janvier 28, 2022

De son Vivant – La Lumière au Bout

De : Emmanuelle Bercot

Avec Benoit Magimel, Catherine Deneuve, Cécile De France, Gabriel Sara

Année : 2021

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Un homme condamné trop jeune par la maladie. La souffrance d’une mère face à l’inacceptable. Le dévouement d’un médecin (le docteur SARA dans son propre rôle) et d’une infirmière pour les accompagner sur l’impossible chemin. Une année, quatre saisons, pour « danser » avec la maladie, l’apprivoiser, et comprendre ce que ça signifie : mourir de son vivant.

Avis :

Emmanuelle Bercot est une actrice et réalisatrice française qui depuis ces dix dernières années prend de plus en plus d’importance. Alors qu’elle avait déjà une sacrée belle carrière, j’ai découvert le cinéma d’Emmanuelle Bercot assez tard, en 2013, avec le très beau « Elle s’en va« . C’est d’ailleurs dans ce film qu’Emmanuelle Bercot a, entre guillemets, trouvé celle qui va devenir l’une de ses actrices fétiches, Catherine Deneuve, puisque les deux femmes vont se retrouver sur l’excellent « La tête haute« , et aujourd’hui pour « De son vivant« . D’ailleurs, ce dernier a été écrit par Bercot, tout spécialement pour Catherine Deneuve et Benoît Magimel.

Après s’être intéressé à l’affaire du médiator révélé par Irène Frachon, dans l’excellent (décidément) « La fille de Brest« , Emmanuelle Bercot est de retour en milieu médical, pour parler de la fin de vie. Bouleversant de bout en bout, sensible, humain, psychologique, évitant le pathos alors même que son film est déchirant, bref, Emmanuelle Bercot livre avec « De son vivant » l’un des plus beaux films français de cette année, qu’on va mettre aux côtés des films de Xavier Giannoli et Yvan Attal.

Benjamin, trente-neuf ans, prof de théâtre, est atteint d’un cancer du pancréas. Benjamin, malgré la bataille, va mourir et s’il le sait, il lui faut pouvoir encore l’entendre et l’accepter. Benjamin est entouré, mais derrière les portes closes, il faut aussi à Crystal, sa mère, accepter l’inacceptable, perdre un fils. Une année, quatre saisons, et tellement de chemins à accomplir pour partir en paix.

Emmanuelle Bercot est une grande réalisatrice, et s’il en fallait une preuve, « De son vivant » se charge encore une fois de le rappeler.

Avec « De son vivant« , Bercot s’aventurait sur un terrain glissant, car ce genre de film traîne derrière lui plusieurs pièges, entre le déjà-vu, l’excès de pathos, et le larmoyant qui pourraient étouffer toutes les émotions, à force de trop en faire. Ici, Emmanuelle Bercot évite ces pièges pour livrer un film tendre, humain, et étrangement lumineux, alors même qu’il évoque la mort et son acceptabilité.

La principale force et le plus bel élément de « De son vivant« , c’est son scénario et plus précisément son écriture. Emmanuelle Bercot nous entraîne dans un film qui va être tout en réflexion, qui ne cesse de résonner juste. Trouver les mots justes, trouver les émotions justes, se laisser guider par ses émotions, est très loin d’être facile et « De son vivant« , à travers le regard de plusieurs personnages, explore cela. Ainsi, à travers ces regards, « De son vivant » parle de la maladie bien sûr, et de comment elle impacte une vie, celle du malade, mais aussi de sa famille et le corps médical, qui est là pour accompagner et assurer au mieux, tout en gardant ses émotions. Colère, égoïsme, acceptabilité, sentiment d’injustice, introspection, paix, tristesse, découverte, attente, accompagnement, délivrance, autant d’émotions qui se bousculent et surtout nous bousculent avec un respect et une pudeur incroyable.

En plus de ça, Emmanuelle Bercot parsème son film de personnages fabuleux, qui trouvent chacun une place de choix. Tous, absolument tous, sont bouleversants d’humanité. Que ce soit le regard d’une mère pour son fils et inversement. Que ce soit le regard d’un médecin pour son patient, ou d’une infirmière et plus largement du corps médical, qui lors de réunions essaie comme il peut de mettre des mots sur des sentiments ressentis. Que ce soit un fils qui ne connaît pas son père, et qui fait face à une porte close, ou encore une élève et plus largement une classe qui prend conscience. Bref, chaque regard, chaque geste, chaque étreinte, chaque parole, mais aussi chaque silence, raconte quelque chose de juste et ça nous bouscule. Emmanuelle Bercot nous bouscule, car elle trouve le juste ton, le juste équilibre pour être au plus proche, pour rien nous épargner, et en même temps, jamais n’en faire trop et tomber dans le film abusif.

Cette justesse, on la retrouve aussi dans la mise en scène de la réalisatrice, qui alors même qu’elle ne cesse de convoquer la mort, arrive à livrer un film lumineux. Un film plein de vie, un film qui nous entraîne dans ces lieux où se côtoient rires et larmes, colère et paix, petits soins, espoir et tristesse. Ici, aucun moment n’est en trop, et si parfois, quelques petites longueurs peuvent s’inviter, là encore, Emmanuelle Bercot, trouve le ton juste pour les justifier. Bref, il n’y a rien à dire, si ce n’est qu’Emmanuelle Bercot est une grande réalisatrice.

Une grande réalisatrice et une grande directrice d’acteurs, car avec ce film, elle tire le meilleur de chacun de ses comédiens. Ici, Benoit Magimel est extraordinaire dans la peau de cet homme qui remet en ordre le bureau de sa vie avant de partir. Catherine Deneuve en mère qui se prépare au plus terrible est bouleversante, tout comme Cécile De France, ou encore à une plus petite échelle, le jeune Oscar Morgan. Puis il faut aussi parler de Gabriel Sara, qui n’est pas un acteur, et qui dans son propre rôle, celui d’un cancérologue, nous offre un regard bourré d’humanité et de philosophie sur la maladie, la vie, la mort et la vocation.

« De son vivant » s’impose comme un bouleversement. Magnifiquement humain, tendre, sentiment d’injustice, pudeur et acceptation se côtoient pour livrer un regard incroyable. Servi par des acteurs bluffants et une mise en scène lumineuse et juste, « De son vivant« , c’est du grand et beau cinéma. Un cinéma qui nous dit, avec émotion et réflexion, « – Je te pardonne. Merci. Je t’aime. Et au revoir. ».

Note : 18/20

Par Cinéted

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