Melina n’a pas une vie facile avec un frère hyper-actif qui accapare toute l’attention de ses parents. Elle voit dans cette quête un moyen de s’émanciper.

Outre ce voyage initiatique, Melina va se confronter à ses démons et ses désirs, la piégeant dans un final qui donne une furieuse envie de lire la suite. Mais Hammerdam est une BD qui n’a pas forcément un personnage principal. Tous les autres auront leur importance. Par exemple, Gara, la grande héroïne qui terrasse des monstres, aura aussi sa part de responsabilité en prenant Melina sous son aile. Elle va aussi tomber amoureuse pour la première fois, et même si cet axe est peu travaillé dans ce tome, cela laisse une jolie piste à explorer dans le second tome, qui verra d’ailleurs une belle dualité entre l’archer et l’épéiste narcissique.

On aura aussi droit à ce fameux loup qui a le pouvoir de multiplier les choses, mais qui ne maîtrise pas son pouvoir, devenant la convoitise de plusieurs autres personnages, y voyant un moyen de se faire de l’argent très facilement. Ainsi donc, on verra que la convoitise ne mène à rien, si ce n’est la jalousie et les confrontations. La BD explore aussi la gentillesse et tout ce qu’elle apporte de bon. On verra aussi, avec l’archer qui est multiplié, qu’il faut se mettre en accord avec soi-même pour évoluer et avancer. Cela est fait de manière très maline et sans appuyer son propos. En faisant ainsi, l’auteur s’adresse non seulement aux enfants avec une belle aventure, mais aussi aux adultes avec des messages sous-jacents très intéressants.

Si l’univers est dingue et très original, cela est aussi dû à un graphisme très particulier qui peut en rebuter plus d’un au départ. Enrique Fernandez possède un coup de crayon à nul autre pareil. Les personnages ont des formes géométriques très marquées, comme le boulanger qui n’est qu’un triangle, ou encore ce personnage en forme de sac de nœuds. L’entrée dans l’univers est compliqué de par sa narration, mais aussi de par son graphisme qui reste… particulier. Cependant, il colle parfaitement au récit et cette magie qui se dégage de l’ensemble. L’histoire possède même une belle parcelle de poésie qui enchante la lecture. L’ensemble est très positif, très doux, avec des couleurs un peu pastel qui correspondent parfaitement à l’ensemble. Et les références, nombreuses, sont parfaitement digérées. On pense à certains Miyazaki, mais aussi à de nombreux contes et légendes (Robin des Bois, Excalibur, etc…).

Au final, Hammerdam est une excellente surprise doublée d’un récit de rencontres à la fois beau et poétique. Il se dégage de cette BD une magie enchanteresse qui va nous poursuivre jusqu’à son toute fin. Outre son aspect formel, particulier mais qui colle parfaitement avec son univers, Hammerdam brasse plusieurs thèmes qui parleront aux petits comme aux plus grands. Bref, Enrique Fernandez ravit avec cette histoire et on attend de manière fébrile le second et dernier tome.

Note : 17/20

Par AqME

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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