août 10, 2022

Lamb – Moins Doux qu’un Agneau

De : Valdimar Johannsson

Avec Noomi Rapace, Hilmir Snaer Guonason, Björn Hlynur Haraldsson, Ingvar Sigurosson

Année : 2021

Pays : Islande, Suède, Pologne

Genre : Drame, Fantastique

Résumé :

María et Ingvar vivent reclus avec leur troupeau de moutons dans une ferme en Islande. Lorsqu’ils découvrent un mystérieux nouveau-né, ils décident de le garder et de l’élever comme leur enfant. Cette nouvelle perspective apporte beaucoup de bonheur au couple, mais la nature leur réserve une dernière surprise…

Avis :

Jeune réalisateur de quarante-cinq ans, si avec « Lamb » Valdimar Jóhannsson réalise son premier film, il est loin d’être un petit nouveau sur les plateaux de cinéma. Ayant travaillé comme électro, cascadeur ou encore dans le domaine des effets spéciaux, Valdimar Jóhannsson a une belle carrière derrière lui. Une carrière où se côtoient des films et des séries comme « Game Of Thrones« , « Oblivion« , « La vie rêvée de Walter Mitty« , « The Tomorrow War« , « Prometheus » ou encore « The Sea« , on peut dire que depuis une vingtaine d’années, Valdimar Jóhannsson a eu de quoi se faire la main.

S’inspirant de quelques folklores islandais, travaillant à l’écriture depuis une bonne dizaine d’années maintenant, voilà que Valdimar Jóhannsson réalise son premier film. Un premier film qui va s’avérer être tout à fait particulier. Aussi étrange que fascinant, aussi poétique qu’il peut être malaisant et oppressant, « Lamb » se pose quelque part entre un conte fantastique et un drame familial sur le deuil et ce que l’on peut être prêt à accepter pour retrouver un bonheur qui s’est évanoui. Film complexe avec une intrigue qui posera plus de questions qu’elle n’apportera de réponses, « Lamb » est un ovni. Un ovni devant lequel on ressort quelque peu partagé, car si le moment fut bon et intéressant, la proposition est telle qu’elle risque fort bien aussi d’en laisser plus d’un sur le bas-côté.

Maria et Ingvar vivent quelque part perdus dans les terres éloignées d’Islande. Le couple est éleveur de moutons. Un matin, alors qu’une brebis met bas, cette dernière donne naissance à une agnelle, mi-mouton, mi-humaine. Cet être mystérieux, le couple le prend comme un cadeau du ciel et ils décident de l’élever comme leur enfant et l’espace d’un instant, le bonheur qui a fui cette maison est de retour… L’espace d’un instant…

Avec son affiche ô combien intrigante, « Lamb » était un film qui piquait la curiosité et qui surtout laissait déjà imaginer un moment de cinéma assez particulier. Comme je le disais plus haut, Valdimar Jóhannsson a « pris » le temps de peaufiner son projet et son idée, puisqu’il a bossé sur cette histoire pendant presque dix ans. Dix ans à construire ses personnages, dix ans à imaginer son ambiance, et bien entendu, dix ans aussi pour pouvoir trouver de quoi faire ce premier film, car à la vue d’une telle idée, on peut aisément imaginer plus d’un producteur prendre ses jambes à son cou.

Mais voilà, après dix ans d’efforts, Valdimar Jóhannsson a réussi et il nous livre ce conte islandais aussi poétique qu’il est étrange et singulier. « Lamb » est un film qui tient une démarche assez radicale. Valdimar Jóhannsson nous plonge dans un film où les dialogues sont restreints au possible, où l’intrigue, qui est intéressante, posera bien plus de questions qu’elle va apporter de réponses. Un film qui va être parcouru de silence, alors même que le son va prendre une place très importante, aussi bien pour définir l’ambiance, que pour apporter l’émotion, mais aussi l’horreur, voire même la terreur. Bref, un film singulier, très singulier. Un film qui ne ressemble à aucun autre, qui résonne comme une expérience, et comme toute expérience, on y entre ou pas.

Écrit et réécrit pendant une dizaine d’années, « Lamb » est un film qui va être plus riche et nuancé qu’il n’en a l’air. Valdimar Jóhannsson a mélangé ici deux intrigues au sein de son film. La première, c’est l’arrivée de ce petit être étrange, que ces deux fermiers vont choyer. Étrange et malaisant, « Lamb » sait aussi se faire amusant, avec des situations parfois ubuesques. Bien sûr, avec l’arrivée de ce petit être, dès l’ouverture, le réalisateur laisse planer une menace et il ne va faire qu’amplifier celle-ci au cours de son récit. S’inspirant du folklore islandais, le film a bien des moments s’aventure dans le conte. Un conte teinté de fantastique, qui sera aussi angélique que macabre et tendu, et ce même conte va nous emmener vers un final qui ne laissera pas indifférent.

Puis derrière tout ce conte, le réalisateur explore un sujet, le deuil. L’arrivée de cette petite agnelle au sein de cette famille met comme une sorte de bandage à une plaie ouverte. Un deuil impossible d’une vie qui s’est arrêtée, un couple qui finalement survit, et puis un bonheur retrouvé avec cet hybride. Le film, à travers ce conte, et ce couple, explore ce que l’on est prêt à croire et accepter pour « revivre » normalement, et retrouver un peu de bonheur. Bien sûr, dès le début, on sait parfait, nous, spectateur, que ça ne tiendra pas, mais avec cette écriture, et beaucoup de ces instants, le réalisateur nous fait espérer pour ce couple. Un peu comme eux, on a envie d’y croire, qu’importe les conséquences.

Après, comme je le disais aussi, tout n’est pas incroyable, et le film de Valdimar Jóhannsson est terriblement particulier. Le scénario par exemple propose beaucoup de choses à travers ce conte. D’ailleurs, le simple fait qu’il soit un conte nous amène beaucoup de questions et c’est avec audace que le cinéaste nous laisse nous faire nos propres réponses. Ici, Valdimar Jóhannsson ne répond à rien, et demande à son public de faire un effort. Ainsi, certains se laisseront complétement prendre, pendant que d’autres finiront par quitter la salle ou s’agacer. Pour ma part, j’ai plutôt été pris par cette histoire, même si j’en ressors assez partagé. Un sentiment qui me donne envie d’y retourner, histoire de voir si mes questions ne trouveraient pas des réponses avec un second visionnage.

« Lamb« , c’est une proposition de cinéma assez radicale aussi dans sa mise en scène. Comme je le disais, le film est presque quasi-muet, Valdimar Jóhannsson préférant s’appuyer sur son ambiance et les émotions qui passent à travers les regards, les silences, et la mise en scène dans son visuel. Si le réalisateur choisit de s’aventurer sur les sentiers du conte et presque de la légende, s’il offre pas mal de poésie à travers ses idées, il développe aussi une ambiance qui ne cesse de se tendre, instaurant une présence en arrière-plan. Une présence qui résonne comme un danger presque permanent et cette présence tient nos sens en alerte. Après, dans un autre sens, malgré de bonnes idées et une ambiance assez terrible, « Lamb« , à travers ses silences, est un film qui peut aussi se faire longuet parfois. Le film tient des longueurs et d’autres fois encore, on se demande où le metteur en scène veut en venir. Où veut-il aller ? Heureusement, malgré le manque de réponses et toutes les réserves qu’on peut y mettre, le film arrive toujours à nous rattraper au final.

« Lamb » est donc une expérience et se pose comme l’ultime ovni de cette année 2021. Étrange et poétique à la fois, silencieux, sensoriel, glacé, parfois ennuyant, mais finalement touchant, « Lamb » est un film qui présente un réalisateur qui est loin d’être anodin. Tenu par une ambiance travaillée, tenu par un couple de comédiens parfait, tenu par des effets spéciaux troublant de réalisme, ce conte oppressant ne laissera pas indifférent. Et comme je le disais, je me laisserais bien tenté par un second visionnage, histoire de voir si quelques questions ne trouveraient pas quelques réponses. À voir donc, tout en sachant là où l’on met les yeux.

Note : 13,5/20

Par Cinéted

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