novembre 30, 2021

Désigné Coupable – Rahim Renversant

Titre Original : The Mauritanian

De : Kevin MacDonald

Avec Jodie Foster, Tahar Rahim, Shailene Woodley, Benedict Cumberbatch

Année : 2021

Pays : Angleterre, Etats-Unis

Genre : Drame, Biopic, Thriller

Résumé :

Capturé par le gouvernement américain, Mohamedou Ould Slahi est détenu depuis des années à Guantánamo, sans jugement ni inculpation. À bout de forces, il se découvre deux alliées inattendues : l’avocate Nancy Hollander et sa collaboratrice Teri Duncan. Avec ténacité, les deux femmes vont affronter l’implacable système au nom d’une justice équitable. Leur plaidoyer polémique, ainsi que les preuves découvertes par le redoutable procureur militaire, le lieutenant-colonel Stuart Couch, finiront par démasquer une conspiration aussi vaste que scandaleuse. L’incroyable histoire vraie d’un combat acharné pour la survie et les droits d’un homme.

Avis :

Réalisateur écossais, après avoir commencé dans le documentaire, Kevin Macdonald a parfaitement réussi son passage à la fiction avec « La mort suspendue« , puis surtout avec « Le dernier Roi d’Écosse« , film qui traitait du dictateur ougandais Idi Amin Dada. Par la suite, le réalisateur a conjugué petits films indépendants britanniques et film un peu plus « conséquent ». Alors qu’il jouit de bonnes critiques, ses films vont être des échecs commerciaux (ce qui est bien dommage, notamment pour « Maintenant, c’est ma vie« , film sorti en 2013 et qui est une petite bombe totalement méconnue). Entre temps, Kevin Macdonald revient à ses premiers amours, c’est-à-dire le documentaire. Au cours des années 2010, il consacrera alors un documentaire à Bob Marley et un autre à Whitney Houston.

D’ailleurs, on n’avait plus vraiment de nouvelles de Kevin Macdonald depuis ce documentaire consacré à la chanteuse américaine et sorti en 2018. Après trois années de silence, voici donc que l’écossais fait de nouveau parler de lui avec « Désigné coupable« , film qui a vu Tahar Rahim nommé au Golden Globe du meilleur acteur pour ce film.

Revenant sur des faits réels, revenant avec une histoire vraie, pour son septième long-métrage, Kevin Macdonald s’aventure dans une histoire qui a fait couler beaucoup d’encre il y a quelques années. Cette affaire, c’est la détention de Mohamedou Ould Slahi au camp de Guantanamo pour soupçon de terrorisme autour des attentats du 11 Septembre 2001. Macdonald tient un sujet fort et intéressant et avec Tahar Rahim dans le rôle, le metteur livre là un film certes classique, mais terrible et puissant.

Mohamedou Ould Slahi est mauritanien. Un soir, il se rend libre au bureau de police pour un interrogatoire concernant l’un de ses cousins. Soupçonné d’être l’un des organisateurs des attentats du 11 Septembre 2001, Mohamedou est alors détenu, puis enlevé et envoyé au camp de Guantanamo. Après trois années d’emprisonnement, le cas de Mohamedou interpelle l’avocate Nancy Hollander, une fervente militante et défenseuse des droits de l’homme. Nancy entre donc en contact avec le prisonnier et devient alors son avocate. Elle va mener un lourd combat afin de prouver l’innocence de son client.

S’aventurer dans un film signé Kevin Macdonald, c’est toujours un gage de qualité, tant le réalisateur a su se bâtir une très belle filmographie. Une filmographie où un film qui se pose comme une déception, avec par exemple « Black Sea« , demeure néanmoins intéressant et bon. Après « Le dernier Roi d’Écosse » et « Maintenant, c’est ma vie« , le cinéaste écossais tutoie encore l’excellence avec ce thriller juridique qui comme je le disais, s’il reste très classique en un sens, demeure toutefois terriblement efficace, prenant, et plus largement beau et excellent.

Mené d’une main de maître, avec « Désigné coupable« , Kevin Macdonald livre ici un film d’une grande richesse. Un film dont le scénario s’aventure sur plus d’un sentier, pour livrer un réquisitoire contre certaines des méthodes excessives d’une Amérique en colère qui cherche à tout prix des coupables.

Le 11 Septembre 2001 a grandement marqué les esprits et changé le monde. L’Amérique s’est alors lancée dans une traque pour capturer et traduire en justice les coupables. « Désigné coupable » est le récit de l’un de ces hommes qui sur des soupçons et des allégations s’est retrouvé privé de liberté pendant des années. Ce qui est puissant avec « Désigné coupable« , c’est bien sûr le récit que raconte le réalisateur. Si on s’imaginait trouver un film qui aborderait simplement la captivité d’un homme, on se met le doigt dans l’œil, et d’ailleurs, on n’en attendait pas moins de la part de Kevin Macdonald. « Désigné coupable« , à travers le portrait de son prisonnier ou de ses avocates, est un film qui va autant parler du 11 Septembre et ce qu’il a engendré comme dérive, que de justice, de vengeance, d’espoir ou encore de pardon. Très bien écrit, rudement mené, impeccablement tenu, « Désigné coupable » assure un show passionnant de bout en bout et l’on se laisse totalement embarquer dans cette histoire que finalement, on connaît déjà, aussi bien dans ce qu’elle va raconter de la justice, des dérives, ou plus largement de son final. C’est d’ailleurs ça la qualité folle de ce film, car Kevin Macdonald arrive à nous passionner avec un film dont on connaît déjà les aboutissants.

« Désigné coupable« , c’est aussi un film qui jouit d’un montage aussi ingénieux qu’il est là encore classique et prévisible. Ainsi, comme on s’y attendait, c’est à travers la correspondance entre client et avocates qu’on découvre l’histoire de Mohamedou et les pratiques qui sont administrées à Guantanamo. Faisant des allers/retours entre présent et passé, Kevin Macdonald ne cesse de tendre son film au fur et mesure de son récit. Sa mise en scène est très serrée afin de nous capturer au plus près de son personnage et des combats qui sont menés. Trouvant la juste mesure, Kevin Macdonald a parfaitement compris comment parler de ce destin sans tomber dans le sensationnalisme ou encore le démonstratif. Non, Kevin Macdonald pointe du doigt, montre, il distille le doute, questionne la justice, et même si son film est engagé, en un sens, il nous laisse juge de ce qui est bon ou non.

Enfin, « Désigné coupable » est un film qui tient un casting d’excellence. Un casting où se tutoient Jodie Foster, Benedict Cumberbatch, Shailene Woodley, Zachary Levy, mais au-dessus de tous ces très bons comédiens qui trouvent d’excellents rôles, il y a un immense Tahar Rahim, qui tient à lui seul une très grande partie du film sur ses épaules, si ce n’est même tout le film, tant on ne ressort qu’avec lui et son personnage en tête.

Ce nouveau Kevin Macdonald est donc un cru d’excellence. Alors que le réalisateur fait très classique, il arrive à offrir surtout l’un des meilleurs films et peut-être même son plus puissant à ce jour. D’une grande richesse, s’aventurant sur plus d’un sujet, dénonçant une injustice et des pratiques douteuses, emmené par un acteur bouleversant, « Désigné coupable » peut même se vanter de se poser comme l’un des meilleurs films de l’année… En tous les cas, pour moi.

Note : 17/20

Par Cinéted

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