novembre 30, 2021

La Tête Haute

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De : Emmanuelle Bercot

Avec Catherine Deneuve, Rod Paradot, Benoit Magimel, Sara Forestier

Année : 2015

Pays : France

Genre : Drame

Résumé :

Le parcours éducatif de Malony, de six à dix-huit ans, qu’une juge des enfants et un éducateur tentent inlassablement de sauver.

Avis :

Emmanuelle Bercot est une réalisatrice française qui tourne assez peu. Depuis son premier long métrage sorti en 1998, la réalisatrice, qui est aussi actrice, n’a réalisé que cinq films. Mais alors qu’elle laisse généralement s’écouler quelques années entre deux longs, Emmanuelle Bercot revient un peu plus d’un an et demi après « Elle s’en va« , un film déjà avec Catherine Deneuve et qui connut un joli succès d’ailleurs, et cette année, il se pourrait bien que ce soit l’année de sa consécration. À la surprise généralement, alors que d’habitude le prestigieux Festival de Cannes s’ouvre avec de gros films américains, c’est le nouveau film de la réalisatrice qui est choisi pour lancer les festivités. La curiosité est à son comble, alors qu’on attendait le nouveau « Mad Max » sur la Croisette, c’est Emmanuelle Bercot qui rafle les honneurs.

À la découverte de la bande-annonce, je dois dire que j’ai tout de suite été séduit. Cette « Tête haute » s’annonçait comme un très beau film social, à l’histoire dure et poignante. Un film un peu comme notre cinéma français sait si bien en faire. Un ton réaliste et des personnages forts, « La tête Haute » attisait ma curiosité au plus haut point. Je suis donc allé le voir, et même si je trouve au film quelques petits défauts, je dois reconnaître que la réalisatrice a fait juste, fort et beau.

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Malony est un adolescent turbulent, trop turbulent. Livré à lui-même, il enchaîne conneries sur conneries. Suivi depuis des années par une juge des enfants, l’avenir de Malony, si le jeune homme continue sur cette voie, s’annonce très sombre et triste. À l’aube de ses seize ans, Malony, qui vient de se faire arrêter pour la énième fois, va alors devoir se remettre en question et essayer de changer. Pour Malony, il se pourrait bien que ce soit sa dernière chance. Mais comment la saisir quand n’a aucune idée de qui l’on est réellement, de ce que l’on veut faire… Comment saisir cette opportunité et surtout pourquoi saisir cette opportunité ? Tant de questions et bien d’autres qui doivent trouver un sens pour que Malony avance dans la vie.

On dit souvent du cinéma français qu’il est soit beauf, soit branché auteur et s’écoute parler tout en s’admirant. Je ne pense pas que ce soit vrai, je crois même que notre cinéma, notre culture, propose de vraies choses, et filme parfois des histoires proches de la réalité et du quotidien comme rarement et c’est le cas ici.

Raconter le quotidien d’un adolescent turbulent, qui sombre peu à peu dans la délinquance, n’est pas vraiment neuf. Bien des films et des cinéastes se sont attaqués à ce sujet et bien souvent avec réussite. D’emblée quand j’ai découvert la bande-annonce, j’ai pensé à « Mommy » de Xavier Dolan, la comparaison était évidente. Et pourtant, elle n’est nullement appropriée, puisque les deux films n’ont rien en commun, si ce n’est qu’il parle tout deux d’adolescents en mal d’amour.

J’ai été très touché par le film d’Emmanuelle Bercot. La réalisatrice a très bien su s’accaparer son sujet et le rendre puissant à l’écran et c’est avec beaucoup d’émotions et d’angoisses que j’ai suivi le parcours de Malony, un jeune garçon déboussolé, sauvage, dur, sur la défensive en permanence. Un adolescent qu’on va découvrir au fur et à mesure dans son quotidien et qui derrière ses airs de gros dur, va révéler, comme bien souvent dans la réalité, un jeune apeuré, égaré, paumé, et finalement très attachant. Pour jouer ce garçon, la réalisatrice nous a trouvé une petite perle qui s’appelle Rod Paradot. C’est son premier film, et le jeune de dix ans à peine est une véritable révélation. Brutal, intense, vibrant, tout en retenu et émotions cachées, Rod Paradot a la dure tache de tenir tout le film sur ses épaules et c’est avec beaucoup de surprises qu’il y parvient haut la main. Malgré ses côtés agaçants, malgré ses sautes d’humeur, on aime Malony et la réalisatrice, comme ses acteurs nous donnent envie qu’il s’en sorte et l’on va rester accroché jusqu’au bout, histoire de savoir ce que la fin réserve au personnage.

Ce que j’ai beaucoup aimé et qui m’a surpris aussi dans ce film, c’est l’œil que porte la réalisatrice sur tous les gens et toutes les aides qui interviennent, pour que Malony puisse réussir dans la vie. Alors que bien souvent, on a tendance à montrer les juges comme des bons à rien, qui ne s’investissent pas pour leurs dossiers, ici Emmanuelle Bercot pose un autre œil sur la justice et ses actes et j’ai trouvé ceci très bien vue, intelligent, pertinent et surtout très touchant, car au fur et à mesure que le film avance, on sent que la juge n’est pas indifférente au parcours de Malony et elle fait ce qu’elle peut, du mieux qu’elle peut, pour qu’il ait l’espoir de s’en sortir. On sent que la réalisatrice s’est documentée sur son sujet avant de faire ce film. Et de ce point de vue-là, le film est exceptionnel. Surtout que petit bonus, la juge est jouée par une Catherine Deneuve impériale, très juste, simple et touchante à la fois. Franchement, c’était un vrai plaisir de la découvrir dans ce rôle.

Mais bon, derrière tout le bien que je pense de ce film, derrière les très bons et très forts moments d’émotion que le film m’a procurés, il y a des petits détails qui m’ont dérangés. Alors que le film évite les clichés avec brio, vous allez trouver ça bizarre surement, mais j’ai eu beaucoup de mal tout du long avec le nom du personnage principal… Malony. En fait, j’ai trouvé ce prénom loin d’être subtil et l’on sent qu’il a été choisi pour qu’on s’en souvienne et il est un peu cliché. Ensuite, j’ai trouvé Sara Forestier tout à fait incroyable, surtout en début de film, l’actrice est terrible dans le rôle de cette mère dépassée par les événements et qui n’aidera en rien ses enfants pour qu’ils soient plus responsables. Je dois dire que passer l’effet de contemplation de la performance d’actrice, son jeu, trop dans l’excès au bout d’un moment, tourne un peu à la caricature de la bouseuse et mère indigne. Heureusement, la réalisatrice arrivera à nous faire oublier ça sur la fin. J’ai eu parfois du mal avec la musique. Alors qu’Emmanuelle Bercot a choisi de très beaux morceaux pour accompagner son film, j’ai trouvé que ça manquait parfois de subtilité musicale, dans le sens où la musique marquait un peu trop telle ou telle émotion. Et enfin, alors même que j’ai beaucoup aimé le film, qu’il m’a passionné, et même retourné parfois, je dois dire que je l’ai trouvé long dans son montage. Mais ce sont des longueurs qui ne m’ont pas dérangées. Et c’est ça que je trouve bizarre, car le film est long, mais en même temps, c’est excellent et je n’enlèverais rien ou pas grande chose.

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En conclusion, je dirais que « La tête haute« , malgré ses petits défauts, est un excellent film, qui arrive à passionner avec un sujet déjà abordé au cinéma. C’est un film que j’ai adoré, qui m’a retourné parfois, qui m’a beaucoup parlé. C’est un film que j’ai trouvé très vrai, très juste, très simple aussi et puis il est tenu par des acteurs tout simplement géniaux. Enfin, ce film, c’est aussi la révélation française de cette première moitié d’année. Il s’appelle Rod Paradot et ce jeune homme est un comédien né !

Note : 17/20

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Par Cinéted

AqME

Amateur d'horreur, Métalleux dans l'âme, je succombe facilement à des images de chatons.

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